Littérature : « Dans le grand cercle du monde » de Joseph Boyden


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L’Histoire :
Un jeune jésuite français est venu avec d autres en Nouvelle-France évangéliser les Indiens. Il n est là que depuis un an quand ses guides l abandonnent et le laissent à la merci des Iroquois lancés à leurs trousses. Ainsi commence pour le jeune homme une odyssée incroyable où très vite les Hurons le font prisonnier à leur tour ainsi qu une jeune captive iroquoise à la personnalité mystérieuse. Leur ravisseur, un grand guerrier qui a perdu toute sa famille, sait qu un grand et nouveau danger menace son peuple.

Il y a comme l’ADN de « Mission » le formidable film de Roland Joffé avec Robert de Niro et Jeremy Irons au cœur du dernier ouvrage de Joseph Boyden « Dans le grand cercle du monde ». L’histoire n’a bien sûr pas le même cadre géographique (l’Amérique latine des Indiens Guaranis pour le premier, le Canada français et les Hurons pour le second) ou temporel (le XVIIIème siècle pour « Mission » et le XVIIème siècle pour Boyden) mais l’on y retrouve le rôle des Jésuites en mission d’évangélisation des peuples Amérindiens ainsi que la même sensibilité, le même souffle épique dans les deux œuvres. On y croise Samuel Champlain (1567-1635) à Québec et l’on découvre avec un immense plaisir la vie des hurons sur leurs terres, leurs coutumes, leurs traditions, leur façon bien à eux d’être au temps, d’être au monde dans cette première moitié du XVIIème siècle. On y trouve également (et Boyden le reconnaît à la fin de son ouvrage) une source d’inspiration très proche des « Écrits en Huronie » de Jean de Brébeuf (1593-1649) (chroniqué il y a quelques années sur ce blog), missionnaire Jésuite qui vécu auprès des Hurons jusqu’à sa mise à mort atroce (brûlé vif) par les ennemis ancestraux de ces derniers les Iroquois (alliés des Anglais). C’est un monde à la complexité saisissante qui se joue devant nos yeux. Capables des pires cruautés et tortures comme d’un amour envers la nature confondant, les Amérindiens sont vus ici non sous le jour du bon ou du mauvais sauvage, mais sous le jour du regard que pouvait porter l’un sur l’autre les missionnaires et soldats Français Blancs et les Indiens. L’histoire des trois personnages principaux (un Jésuite, un chef guerrier Huron et une jeune fille Iroquoise de naissance) forme une fresque a peu d’égal. Le style comme à chaque fois chez Boyden est sublime, les rebondissements sont présents dans une atmosphère crépusculaire qui sied parfaitement à ce roman. On assiste à la chute d’un monde sous nos yeux. Boyden démêle avec un talent sidérant les écheveaux de ce combat perdu d’avance. La fin dont je ne vous dévoilerais bien entendu pas la teneur est d’une rare acuité quant aux enjeux soulevés à cette période en Nouvelle France. J’ai aimé passionnément ce livre qui est, et le mot n’est ici pas galvaudé, un immense roman au dépaysement garanti et à la violence assumée. Je vous le recommande chaudement. Ma note:5/5.

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