Bilan Littérature 2020 : Mes 5 livres de l’année ! + meilleur premier roman et meilleur roman auto-édité ! Mes meilleurs vœux pour 2021 !

Happy new year 2021

Mes meilleurs vœux pour cette année 2021 à vous toutes et tous qui faites vivre ce blog avec tous ces échanges, ces partages, ces découvertes.. Je vous souhaite la santé et les bonheurs qui font le sel de la vie🎉🎊. Pour ma part, j’attends avec impatience la réouverture des cinémas, restaurants, théâtres et autres salles de concert. J’attends également le 11 Mai et la venue de Benjamin BIOLAY au Grand théâtre de Lorient Je voulais vous remercier chaleureusement pour cette belle aventure Blog qui se poursuit en 2021 avec un immense plaisir ! J’ai fêté en 2020, les 10 ans du blog🥂 « La culture dans tous ses états » sur WordPress ! Que 2021 soit riche en coup de cœurs littéraires📚, cinéphiles🎥, musicaux🎸 et séries

Bises bretonnes et amitiés ! 

Frédéric.

1) Mon livre de l’année : « Avant la longue flamme rouge » de Guillaume Sire chez Calmann-Lévy (2 janvier 2020)

Note : 5 sur 5.

L’Histoire : 1971 : le Cambodge est à feu et à sang. Saravouth a onze ans. Sa petite sœur Dara en a neuf. Leur mère enseigne la littérature au lycée français. Leur père travaille à la chambre d’agriculture. Dans Phnom Penh assiégée, le garçon s’est construit un pays imaginaire : le « Royaume Intérieur ». Mais un jour, la guerre frappe à sa porte. Les fondations du Royaume vacillent. Séparé de ses parents et de sa sœur, réfugié dans la forêt sur les rives du Tonlé Sap, Saravouth devra survivre dans un pays en plein chaos, animé par une volonté farouche de retrouver sa famille.

La guerre civile cambodgienne qui eût lieu de 1967 à 1975 fût l’un des conflits les plus atroces du XXème siècle. L’ampleur des crimes commis dépasse l’imagination et nous glace d’effroi. Le roi Sihanouk fût renversé en 1970 et Lon Nol, un général pris le pouvoir pour fonder la « République khmère » en octobre de cette même année. A la suite de ce coup d’état, des milliers de vietnamiens furent tués par les forces anticommunistes de Lon Nol soutenues par les États-Unis qui menait alors une autre guerre sur le sol du voisin du Cambodge, le Vietnam. La lutte entre les forces du Parti communiste du Kampuchéa, plus connues sous le nom de « Khmers rouges » avec à leur tête le terrifiant et génocidaire Pol Pot et les forces de la République khmère de Lon Nol entrainèrent le Cambodge dans une effroyable boucherie. Les Khmers rouges réussirent à prendre Phnom Penh en avril 1975. C’est cette terrible histoire qui est l’élément central d’un récit centré sur la personne de Saravouth, un enfant de onze ans pris dans cette terrible machine à broyer des vies, ce chaos, cet apocalypse total qui dura de trop nombreuses années. Saravouth a une petite sœur Dara qui a neuf ans. Sa maman enseigne la littérature au lycée français tandis que son père travaille à la chambre d’agriculture. Tous deux cherchent à protéger leurs enfants de cette terrible guerre. Saravouth se réfugie dans un monde imaginaire « Le Royaume Intérieur » tandis que sa maman lui fait découvrir les péripéties de Peter Pan et des héros de l’Iliade et l’Odyssée. Les livres sont un refuge pour Saravouth et une source inépuisable de jeux avec sa sœur Dara. Mais bientôt la guerre personnifiée sous les traits de l’homme au pardessus bleu frappe à leur porte. Emmenés à l’extérieur de Phnom Penh par des miliciens de Lon Nol, Saravouth est séparé de ses parents, de sa sœur. Réfugié dans la jungle cambodgienne sur les rives du Tonlé Sap, il cherche à survivre dans le chaos qui règne alors dans son pays. Il n’a plus qu’un seul vœux : celui de retrouver sa famille. Guillaume Sire signe là un immense roman porté par la grâce d’une écriture au cordeau, pleine de fulgurances, de traits acérés sur la violence, la barbarie qui se déroule sous les yeux de cet enfant Saravouth. On est bouleversé par l’histoire vraie de ce petit bonhomme qui doit survivre à l’indicible. C’est poignant, c’est fort, c’est d’une puissance d’évocation rare. On est pris de vertige face à la somme de crimes commis que ce soit par les khmers rouges où les forces de Lon Nol. La guerre est incertaine, elle broie le pays tout entier et même jusqu’au bêtes sauvages comme ce tigre affamé et épuisé rencontré par Saravouth et qui donne lieu à un passage très fort de ce livre. Le titre est magnifique : « Avant la longue flamme rouge« , il révèle que le récit qui nous est conté est celui de la chute de la « République khmère » de Lon Nol, général à moitié fou, malade et entouré de mages et nécromanciens qui finiront brûlé dans un dernier grand feu les embrasant lors de la chute de Phnom Penh. La chute de cette dernière en avril 1975 est raconté avec une maestria peu commune par Guillaume Sire. On est tour à tour asphyxié par la cruauté de cette guerre puis enchanté par les digressions sur le monde imaginaire de Saravouth. Les personnages rencontrés dans le roman nous dévoilent la triste réalité de cette guerre civile cambodgienne oubliée des livres d’histoire. C’est d’autant plus courageux de choisir un tel sujet et de réussir ce tour de main de nous rendre cette histoire finalement proche de nous et de toutes les guerres civiles qui se déroulent depuis la nuit des temps. Avec un sens du rythme, une capacité à créer une atmosphère angoissante mais aussi des havres de paix grâce à ce mélange de réalité crue et d’imagination propre à l’enfance, Guillaume Sire nous foudroie. Mais Saravouth, comme tous ces enfants meurtris par la guerre, est déjà un survivant à l’heure où les joies de l’innocence des jeux et des découvertes sont si éloignées de lui. C’est à mon sens, le plus beau roman lu depuis longtemps. Sa gravité et ce personnage si attachant de Saravouth, revenu de toutes les ignominies, de toutes les horreurs que la guerre peut infliger à un enfant puis à un adolescent, nous rend ce livre indispensable car il est non seulement le témoin d’une époque mais aussi le symbole de l’enfance meurtrie, assassinée dans toutes les guerres quelles qu’elles soient. Une fresque étourdissante et sombre sur les horreurs de la guerre civile au Cambodge. C’est absolument sublime !

2) « Ohio » de Stephen MARKLEY chez Albin Michel  (19 août 2020)

Note : 5 sur 5.

L’Histoire : Par un fébrile soir d’été, quatre anciens camarades de lycée désormais trentenaires se trouvent par hasard réunis à New Canaan, la petite ville de l’Ohio où ils ont grandi. Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire devenu toxicomane, doit y livrer un mystérieux paquet. Stacey Moore a accepté de rencontrer la mère de son ex-petite amie disparue et veut en profiter pour régler ses comptes avec son frère, qui n’a jamais accepté son homosexualité. Dan Eaton s’apprête à retrouver son amour de jeunesse, mais le jeune vétéran, qui a perdu un œil en Irak, peine à se raccrocher à la vie. Tina Ross, elle, a décidé de se venger d’un garçon qui n’a jamais cessé de hanter son esprit. Tous incarnent cette jeunesse meurtrie et désabusée qui, depuis le drame du 11-Septembre, n’a connu que la guerre, la récession, la montée du populisme et l’échec du rêve américain. Chacun d’entre eux est déterminé à atteindre le but qu’il s’est fixé.

Une rentrée stratosphérique qui se confirme chez Albin Michel avec la parution dans la collection « Terres d’Amérique » de « Ohio » de Stephen Markley, un premier roman qui m’a profondément marqué, bouleversé parce qu’il est ensorcelant, sombre, mélancolique, d’une beauté sauvage, d’une acuité saisissante sur le malaise que vit l’Amérique. J’ai rarement lu un premier roman avec une telle maîtrise narrative, une telle qualité d’écriture, une telle justesse dans l’analyse des démons qui hantent les États-Unis d’Amérique. A mon sens, c’est le plus grand roman lu depuis Gabriel Tallent et son « My Absolute Darling ». Avec Stephen Markley on atteint des sommets d’émotions sur une jeunesse américaine en quête de repères. « Ohio » de Stephen Markley est une radioscopie de ce que l’Amérique post-11 septembre 2001 a enfanté du fait de ces traumatismes, de ces compromissions, de ces refus répétés à remettre en cause un modèle de société qui ne fonctionne plus. L’Amérique est ébranlée jusque dans ses fondations mêmes. Elle doute d’elle même. La première puissance du monde vacille alors que s’annonce les échos du populisme et les mensonges des néo-conservateurs sur le prétendu danger représenté notamment par l’Irak.

Le roman débute avec une séquence qui concentre en son cœur tous les éléments de ce qui affleurent tout au long du récit. Ce défilé organisé en l’honneur du caporal Rick Brikban en octobre 2007, mort en Irak. Le non sens absolu, le vide d’un sacrifice inutile. Une Amérique au prise avec ces démons, engluée dans deux guerres, l’Afghanistan et puis l’enfer, le bourbier irakien. Divisée sur la conduite à tenir face à ces nouveaux défis. Une Amérique paumée qui voit des villes autrefois prospères, péricliter. Une jeunesse qui fait comme elle peut avec cette cruelle réalité des lendemains qui déchantent. Un peu comme une immense gueule de bois dont on n’arrive pas à se relever. Une plongée radicale, crue qui met en évidence les zones de fracture dans la société américaine. Les excès d’alcool et de drogues, le sexe sont autant de refuges provisoires au mal-être de ces jeunes hommes et femmes. Une jeunesse aux abois, en perte de repères, revenue de tous les mensonges des politiques de Bush Jr à Obama lui-même qui n’arrivera jamais à répondre à cette crise existentielle profonde, majeure.

Nous sommes donc à l’été 2013, les occupants de quatre véhicules convergent vers New Canaan, cette petite ville de l’Ohio où ils ont passés leur jeunesse. Ils sont aujourd’hui trentenaires, leurs illusions de jeunesse, leurs idéaux sont battu en brèche. Certains ont des enfants, d’autres sont morts d’overdose, sont toxicomanes, certains sont partis faire la guerre en Irak et en Afghanistan comme Dan Eaton qui y a perdu un œil et des camarades. Cette troisième partie de l’histoire est sans aucun doute la plus touchante. Il retrouve le temps d’une soirée, son amie de toujours, celle pour qui il éprouve aujourd’hui encore des sentiments. Il y a également le ressenti de Bill Ashcraft, un ancien activiste humanitaire devenu toxicomane. Une plongée oppressante dans la dope et les excès en tout genre. Un paumé parmi tant d’autres. Dans la seconde partie de « Ohio », c’est le questionnement de Stacey Moore qui nous remue et surtout les réactions de sa famille chrétienne cherchant à la « guérir » de son homosexualité. On fait ici référence aux centres existant aux États-Unis où l’on accueille des personnes homosexuelles avec le délirant programme de les ramener sur le chemin de la morale chrétienne. Stacey souhaite régler ses comptes avec son frère qui n’a jamais accepté qu’elle soit lesbienne. Là encore, on est bouleversé par la capacité de Stephen Markley à mettre en mots des sentiments complexes. On est dans le registre de l’intime avec ces portraits d’hommes et de femmes. C’est fascinant de constater combien il n’y a pas une mais des Amériques selon sa couleur de peau, ces origines sociales, ces orientations sexuelles, ces opinions politiques républicaines ou démocrates. Autre aspect passionnant de « Ohio », cette descente en eaux troubles dans les lycées américains et leurs pratiques, leurs dérives à tous les niveaux. Pour le sexe parlons en, là encore il y a ceux qui dominent et ceux qui sont dominés dans une logique terrible où la tendresse semble être la grande oubliée. La quatrième partie sur Tina Ross a été un uppercut en pleine estomac. La violence, la vengeance, la rédemption sont autant de questionnements abordés dans ce roman tellement riche. On assiste au morcellement d’une société, d’un pays.

« Ohio » est une tragédie grecque où l’ataraxie n’a pas sa place. On lui préfère l’hubris, la démesure qui correspond si bien au modèle américain. On ressort de cette lecture impressionnée par la démonstration sans faille de Stephen Markley, son sens du drame, sa maîtrise d’un récit complexe, son style d’écriture enfin qui fait la part belle aux descriptions. Les personnages de ce roman sont autant d’ombres, de fantômes errant dans cette ville où tout se conjuguent au passé notamment sa prospérité. Un paysage où la crise est partout, où les âmes errent plus spectatrices qu’actrices de leur vie. L’ambiance est crépusculaire. Avec « Ohio » de Stephen Markley, oubliez l’Amérique que vous croyez connaître, celles des guides touristiques et préparez vous à vous prendre en pleine face la cruelle réalité de cette Amérique post-11 septembre 2001. Une société en déliquescence, un monde où les paumés sont légions et où les oubliés du système ultra libéral crèvent la gueule ouverte. Un magma poisseux et des vies brisées par le manque de perspectives, d’horizon. Un magnifique premier roman intime, dense, ambitieux, vertigineux signé Stephen Markley. Un Stephen Markley qui s’inscrit d’ores et déjà comme un nouveau grand nom du paysage littéraire américain. Allez en librairie et procurez vous ce roman sublime qui résonnera longtemps en vous.

3) « Nickel Boys » de Colson Whitehead chez Albin Michel (19 août 2020)

Note : 5 sur 5.

L’Histoire : Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

« Voilà ce que cette école vous faisait. Et ça ne s’arrêtait pas le jour où vous en partiez. Elle vous brisait, vous déformait, vous rendait inapte à une vie normale« 

« Nickel Boys« , le tout nouveau roman de Colson Whitehead, est d’une ambition et d’une grâce folle. C’est, incontestablement, le livre à ne pas manquer en cette rentrée littéraire. Il est édité chez Albin Michel et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il va faire parler de lui pour la maîtrise, l’aboutissement d’une mission que l’écrivain américain s’est donné : mettre en lumière dans ces livres le ver dans la pomme, le racisme et ces lois iniques, celles des années 1960 aux États-Unis, nous parler du combat des droits civiques, des espérances et des déceptions pour le peuple Afro-américain, de ce qui fait qu’aujourd’hui encore, même après l’accession d’un président noir comme Barack Obama, rien au fond n’a vraiment changé. Le drame ici se joue en trois actes : l’avant Nickel, le séjour à Nickel et l’après qui fait que vous ne serez plus jamais comme avant. Nickel, c’est une école de redressement pour mineurs, l’école de tous les vices, de toutes les abjections, de tous les abus. Elwood reçoit, à Noël 1962, le plus beau cadeau de sa vie, même si précise Colson Whitehead, « il lui mit dans la tête des idées qui signèrent sa perte ». Le disque de Martin Luther King at Zin Hill, celui du prophète de l’antiracisme qui allait bouleverser l’Amérique noire et finir si tragiquement. Elwood écoute ces discours, il s’en nourrit et se promet un jour d’aller là où le savoir est enseigné pour ne pas finir comme sa chère grand mère Harriet, femme de ménage, travaillant dans un hôtel pour un maigre salaire. Monsieur Parker apprécie Elwood. Monsieur Parker est blanc et verrait bien Elwood devenir le portier de son hôtel. La boucle serait bouclé. Que pourrait il espérer de plus ? Mais Elwood est d’une autre trempe. Un jour, alors qu’il avait douze ans, il rapporte chez sa grand mère une encyclopédie laissée dans une chambre de l’hôtel par un homme blanc. Mais arrivé chez lui, il découvre qu’elle était vierge de toute écriture. Que des pages blanches. Elwood pressent que les livres et l’accès à la culture sont les clés pour entrevoir un avenir meilleur. En attendant, abandonné de ses parents, il travaille chez monsieur Marconi, un Italien. C’est une supérette. A l’école, Elwood est bientôt soutenu par un professeur d’histoire noir, luttant pour les droits civiques. Grâce à lui, l’université lui ouvre ces portes, mais le destin en a décidé autrement. Sur le chemin de l’université, il fait du stop et monte dans une voiture conduite par un homme noir. Quelques kilomètres plus loin, la voiture est arrêtée par un policier blanc. Le véhicule était volé. Elwood n’en savait rien bien sûr mais il est condamné à allez purger sa peine à Nickel. Les portes de l’enfer s’ouvre devant lui. On se sent impuissant et révolté par ce coup du sort. Des citations de Martin Luther King parsèment le texte et nourrissent l’esprit d’Elwood. Sa vie bascule. Il est frappé, fouetté au point de s’évanouir. Certains descendent même à la « maison blanche » et n’en reviennent jamais. Elwood veut vivre et tenir le coup. Son ami Turner, un jeune garçon sifflant tout le temps s’attache à Elwood. Face au système de corruption généralisé, face à l’utilisation de multiples formes de violences psychiques et de sévices physiques provoquées par les gardiens et leur directeur, dont une bonne moitié sont membres du Ku Klux Klan, il faut tenir. L’auteur fait le choix de ne pas montrer de prime abord ces atrocités. Il en parle au détour d’une situation, avec beaucoup de pudeur ce qui rend d’autant plus douloureux ce que vivent ces adolescents au quotidien. Un livre que l’on n’oublie pas. Vous y suivrez les destinées d’Elwood et de Turner. Colson Whitehead convoque les fantômes de ces adolescents noirs martyrisés, ceux d’une Amérique où la question cruciale du racisme n’en finit plus, et avec raison, d’enflammer les consciences. Si les faits racontés ici nous plongent dans les années 1960, les racines du mal sont encore belles et bien là et plus que jamais d’actualité. L’écho de ces drames se répercute encore jusqu’à aujourd’hui. Comment peut-on rester de marbre après avoir lu le sort réservé aux Afro-américains dans ces maisons de correction, de redressement, mère de tous les vices subis par ceux qui n’étaient encore que des adolescents. Colson Whitehead saisi avec une acuité fascinante, cet instantané pour ne pas oublier ceux que certains souhaiteraient voir enterrer. Son écriture est incandescente et ses mots portent en eux le poids d’une injustice qui n’a que trop duré. Le souffle de ces pages noircis nous emporte. On est révolté, en colère face à l’inertie des autorités dans un pays qui se revendique comme une terres d’accueil des différentes communautés qui la compose. C’est une réflexion passionnante et aboutie sur le mal qui ronge l’Amérique : le racisme, les inégalités entre noirs et blancs. Un écrivain engagé, extrêmement talentueux (il a reçu par deux fois la consécration d’un des prix littéraires les plus prestigieux , le prix Pulitzer en 2017 pour « Underground Railroad » et en 2020 pour « Nickel Boys »), ne passez pas à côté de ce livre indispensable en plein Black Lives Matter aux États-Unis. Nous avons besoin plus que jamais des mots puissamment évocateurs de Colson Whitehead dans son combat contre le racisme qui gangrène aujourd’hui encore l’Amérique.

4) « Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens chez Le Seuil (2 janvier 2020)

Note : 5 sur 5.

L’Histoire : Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

« Là où chantent les écrevisses« , le titre du tout premier roman de l’auteure américaine Delia Owens, fait résonner en nous toute la poésie, l’éclat délicat et ciselé de son style d’écriture. Il est publié aux éditions Le Seuil et c’est un livre qui a déjà conquis quatre millions de lecteurs notamment aux États-Unis où il fait figure de phénomène littéraire. Une adaptation au cinéma est d’ailleurs en cours. Il faut dire que ce magnifique roman tout en sensibilité réussi le pari audacieux de réunir des lecteurs de tous les horizons, tant cette célébration de la nature est un hymne universel et panthéiste qui fait sens auprès de nos consciences écologiques éveillées. Delia Owens est diplômée en zoologie et biologie et c’est tout naturellement que son premier roman s’inscrit géographiquement dans un lieu sauvage, un marais proche de la petite ville de Caroline du Nord du nom de Barkley Cove. Nous sommes dans les années 1950-1960. L’héroïne s’appelle Catherine Danielle Clark mais tout le monde la connait et l’appelle par son autre surnom « la Fille des marais » ou Kya. On dit d’elle toutes sortes de choses colportées par la rumeur. Kya n’est encore qu’une enfant de dix ans à peine lorsque Ma fuit la violence et l’alcoolisme d’un homme fou. Ma laisse Kya ainsi que ses frères et sœurs. Très vite, tous fuis, seul demeure kya qui vivra avec ce spectre de père irascible et délirant lorsqu’il boit. Bientôt, il s’absente de plus en plus longtemps de la cabane où ils vivent. Et puis un jour, Pa ne revient plus et voici Kya, enfant, seule et livrée à elle-même. Les services sociaux la recherche pour l’emmener à l’école. Elle y restera une journée seulement, moquée et vilipendée par ses camarades qui ne voient en elle qu’une souillon, une sauvageonne illettrée et sans intérêt. Kya se cache et les Marais deviennent son sanctuaire et son refuge. Elle se sert d’une petite embarcation pour pêcher et échanger le fruit de son travail contre un peu d’essence pour son bateau, de la nourriture et de quoi faire fonctionner sa lampe à pétrole. Les mois s’égrènent et cette solitude devient son quotidien. Pas d’amis, pas de famille, peu de contacts avec l’extérieur du marais sauf pour quelques courses. En se baladant dans les lagunes, son refuge, elle fait un jour la connaissance de Tate, un tout jeune adolescent, un peu plus vieux que Kya. Il déborde d’affection pour elle et décide de l’apprivoiser peu à peu. Il lui apprendra à lire et à écrire, lui fait découvrir les noms des espèces animales vivant dans le marais. Kya apprend, elle revit au côté de Tate. Mais les années passent et bientôt Tate doit lui aussi partir pour poursuivre ses études dans une grande ville. Ce départ est vécu comme un abandon, une trahison.. Et puis un jour, surgit Chase.. Delia Owens signe un premier roman bouleversant conçu telle une tragédie grecque à la beauté élégiaque. On se consume en lisant la puissance d’évocation et le lyrisme de ces pages. Une ode à la liberté, à la solitude, à l’émancipation, à cette nature célébrée comme un personnage à part entière dans ce livre. On vibre, on est ému, on a peur pour Kya et on s’attache viscéralement à cette héroïne tragique qu’on ne veut plus quitter. Rarement un livre ne m’aura autant happé par son histoire, par son style d’écriture. L’émotion est à fleur de peau, le poids du destin implacable. Je ne vous dévoile rien de plus sur l’enquête qui est au cœur de cette histoire brûlante, étourdissante. Je vous laisse le plaisir intact de découvrir Kya, celle que l’on surnomme « la Fille des marais ». Quelque chose me dis qu’une fois terminé, ce roman laissera une trace en vous, un sillon, une empreinte qui sont la marque des grands auteures. « Là où chantent les écrevisses » est un immense roman qui vibre en nous comme un écho déchirant de ces êtres rejetés, seuls parce que différent.

5) « Le petit-fils » de Nickolas Butler chez Stock (8 janvier 2020)

Note : 5 sur 5.

L’Histoire : Après trente ans à travailler dans un petit commerce, Lyle vit désormais au rythme des saisons avec sa femme Peg, dans leur ferme du Wisconsin. Il passe ses journées au verger où il savoure la beauté de la nature environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils bien aimé, Isaac, se sont récemment installés chez eux, pour leur plus grande joie. Une seule ombre au tableau : depuis qu’elle a rejoint les rangs des fidèles de Coulee Lands, Shiloh fait preuve d’une ferveur religieuse inquiétante. Cette église, qui s’apparente à une secte, exige la foi de la maison entière et Lyle, en proie au scepticisme, se refuse à embrasser cette religion. Lorsque le prédicateur de Coulee Lands déclare qu’Isaac a le pouvoir de guérison, menaçant par là-même la vie de l’enfant, Lyle se trouve confronté à un choix qui risque de déchirer sa famille

Nickolas Butler signe avec « Le petit-fils« , publié en ce début d’année chez Stock, un magnifique roman nous interrogeant sur les liens qu’ils soient familiaux, amicaux mais également le lien qui nous uni à la foi avec ces dérives lorsque cette dernière devient toxique. S’appuyant sur les quatre saisons de la nature, l’auteur nous dépeint quatre périodes de la vie de Lyle et Peg qui sont les grands parents très aimants de leur unique petit-fils Isaac. Sa mère s’appelle Shiloh et elle est la fille adoptive de Lyle et Peg. Shiloh est une fille un peu perdue qui n’a pas toujours donné de ses nouvelles à ses parents lorsqu’elle a quitté la maison familiale. Le récit tourne autour de ce couple plein d’amour. Lyle travaille dans un verger, appartenant à Otis et Mabel, où il cueille et transporte des pommes pour les vendre ensuite. Sa femme Peg est une ancienne professeure de mathématique. Lyle a quatre-vingts ans et il s’interroge sur le temps qui s’égrène, sur ce lien si fort qui l’unit à son petit-fils. Tout semble aller pour le mieux mais Shiloh rencontre un jeune homme. Il est charismatique, très intelligent, un orateur brillant et surtout c’est un pasteur qui est en réalité un gourou. Par amour pour leur fille et pour conserver ce lien si fort avec leur petit-fils, Lyle et Peg vont vouloir bien agir en allant à cette église de Coulee Lands. Mais très vite, la nocivité, le danger que représente Steven, pour qui Shiloh est prête à tout par amour, va amener Peg et Lyle à agir pour sauver Isaac. Ce dernier est décrit par Steven comme étant un enfant capable de faire des miracles en soignant les personnes malades. Face à la folie du gourou, Lyle va tout faire pour s’opposer et combattre ce fondamentalisme religieux anfin de sauver son petit-fils. Tiré d’une histoire vraie, ce roman baigne dans un climat d’amour, de tendresse mais il suscite aussi l’effroi et la peur quand il s’agit de la conduite de Steve. La relation entre Lyle et son ami Hoot atteint d’un cancer est très belle également, et donne lieu à des moments de complicité entre les deux hommes qui sont superbement décrits. L’histoire est belle, l’écriture est sensible et délicate nous emportant dans ce récit où la tendresse et l’amour symbolisé par les grands parents cherchent à triompher de la folie et des mensonges de Steven et Shiloh. Nulle envie de vous dévoiler plus en détail l’histoire mais sachez qu’il est difficile de lâcher ce très beau roman une fois débuté la lecture. Nickolas Butler dénonce avec talent la folie et la bassesse de ce gourou qui voit dans ses ouailles autant de moyens de tirer profit de leur crédulité. Un roman à découvrir incontestablement.

Mon premier roman de l’année : « Ohio » de Stephen MARKLEY chez Albin Michel  (19 août 2020)

Je n’ai pas hésité une seule seconde à l’heure de désigner celui qui, selon moi, a signé le meilleur premier roman de l’année 2020. C’est chez Albin Michel dans la très belle collection « Terres d’Amérique » et c’est « Ohio » de Stephen MARKLEY. Un immense roman, déchirant !

-Place maintenant au Meilleur roman de l’année dans la catégorie « Roman Auto édité ». Là encore, je n’ai pas hésité et c’est tout naturellement Christelle Saïani qui remporte mes suffrages !

« Lumière » de Christelle Saïani

Éditeur : Librinova (18 février 2020)

L’Histoire : Ambre et Olivier sont voisins : elle se débat dans les difficultés, il a le bonheur insolent, une famille unie, des amis présents. Ce déséquilibre, trop difficile à supporter, devient un véritable point de crispation pour Ambre qui nourrit peu à peu un ressentiment tenace à l’égard de son voisin. Un jour, elle s’en prend à lui, pour déverser sa douleur, avant de venir lui présenter ses excuses. Elle découvre alors une faille dans la vie parfaite d’Olivier et le bonheur auquel elle aspire se lie curieusement au destin de cet homme si longtemps détesté…

Il est important de conserver un espace pour les auteures auto-éditées que je n’ai jamais considérées différemment sur ce blog que ceux qui sont publiés dans les maisons d’édition les plus prestigieuses. Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler d’un livre qui me tiens tout particulièrement à cœur : « Lumière » de l’auteure Christelle Saïani. C’est toujours difficile de jouer le jeu des comparaisons mais j’ai trouvé le livre de Christelle absolument magnifique, et je le situerais dans la lignée d’une Anna McPartlin, d’un Philippe Forest. Une plume d’une rare sensibilité, à fleur de peau, des personnages forts auxquels on s’attache, de la tendresse, de l’amitié et beaucoup d’amour qui infusent, qui se dégagent de ce très joli roman. Une leçon de vie, de courage, d’abnégation. Ce roman est tout sauf plombant, bien au contraire il est lumineux et porte bien son nom « Lumière ». J’ai apprécié le style d’écriture, sa richesse et sa justesse dans les moments les plus poignants comme dans ceux plus heureux. A présent parlons plus en détail de l’histoire de ce roman. Ambre aime Léo mais celui-ci décide de rompre brutalement. Le choc est rude et l’univers s’écroule autour d’Ambre. Elle perd du poids, sombre dans un état dépressif. Un jour au marché du quartier où elle habite, elle manque de défaillir. C’est alors qu’un homme propose de l’aider. C’est un de ses voisins. Elle le rabroue en colère et rentre chez elle. Quelque temps plus tard, elle souhaite s’excuser de s’être emporté à son encontre. Elle découvre alors la faille d’Olivier, son cancer du poumon contre lequel il se bat avec courage et abnégation, entouré de sa famille et de ses ami(e)s. Le personnage d’Olivier affronte la maladie avec un courage admirable. Il est tourné entièrement vers le don. Ambre retrouve à son contact le goût de la vie, de l’amitié, elle retrouve confiance peu à peu, mais c’est un long chemin, une montagne à gravir. Un roman plein d’authenticité, une peinture réaliste des épreuves de la vie mais aussi de ce qui nous la rend belle à savoir l’amitié et l’amour. J’ai beaucoup aimé. Amoureux des mots, épris des histoires pleines d’intensité, profondément humaine, jetez-vous sur ce livre « Lumière » de Christelle Saïani qui a l’image d’une Anna McPartlin, aborde la question du deuil, de la perte, de cette vie qui continue malgré les épreuves, avec brio. On est touché, bercé par les mots si justes de l’auteure. Un roman coup de cœur que je vous invite vraiment à découvrir.