Littérature – Musique

Appréhender un livre de Cioran n’est jamais évident tant la philosophie de l’homme peut apparaître aride et profondément déstabilisante pour qui n’a pas la capacité ou l’envie de prendre suffisamment de recul intellectuel par rapport aux propos d’un auteur définitivement à part. Profondément crépusculaire, voir morbide sous certains aspects le moins que l’on puisse dire c’est que cet ouvrage « Sur les cimes du désespoir » ne peut laisser le lecteur indifférent. Le pessimisme, l’obsession du suicide, de la mort sont autant de thèmes qui reviennent inlassablement dans ce court ouvrage. L’on y voit Cioran écrire ainsi que « La mort étant immanente à la vie, celle-ci devient, dans sa quasi-totalité une agonie ».. Les aphorismes y sont nombreux et non dénué d’un certain « humour » comme lorsqu’il dit ceci « Je suis mécontent de tout. Même si j’étais élu Dieu, je présenterais aussitôt ma démission (…) » Ecrit alors qu’il n’avait que vingt deux ans, en 1933, l’on peut dire que cet ouvrage est philosophiquement très riche tant il est dérangeant. Cioran a le mérite de nous faire réfléchir sur le sens que l’on peut donner ou pas à notre existence. « Rien ne saurait justifier le fait de vivre » écrit-il. Sa perception de la foi chrétienne, son point de vue sur la personne du Christ notamment, en tant que croyant, je ne le partage pas mais j’ai néanmoins été profondément marqué par sa lecture, par la mine de réflexions qu’il sous tend. Je l’ai relu deux fois, comme pour mieux m’imprégner de son discours afin par la suite de m’en détacher sur certains points qui me semble clé mais également de me rapprocher de sa pensée sur d’autres, comme lorsqu’il écrit ses mots magnifiques «  (…) le salut réside dans l’oubli. J’aimerais pouvoir tout oublier, m’oublier moi-même et le monde entier. » Un texte riche d’un penseur qui n’a pas fini de nous interpeller: « Pour l’animal, la vie est tout ; pour l’homme, elle est un point d’interrogation. »

Autre ouvrage de réflexion passionnant, celui d’un philosophe, vivant celui-ci, Alain Finkielkraut et son « Mécontemporain » dans lequel il revient longuement sur les différents approfondissements et non évolutions (l’auteur insiste sur cette dichotomie) de la pensée de Péguy. Dreyfusard à l’heure ou d’autres de ses ami(e)s socialistes pouvaient faire le choix inverse (oui il y eût des socialistes antidreyfusards), volontiers mélancolique et nostalgique d’un monde dont il pressentait les prémices meurtrières, nationaliste amoureux d’une « patrie charnelle » puis retournant à la foi catholique à la fin de sa vie l’on peut dire que le cheminement intellectuel de Péguy est loin d’être évident à appréhender. Finkielkraut nous dépeint avec une profonde sincérité les différents engagements d’un homme que la postérité a pu injustement cloué au pilori en le taxant de réactionnaire, de nationaliste avec tout ce que ce terme implique à la suite des deux conflits mondiaux du XXème siècle et même d’être l’un des fondateurs du national-socialisme à la française (n’est ce pas Bernard Henri Lévy..). Finkielkraut remet les choses dans leur contexte en éclairant d’une lumière nouvelle les prises de position de Péguy qui loin d’être anarchique relevaient bien au contraire d’un processus intellectuel cohérent. Péguy est un incompris. Accusé de trahison par ses anciens ami(e)s socialistes, semblant abjurer son engagement Dreyfusard aux yeux des cléricaux, des Barrès et autre Maurras, de ce point de vue l’ouvrage de Finkielkraut fait en quelque sorte œuvre de réhabilitation des différents engagements de Péguy. Attention, Finkielkraut ne tombe pas non plus dans le piège hagiographique d’un Péguy sans contradiction, sans erreur d’appréciation,  mais ce qu’il ne souhaite avant tout pas, c’est que selon les propres mots de Péguy, « les œuvres du génie soient ainsi livrées aux bêtes (…). »

Voilà quelque temps déjà que je souhaitais lire cette œuvre majeure de Bernanos. « Le Journal d’un curé de campagne » est un classique intemporel empli d’un questionnement existentiel d’une richesse insoupçonnée de prime abord. L’histoire en effet est fort simple, un prêtre nous conte son quotidien dans une paroisse rurale dans l’entre deux guerres. Il se dit fragile et peine à s’imposer dans cet univers. Il va se retrouver bien évidemment face à la mort, celle des autres tout d’abord puis la sienne.. ce qui va l’amener à confronter ce qu’on lui a enseigné au séminaire avec la vie dans ce qu’elle a de plus injuste. C’est à partir du moment où ce doute l’enveloppe peu à peu que l’on voit véritablement le roman s’envoler : « On ne prie jamais seul. Ma tristesse était trop grande, sans doute ? Je ne demandais Dieu que pour moi. Il n’est pas venu. » Le style de Bernanos est l’un des plus beau que l’on puisse lire dans la littérature française. Il est aussi simple que profond de par le sens qui s’en dégage. J’ai dévoré cette seconde partie du roman et tout particulièrement l’échange entre le médecin morphinomane et son patient, deux condamnés, deux façons d’appréhender l’inacceptable idée de  notre propre mort. Je ne sais si le fait d’être croyant rend la lecture de Bernanos encore plus enthousiasmante. Peut-être pas au fond ? J’aime ce doute qui habite la foi de Bernanos tout comme celle de ce prêtre qui au contact de la vie voit peu à peu ses certitudes s’étioler jusqu’à n’être plus lui-même que nuit.. Mais « qu’est ce que cela fait ? » puisque « Tout est grâce. »

« Rome » est un projet un peu fou réunissant à la base le producteur Danger Mouse et le compositeur Daniele Luppi. Ces derniers ont souhaité retrouver le temps d’un disque l’univers des BO d’Ennio Morricone et des grands westerns spaghetti. Pour cela ils ont décidé d’enregistrer leurs morceaux selon une méthode analogique tout droit sorti des sixties et des seventies. L’autre très belle idée, c’est celle de réunir pour les voix Jack White des feu-White Stripes et l’envoûtante Norah Jones au timbre reconnaissable entre tous. Le tout s’annonce donc sous les meilleurs auspices. Deux titres sont disponibles en écoute pour nous donner une idée encore plus précise de ce que sera « Rome ». Le titre chanté par Norah Jones s’appelle « Black », retrouver le ici :

http://www.dailymotion.com/video/xi29e7_danger-mouse-daniele-luppi-black-starring-norah-jones_music

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4 réflexions sur “Littérature – Musique

  1. Bonjour
    Vous avez raison, le livre de Bernanos est admirable. Et on l’aime SURTOUT quand on est véritablement disciple du Christ. Beaucoup des écrits de cet auteur sont à (re)découvrir, et particulièrement les textes « polémiques ». L’oeil de Bernanos est acéré mais son regard est plein de vraie bonté sur le monde contemporain.
    J’avais été moi aussi très impressionné, lors de ma découverte de ce roman, par les derniers mots : « Qu’est-ce que cela fait ? Tout est Grâce ».
    A bientôt. Bien à vous.
    D.

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    1. Bonjour mon cher Prince Taliesin ! tout d’abord laissez moi vous remercier une nouvelle fois de m’avoir permis de lire l’ouvrage de Jean Phaure « La France mystique ». Je retiens tout particulièrement ces mots de Jean Paul II à l’adresse du peuple de France.. « France, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » J’y ai puisé matière à réflexion. De Joseph de Maistre à Saint Bernard en passant par Ferdinand Lot, les citations sont des plus enrichissantes pour mon plus grand bonheur. Je vois que nous nous rejoignons sur ce livre majeur de Bernanos et tout particulièrement sur ces derniers mots qui m’ont, je dois le reconnaître, bouleversé.
      Mes amitiés et @ très bientôt !
      Frédéric.

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