« L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » de Michel Onfray – 2ème Partie

1Le meilleur du livre d’Onfray se situe dans ce long chapitre sur la guerre civile en Algérie. On y voit un Camus poignant, luttant de toutes ses forces pour tenter de trouver une issue, une sortie de crise possible. Las, après avoir été lynché médiatiquement, Camus meurt le 4 janvier 1960, sans avoir vu l‘issue du conflit. Cela ne l’empêchera pas de prédire dans ses écrits avec une grande justesse ce qu’il allait advenir en cas de victoire du FLN en Algérie. Ce conflit en Algérie fût un véritable crève cœur pour un penseur qui se vivait davantage comme un Africain du Nord plutôt que comme un Européen. C’est suffisamment fort pour être noté. Comment Camus a-t-il pensé et vécu la guerre civile ou guerre d’Algérie ? Sur la question algérienne, Camus a été sali, caricaturé, méprisé et le pire de tout ignoré quant à ses propositions. Il fût toujours opposé au système colonial. Le colonialisme est « une œuvre dont aujourd’hui nous ne sommes pas fiers ». Il dénonce les injustices faites aux arabes et se bat en tant que journaliste et écrivain pour plus de liberté, plus d’humanité. Un journalisme qu’il conçoit comme une éthique, un combat politique et un engagement philosophique de tout les instants. « Le régime de travail en Kabylie est un régime d’esclavage » écrit Camus en mesurant le poids des mots. Un régime d’esclavage imposé par la métropole en Algérie. La critique est sans appel.

Il faut bien saisir ceci, il pense la guerre en Algérie comme une guerre civile en Afrique, et 4non pas comme un mouvement de libération nationale emmené par le FLN. Pourtant, parce qu’il n’a pas comme Sartre, entre autres, soutenu le FLN, certains ont laissé croire qu’il embrassait la cause de l’Algérie française. C’est un mensonge éhonté. Parce que cette terre porte une multitude de communautés et de peuples, des religions différentes, Camus ne souhaite pas une indépendance de la nation Algérienne. Il lui aurait préféré une fédération de communauté concrète et pragmatique. Une « Algérie constituée par des peuplements fédérés et reliée à la France () » Un projet fédéraliste, laïc et pragmatique qui s’oppose de fait au souhait du FLN nationaliste, religieux et idéologique. Son Algérie est multiple et non exclusivement arabo-musulmane. Son grand rêve, que l’on réalise un véritable «  Commonwealth français ».

3281904Camus veut le dialogue. Il en appelle à l’État : on ne répond pas au terrorisme nationaliste algérien par le terrorisme légal de l’État français. Il le répète inlassablement, avant la seconde guerre mondiale, après Sétif (de 1945 à 1954), puis après la Toussaint rouge (1954) et les massacres de Philippeville (1955), mais la guerre continue de plus belle avec en septembre 1956 les attentats d’Alger et en mai 1957 les massacres de Melouza. La politique de terreur du FLN se poursuit pour asseoir leur hégémonie chez les arabes. Camus critique les deux terreurs : celle du tortionnaire français, celle du poseur de bombe algérien.

C’est dans ce contexte qu’il obtient, en octobre 1957, le prix Nobel qui lui est remis en Suède le 10 décembre de la même année. Nous sommes le jeudi 12 décembre 1957, à la maison des étudiants de Stockholm, Camus accepte une rencontre plutôt qu’une conférence. Un urljeune Algérien l’interpelle : « vous n’avez rien fait pour l’Algérie (). L’Algérie sera libre ! ». Camus lui répond : «() J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice ». Cette dernière phrase va tuer Camus. Un journaliste du Monde relaie l’information et tous du Monde et son patron ancien pétainiste Hubert Beuve Méry à Beauvoir, tous tiennent là l’occasion de salir Camus là même où il est le plus irréprochable : son combat pour la justice.

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Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a "Combat" en 1945    --- Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper "Combat"
Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a « Combat » en 1945 — Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper « Combat »
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