Cinéma : « Joker » de Todd Phillips avec Joaquin Phoenix

4765874.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxL’Histoire : Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

« Joker » réalisé par Todd Phillips était l’un des films les plus attendus de l’année. La réputation qui précédait le long métrage était exceptionnellement positive avec notamment ce Lion d’Or à Venise. Mais c’était surtout l’interprétation de l’immense Joaquin Phoenix qui concentrait les avis dithyrambiques. Je m’attendais donc à un film hors norme emmené par un acteur au sommet. Le moins que l’on puisse dire c’est que mes souhaits ont été exaucés au delà de mes espérances les plus folles. Réjouissons nous car ce « Joker » est bel et bien le signe qu’il y a encore de l’espoir quand à l’avenir du cinéma américain. Nous doutons parfois du bon vouloir des studios américains qui préfèrent bien souvent miser sur des films qui n’incarnent plus grand chose : des suites sans âmes mais aussi des préquels du même acabit. C’est un triste constat mais pour le cinéphile, les temps sont durs alors là pour le coup, je vous le dis, faisons un triomphe à ce « Joker » qui enterre une décennie de films en un peu plus de deux heures de temps. L’idée de génie de Todd Phillips et de DC Comics, c’est de n’avoir pas fait un énième ersatz sans âme mais bien un film indépendant dans l’esprit, dans sa liberté de ton, dans son incroyable virtuosité. Alliant le fond et la forme avec un talent redoutable, « Joker » est un véritable brûlot politique, un cocktail détonnant mêlant fureur de vivre et aspirations suicidaires d’une société à bout de souffle. Mais cette réussite éclatante c’est à l’interprétation hors norme d’un Joaquin Phoenix amaigri, au rire dément et torturé, aux hallucinations effrayantes, qu’on la doit. L’acteur y incarne un Arthur Fleck luttant contre le mal qui l’assaille, cette folie qui le ronge de l’intérieur depuis si longtemps déjà. Son agression, son sentiment d’inutilité, sa dépression et sa psychose sont le point d’orgue d’une violence qui n’avait que deux échappatoires : se retourner contre lui avec cette idée du suicide qui est sous-jacente dans son histoire, ou bien encore le choix de retourner cette colère et cette rancœur contre la société, les élites, les journalistes, tous ceux qui l’empêchent à ses yeux, d’être celui qu’il devrait être : un comique à succès. Toujours sur le fil, tel un funambule, le spectateur progresse dans l’esprit du Joker, dans ce monde réenchanté par ses fantasmes, ses pulsions de vie et de mort, sa volonté de détruire ce monde qui n’a pas su l’accepter avec sa différence. Ce rire fou qui est une sorte de tare qu’il porte honteusement au début du film, devient par la suite son signe de ralliement à des aspirations profondes visant à semer la mort.. Comment ne pas y voir une plongée cathartique dans la psychés de nombre de « ratés » qui faute d’une reconnaissance suffisante à leur égo, se sont laissés entraîner dans les plus grands crimes contre l’humanité, les actes les plus cruels et décadents. Comment ne pas y voir le message adressé à l’heure où Trump sévit outre Atlantique, à l’heure où des hommes et des femmes se font exploser au nom de cette même pulsion de mort, à l’heure où des discours radicaux rallient les masses un peu partout dans le monde. La polémique autour de la violence du film et du message adressé par ce dernier, est à mon sens, un faux débat car Gotham c’est le miroir de notre société en déliquescence, en perte de repères moraux et sociaux. Le Joker est la fois un être repoussant car déviant et dans le même élan c’est aussi cette part que nous tentons de dissimuler aux autres ainsi qu’à nous-mêmes. Car c’est quand le Joker s’assume pleinement qu’il devient monstrueux. Il réinvente la norme, fait bouger les règles, les codes créant le chaos. Robert De Niro incarne cette élite coupée des réalités, infatuée d’elle même et de ses valeurs. Faute d’être accepté dans leur monde, le Joker plonge dans ses délires hallucinatoires, cédant à ses instincts primaires. Joaquin Phoenix apporte une densité incroyable à ce personnage misérable dont on a pitié avant d’en avoir singulièrement peur. Questionnant les frontières de la folie, interrogeant notre capacité à endurer les coups sans y répondre, « Le Joker » installe un malaise tout au long de son récit car ce Joker avant d’être un fou, est aussi un homme avec ses failles, ses doutes, ses aspirations.. Son rire incontrôlable, les larmes qui ne manquent pas de couler sont autant de signes donnant chair à un personnage à la fois hors norme et dans un même élan terriblement humain. Joaquin Phoenix rentre dans l’histoire du cinéma avec ce rôle qui va marquer une génération de spectateurs comme Jack Nicholson, Heath Ledger.. Un film d’une sincérité désarmante, au propos intelligent et loin du manichéisme ambiant, le tout emmené par un acteur qui marque de son empreinte l’histoire même du septième art, c’est peu dire que j’ai été emporté par ce « Joker » stratosphérique. Ne boudons pas notre plaisir, et comme je vous le disais en préambule, réjouissons nous qu’un tel film puisse rencontrer le succès aujourd’hui ! Un pari réussi pour un authentique chef d’œuvre du cinéma.

Ps: A noter la bande originale de Hildur Guðnadóttir qui est absolument fantastique.

Ma note: 5/5

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