Mon Avis : Alex Garland signe un film de fantômes reprenant les codes du genres fantastique. Il arrive malgré tout à nous surprendre.

Note : 4 sur 5.

On avait quitté Alex Garland après deux films SF qui, personnellement, m’avais laissé sur le bord de la touche. On sentait un réalisateur qui avais des choses à dire mais le tout était maladroit et les références utilisées assez maladroitement mis en scène. « Men » voit le réalisateur s’aventurer sur le terrain du fantastique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce changement de paradigme, cette nouvelle orientation vers un cinéma très codifié mais ou Alex Garland retrouve une certaine liberté. Un scénario pas révolutionnaire, une mise en scène déjà vu, on pense bien évidemment au « Shining » de Kubrick. Le début du film est lent et installe une forme de malaise qui va crescendo. La forêt est un personnage à part entière. Harper, l’héroïne de « Men » s’y engouffre pour une balade, elle qui, suite à un drame personnel, choisi un manoir anglais, qu’elle loue pour quinze jours, afin de se déconnecter du monde. Elle arrive à un tunnel, s’amuse de l’écho de sa voix, au cœur de celui-ci, quand soudain un homme apparait. Il est nu et semble sorti du fond des âges. La menace plane, qui est cette homme qui la suite. Dans ce petit village où tout le monde se connaît, un parfum malsain semble régner. Les regards surpris par Harper sur elle-même achève de lui faire craindre le pire. C’est au manoir que se déroule le dernier tiers du film. J’ai beaucoup aimé cette partie du film. Les effets spéciaux sont particulièrement réussis. Qui sont ces personnages qui semble l’épier ? « Men » ne réinvente pas le genre fantastique car on peut facilement retrouver les sources d’inspiration d’Alex Garland. Néanmoins, « Men » fait son petit effet. Pas révolutionnaire mais, malgré tout, on prend un réel plaisir à voir la paranoïa s’installer chez Harper. La fin m’a beaucoup plu. Les hommes sont une menace ici, un film post MeToo au message explicite mais assez maladroit. Les références à Adam et Eve, à la pomme croquée, au pêché, sont nombreuses. Pour ma part, j’ai trouvé, malgré quelques réserves émises plus haut, qu’il s’agit du meilleur film d’Alex Garland. Si le cœur vous en dit.

Mon Avis : Un film qui ne laisse pas indifférent. Une histoire vraie qui fait froid dans le dos. Vincent Le Port, le réalisateur, et Dimitri Doré, la révélation de « Bruno Reidal. » Un grand film !

Note : 4.5 sur 5.

« Bruno Reidal » avait fait sensation au Festival de Cannes lors de la Semaine Internationale de la Critique en 2021. Premier film de Vincent Le Port et pourtant cela ne se voit nullement, tant la maîtrise est totale pour une histoire pourtant peu évidente à mettre en scène. Retenez bien ce nom : Dimitri Doré, l’acteur qui interprète le meurtrier. Il est terrifiant, ambiguë jusque dans sa démarche et son regard fuyant. Vincent Le Port prend le parti de nous montrer dès les premières images l’atrocité du crime commis par cet adolescent de 17 ans, séminariste, ayant choisi la foi pour conjurer ce qu’il appelle « ses penchants ». Très tôt, dès sa plus tendre enfance, Bruno a le sentiment qu’il est différent. A l’école primaire, il fantasme sur le fait de donner la mort à l’un de ses petits camarades. Nous sommes dans le Cantal, en septembre 1905, un adolescent qui cherche à cacher ses pulsions de plus en plus violente à mesure qu’il grandit. L’envie de tuer se conjugue avec le plaisir sexuel à assouvir. Il est beaucoup question de masturbation dans le film. La relation au sexe de Bruno Reidal est pathologique et irrépressible. Pourtant, il n’a pas une enfance pire que la plupart des enfants de cette époque. Il a perdu ses parents, certes, mais son grand père et doux alors que sa grand mère est plus violente et n’hésite pas à corriger Bruno et ses frères et sœurs. Face à un collège de psychiatres réunis à la prison où est enfermé le meurtrier, ces derniers vont demander à Bruno Reidal d’écrire ses mémoires afin de mieux saisir les envies de meurtres qui sont consubstantielles à sa sexualité déviante. C’est là encore une histoire vraie. Le réalisateur a retrouvé dans les archives les aveux et les textes où Reidal fait figure d’un recul sur ses pulsions, sur le mal qui l’habite, absolument saisissant. Il faut dire que Reidal est un élève brillant tout au long de sa scolarité. Au séminaire, il multiplie les prix, les distinctions, son avenir est tracé. Réfugié dans la prière, la lecture des Evangiles, de la Bible.. il se confie à son prêtre référent qui ne prend pas la mesure du danger. Questionné par les psychiatres sur le fait que Reidal ne fantasmait se meurtres que sur les projections qu’il faisait de camarades, toujours des garçons, beaux (il insiste sur cela). La fuite en avant et puis ce drame. Un enfant de 12 ans qui ramasse du petit boit. Bruno l’attire dans la forêt et l’assassine avec son poignard, avant de le décapiter. Plongée cathartique dans les méandres de l’âme d’un assassin qui se rend après avoir commis ces atrocités. Emmené par un acteur exceptionnel, le jeune Dimitri Doré, installé dans un climat malaisant, magnifié par des paysages splendides, c’est peu dire que Vincent Le Port nous propose un excellent film.

Mon Avis : « Albatros« , un drame habité et magnifié par l’interprétation de Jérémie Renier. Xavier Beauvois réussi un film sensible, au plus près du terrain, pour ce gendarme qui voit son univers s’effondrer suite à un drame.

Note : 5 sur 5.

Xavier Beauvois, je ne vous le cache pas, est un réalisateur pour lequel j’ai une admiration béate. « Albatros » se construit en deux temps. Laurent est un des commandants de la Brigade de gendarmerie d’Etretat. Dans cette première partie, l’aspect documentaire sur le quotidien des gendarmes, leurs missions, les drames auxquels ils assistent : suicide, meurtre, inceste, violence conjugale, drogue etc.. Malgré ce quotidien difficile, Laurent, interprété de façon magistrale par Jérémie Renier, a du recul sur son métier, il s’est blindé et ne songe qu’à son mariage avec sa compagne avec qui il a une petite fille. La seconde partie voit un drame détruire l’équilibre de vie de Laurent. Tout s’effondre, sa culpabilité le détruit, il démissionne et malgré l’amour inconditionnel de sa compagne et de sa fille, Laurent s’embarque sur un voilier.. Un film sur le sentiment de culpabilité, la peur de l’abandon, la quête de rédemption. Xavier Beauvois n’est jamais aussi bon que lorsqu’il filme des drames à hauteur d’homme. La seconde partie du film est ma préférée. Son film précédent était un peu moins bon, mais celui-ci est une véritable réussite. Jérémie Renier crève l’écran, une habitude pour cet acteur exceptionnel. Un grand cru pour un Xavier Beauvois toujours aussi inspiré.