Littérature - Histoire - Poésie

Littérature : « Je suis Jeanne Hébuterne » d’Olivia Elkaïm – « Le Dimanche des mères » de Graham Swift


71YTdOxMF+LL’Histoire :
Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste « maudit », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice – où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie.

Nous connaissons tous aujourd’hui l’œuvre et le talent immense d’Amedeo Modigliani (1884-1920). C’est à un autre pan de sa vie que c’est intéressé l’écrivaine Olivia Elkaïm : son histoire d’amour avec la jeune et belle Jeanne Hébuterne (1898-1920). L’originalité est ici d’épouser le point de vue de Jeanne. « Je suis Jeanne Hébuterne » dévoile une autre facette de l’artiste maudit qui devra attendre sa propre mort pour que l’on reconnaisse, enfin, la valeur de ses peintures figuratives et de ses sculptures. Il était écrit que ces deux êtres, aux vies si éloignées, devaient se rencontrer. En 1916, alors qu’elle prend des cours de peintures à l’école de Paris, Jeanne, 18 ans est immédiatement attirée par cet homme, le beau Modigliani qui a alors 32 ans. La passion s’empare de son esprit et Jeanne doit alors s’armer de courage et affronter ses sentiments pour Modigliani. Jeanne est issue d’un milieu catholique fervent, des petits bourgeois très à cheval sur la morale chrétienne. André, son frère parti à la guerre, la hante, lui le catholique ultra ne saurait tolérer l’amour de Jeanne pour un immigré italien, un artiste, juif de surcroît ce qui est mal perçu dans ce milieu traditionaliste. L’amour fou qu’elle éprouve pour Modigliani, l’amène à franchir toutes les barrières de la morale. Elle quitte son foyer et ses parents. Ils s’aiment mais très vite elle comprend que son homme a ses démons : la cocaïne, l’alcool qu’il engouffre dans son gosier, véritable tonneau des Danaïdes, puit sans fond où il fuit la maladie qui le ronge depuis son enfance, qui lui fait cracher et pisser du sang.. Jeanne souffre de ces infidélités mais elle est si éprise de lui, qu’elle cède et se consume peu à peu. Bientôt une fille naîtra, Jeanne Hébuterne, n’a pas l’instinct maternel.. Elle souffre et la dépression la ronge tandis que Modigliani se détruit, lui qui se sait condamné à mourir jeune. Le 24 Janvier 1920, Amedeo Modigliani s’éteint dans la pauvreté la plus totale. Le surlendemain, Jeanne, qui est enceinte de leur second enfant, décide de mettre fin à ces jours en se jetant de la fenêtre de l’appartement de ses parents, au cinquième étage. Elle avait 21 ans. Le style d’écriture de Olivia Elkaïm est enlevé, délicat. Celle-ci s’emploie à nous faire ressentir, avec talent, les émotions d’une toute jeune femme qui voit sa vie basculer le jour où elle rencontre le ténébreux artiste italien. Modigliani mène une vie des plus dissolues, est-il capable d’aimer avec tout ce que cela comporte comme engagements, comme devoirs ?.. sans doute pas. La maladie, son talent inouï, les quantité d’alcool et de drogues prodigieuses qu’il ingère lui seront fatals. Reste, cette histoire sensible, mélancolique, cette tentative toujours imparfaite de placer l’amour de Jeanne et d’Amedeo au dessus de tout. Description d’une passion dévorante, d’une dépendance affective, le roman d’Olivia Elkaïm convoque les moments intimes de ce couple mythique. Il se dégage une infinie tendresse, une souffrance immense mais aussi un parfum d’éternité qui, au final, emporte tout tel un torrent dévorant les âmes des amants maudits. Puissant.

Ma note: 5/5.

Broché: 248 pages
Editeur : Stock (23 août 2017)
Collection : La Bleue

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A77917_Le_dimanche_des_meres.inddL’Histoire : Angleterre, 30 mars 1924. C’est le dimanche des mères, jour où les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils rendent visite à leur famille. Jane, une jeune femme de chambre orpheline, le passera en compagnie de Paul, son amant de longue date. traversant la campagne inondée de soleil, elle le rejoint pour un dernier rendez-vous car Paul s’apprête à épouser une riche héritière. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. Ce dimanche changera à jamais le destin de Jane.

Il arrive que nos attentes ne correspondent pas avec la réalité d’un ouvrage. Il y a des déceptions, des rendez-vous manqués, des passions avortées, des désillusions.. Graham Swift est un immense auteur avec un style d’écriture remarquable. « Le Dimanche des mères » est, de ce point de vue, une réussite. Seulement, il y a un « mais » : l’histoire qui nous est contée ici a suscité chez moi un ennui poli. Il y est question des chemins tortueux qu’empruntent l’amour et du poids du destin, de l’irréversible qui survient et bouleverse les chemins empruntés par les uns et les autres. Jane aime Paul. Une passion charnelle mais au final, elle ne sait que peu de choses de cet homme. Leurs rencontres sont furtives et placées sous le seul sceau du désir à assouvir. C’est le Dimanche des mères, Paul n’est pas de la même condition sociale que Jane et il doit en épouser une autre. Mais, la vie joue parfois des tours et c’est ainsi que le destin de notre narratrice va basculer. Car il y a cette autre désir qui va s’épanouir, cet amour des mots, des lettres, des livres. Jane, l’orpheline, la domestique.. deviendra écrivaine. Un court livre mais dense sur le plan du contenu. L’auteur fait part de réflexions sur la création littéraire, sur ce qui fait de nous des êtres de chair et de mots. C’est beau mais je suis resté à la surface des choses, je n’ai pas pu pénétrer dans cette histoire qui m’a paru très artificielle. Où comment un beau livre au style remarquable n’arrive pas à nous faire ressentir ce que d’autres lectrices/lecteurs ont éprouvés. Le poids de la subjectivité se fait ici criant. Un rendez-vous manqué, d’autres auront sans doute plus de chance.

Ma note: 3/5.

Poche: 176 pages
Editeur : Folio (3 janvier 2019)
Collection : Folio

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(30 commentaires)

  1. Hello Fred!
    Encore une excellente lecture te concernant! Si sur le papier, de prime abord je ne suis pas spécialement fan, tes mots et la puissance qui en ressortent m’ont convaincue 😊 merci mon ami! Bisous d’une alsacienne de retour dans son Alsace haha

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  2. Merci pour cette chronique très complète. J’ avais déjà lu des présentations mais celle- ci éclaire le lien amoureux qui unissait cette toute jeune fille à un homme dont le mal être était terrible. Devenue muse de son amour, je ne regarderais plus des portraits sans penser à souffrance qu’ elle a du vivre ! Merci …

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  3. Le livre « Le dimanche des mères  » me tentait bien jusque ce que je lise ta critique « …ennui poli… » puis ta note…. ce qui est rare chez toi… Donc, je crois que je vais me dispenser de le lire aux vues de ta critique.
    Je te souhaite un bon WE ensoleillé… bisous du Sud 🌞

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  4. Coucou Gwen ! C’est vraiment un beau livre sur une histoire que je méconnaissais totalement. C’est ma mère qui m’a prêté le livre et qui m’a dit « tu verras il est chouette ce livre ».. elle avait raison 😉 Tu es rentré dans ta chère Alsace. Cool que tu es passée un beau séjour. Merci pour ton gentil message, des bisous breizh pour mon amie Alsacienne ! excellente soirée à toi Gwen 🙂

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  5. Coucou Cat ! En fait, il y a deux sons de cloche si j’ose dire 😉 : le mien (je me suis ennuyé même si c’est très bien écrit mais je n’ai pas été ému mais simple spectateur de cette histoire..) et celui de maman qui elle a adorée. Il pourrait te toucher aussi ce livre. J’ai lu beaucoup d’avis très positif sur ce livre et d’autres qui comme moi ont manqué cette rencontre entre un texte, un auteur et son lecteur.. Beau weekend ensoleillé et bisous bretons pour toi Cat, merci 🙂

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  6. C’est mon préféré des deux et de loin. L’histoire de Jeanne Hébuterne et de son amour inconditionnel pour un artiste qui n’allait vraiment percer, auprès du public, qu’au moment où il meurt.. Jeanne est une femme émancipée qui quitte un milieu bourgeois catholique fervent où elle étouffe (on la comprend..) pour rejoindre son amant. Nul mariage entre eux, rein de tout cela mais un amour libéré des contingences imposées par la société d’alors. Une femme libre qui a du talent, du caractère et pour qui la maternité n’est pas un aboutissement, l’alpha et l’oméga d’une existence de femme. Elle est très actuelle au fond. Bref tu l’auras compris, ce portrait m’a touché. La plume d’Olivia Elkaïm est riche, ciselée..

    Pour ce qui est du Graham Swift, j’ai moins adhéré à l’histoire mais cela reste un livre magnifiquement écrit avec des thématiques intéressantes : il est là aussi question d’émancipation.. Excellente soirée à toi 🙂

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  7. Très belle chronique de Je m’appelle Jeanne Hebuterne, tu m’as donné envie de le découvrir, je le note.
    Le Dimanche des mères par contre moi je l’ai adoré ! Ma plus belle lecture de l’année dernière ^^ Je suis tombée dès la première page sous le charme, j’ai trouvé l’histoire lumineuse, poignante, splendide.
    Les goûts et les couleurs, qui diffèrent pour chacun, c’est cela la magie de la vie !
    Bon weekend à toi Frédéric, bises

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  8. Ah ce roman « Jeanne Hébuterne », il a tout pour te plaire ! Merci beaucoup Hélène pour ton retour positif. Pour le Graham Swift, tu as v uque je suis resté mesuré car, très sincèrement, on ne peut pas reprocher grand chose à un livre écrit avec une telle plume. Je comprends tout à fait qu’il plaise. Je suis passé à côté pour cette fois mais je n’abandonne pas l’idée d’en lire d’autres de Graham Swift 😉 Je te rejoins totalement, quel plaisir d’échanger avec de belle personne comme toi Hélène ! merci vraiment 🙂 Bises bretonnes !

    Aimé par 1 personne

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