Cinéma et Littérature cultes du Dude

Il y a des sujets comme cela qui effraient, de ceux que l’ont préfèrent éviter de peur qu’elles ne nous atteignent rien qu’en osant prononcé son nom, le cancer fait partie de ses mots tabous c’est de cela que j’ai choisis de vous parler dans cette note en vous parlant d’un livre et d’un film qui font partie de mon panthéon personnel. Ce ne sera certes pas ma note la plus lue ou la plus commentée mais peu m’importe, un blog c’est aussi partager des émotions mêmes si ce n’est qu’avec seulement quelques personnes.

L'enfant eternel


J’ai lu récemment un livre sur le cancer qui m’a bouleversé. Je n’ai pas honte de dire que j’ai pleuré en le lisant, je sentais cette boule montée dans ma gorge et les larmes coulées naturellement le long de mes joues. Ce livre c’est
« L’enfant éternel » de Philippe Forest dans lequel il nous parle d’un drame vécu par lui-même, le témoignage du combat d’un père, d’un couple pour tenter de sauver leur petite fille Pauline. Ce livre est bien plus qu’un témoignage, c’est un roman comme vous n’en lirez que très peu. Forest nous conte ici l’indicible, l’horreur absolue, « je ne savais pas » écrit-il (p.13), la chose la plus révoltante qui soit, la mort d’une enfant de 4 ans…avec une pudeur mais aussi une vérité peu commune. Pauline se plaint d’une douleur au bras qui se révèlera être une tumeur alors qu’elle n’a que trois ans. « J’ai fait de ma fille un être de papier. J’ai tous les soirs transformé mon bureau en théâtre d’encre où se jouaient encore ses aventures inventées. Le point final est posé. J’ai rangé le livre avec les autres. Les mots ne sont plus d’aucun secours. Je fais ce rêve. Au matin, elle m’appelle de sa voix gaie au réveil. Je monte jusqu’à sa chambre. Elle est faible et souriante. Nous disons quelques mots ordinaires. Elle ne peut plus descendre seule l’escalier. Je la prends dans mes bras. je soulève son corps infiniment léger. Sa main gauche s’accroche à mon épaule, elle glisse autour de moi son bras droit et dans le creux de mon cou je sens la présence tendre de sa tête nue. Me tenant à la rampe, la portant, je l’emmène avec moi. Et une fois encore, vers la vie, nous descendons les

marches raides de l’escalier de bois rouge« . Il nous raconte le quotidien dans les hôpitaux, les examens médicaux, les rendez-vous, les interventions chirurgicales, ses rares moments de bonheur d’une intensité folle entre deux chimiothérapies, l’inéluctable fin, cet impossible deuil. Ne nous y trompons pas, nous sommes ici face à l’un des plus beaux textes que j’ai lu dans ma courte existence, un de ceux qui marquent indubitablement le lecteur d’une trace indélébile. « A deux ans tout enfant le sait. Deux ans est le début de la fin ». Forest ne cessera tout au long du livre de faire référence au Peter Pan de James Matthew Barrie, l’un des contes préférés de la petite Pauline. Cela rejoins ma note précédente et montre combien ses contes ont une portée bien plus violente et symbolique que l’on a bien voulu le laisser croire (Disney n’est pas pour rien dans cette perception erronée). L’auteur écrit d’ailleurs (p.14)Notre histoire est un conte semblable de terreur et de tendresse qui se dit à l’envers et comme par la fin : ils étaient mariés, ils vivaient heureux, ils avaient une enfant…«  Ils nous adressent une sorte de message (p.48) « (…) qui ne voient rien du monde de douleur véritable où ils passent tandis que d’autres restent« . Si vous devez lire un livre sur ce douloureux sujet, je ne peut que vous le conseiller, un sujet que je n’arrive d’ailleurs pas à m’expliquer, moi « l’homme de foi » je reste perdu face à cela, je n’ai pas les mots, c’est comme si un cri voulait s’échapper mais qu’il ne sortait pas… J’ai choisis pour terminer ma courte chronique sur ce livre si beau, je suis presque gêné d’utiliser ce terme de « beau » pour parler de ce livre tant le sujet, la matière du livre est-elle terrible, affreuse, sans mot pour la nommer, j’ai choisis vous dis ai-je quelques passages du roman qui m’ont particulièrement plus : « Un roman est une entaille faite dans les bois du temps ». (p.131) ; « Les mots comme les êtres sont en partance pour le néant qui les guette. (…) Tous les livres s’écrivent au futur antérieur et disent j’aurais été. » (p.132) ; « Un corps grandit dans la matrice impensable d’un ventre . Un jour il fait surface dans la durée commune puis il vit sa vie de corps, jour après jour. Un autre jour vient, on lui ferme es yeux, on le descend dans la terre dont on nous dit que silencieusement elle accomplit son travail à l’envers, défaisant les chairs, libérant les os, soufflant enfin toute cette poussière d’être ». (p.139) ; « La mort est ce par quoi nous découvrons le temps ». « C’est par la naissance que la mort est entrée déjà dans notre vie » (p.140) ; Et voici le passage le plus émouvant selon moi du livre, toujours en référence au Peter Pan « L’enfant a laissé son ombre dans ma chambre. Je l’ai rangée dans le tiroir où dort le manuscrit que je sors à la nuit tombé. (…) Elle se penche par dessus mon épaule tandis que je trace ces lignes. Elle lit ». (p.152).


A la page 194 il cite François de Malherbe (1555-1628) et ses vers fameux composés en 1600 pour la consolation de M. Du Perrier sur la mort de sa fille.
Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle ? (…)
Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Tous les enfants sauf un

Ne se retrouve pas ?
Je sais de quels appas son enfance était pleine ;
Et n’ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.

Philippe Forest avait publié un autre ouvrage sur ce sujet qui vient tout juste de sortir en poche « Tous les enfants sauf un », toujours en référence au James Barrie et son Peter Pan « Tous les enfants, sauf un, grandissent ».‘utilise la présentation de l’éditeur pour vous exprimer ici les thèmes abordés par ce livre : « Dix ans après, Philippe Forest revient sur l’événement qui fut à l’origine de son premier roman. Que peuvent signifier dans notre monde aujourd’hui la maladie et la mort d’un enfant? Le chagrin provoqué par la perte, l’effarement devant la vérité crue exigent d’être pensés sans répit. Les mythologies mensongères, le prétendu « travail de deuil », le recours à la religion et à tous ses substituts, la sentimentalité carnassière avec laquelle la société considère la souffrance des enfants forment les questions de fond soulevées dans ce livre. La mort d’une enfant constitue en soi une exception à la règle de la vie ».
Ma Note:*****/5.
J


Voici à présent le film le plus bouleversant selon moi sur le sujet, un des plus beaux films du cinéma français, celui-ci est dans mon panthéon personnel sans aucune hésitation, « Le Petit Prince à dit » (1992) réalisé par la regrettée Christine Pascal (1953-1996) et porté à la fois par la musique très belle de Bruno Coulais (Les Choristes, etc.) mais aussi et surtout par un trio d’acteurs exceptionnels, Anémone (dont on oublie trop souvent qu’avant de faire la pitre elle sait aussi être une comédienne formidable et pleine d’émotion), Richard Berry (juste incroyable dans son rôle de père meurtri) et la petite Marie Kleiber si touchante, au jeu d’une telle intensité. C’est l’un des rares films dont je ne me lasse jamais. La photographie du film est sublime, l’histoire elle est terrible : « Violette, une fillette débordant de vitalité et élevée par sa grand-mère, voit ses parents divorcés, Adam et Mélanie, un weekend sur deux. Se plaignant de douleurs à la tête, elle passe des examens médicaux. Son père médecin apprend alors que sa fille a une

tumeur cérébrale et qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Il l’enlève et part avec elle sur les routes, découvrant à ses côtés des valeurs oubliées« . Tout est si beau dans ce film touché par la grâce, on peut parler ici de chef d’œuvre, là encore la pudeur est de mise même si l’émotion est là, présente tout au long du film. Ce dernier que je n’arrive jamais à terminer sans pleurer. Il n’y a pas de voyeurisme, ni de sentimentalisme dans ce film, juste les faits et leurs implacables cruautés ! Un film qui, et c’est un scandale, n’est même pas sortie en DVD (heureusement que je possède un DVD enregistreur). Lorsque l’on voit de tel chef d’œuvre ne pas sortir en format DVD on ne peut être que scandalisé par la politique des distributeurs des films, alors que tant de nanars sortent, celui-ci reste au fond d’un tiroir. Surveiller les retransmission à la télévision (je pense à Arte qui l’a diffusé plusieurs fois) ou encore au chaînes cinéma du satellite. Vous avez là l’un de mes films préférés toutes catégories de films confondus. Ce film a obtenu le prestigieux prix Louis Delluc en 1992 et il fût également nommé aux César 1993 du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur. La scène de fin est l’une des plus bouleversantes qu’il m’ait été donné de voir. Ma Note:*****/5.


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Une réflexion sur “Cinéma et Littérature cultes du Dude

  1. Parler du cancer et des maladies graves en général est toujours délicat. Pour poursuivre les lectures avec une note d'espoir et d'optimisme, je recommande "La volonté de guérir" de Norman Cousins. Les premiers liens Google indiquent qu'il s'est soigné par le rire, c'est plus complexe que cela. Une des expériences de son livre est retracée ici : La volonté de guérir Ca complète pas mal les lectures précédentes et surtout ça change du pathos habituel sur le sujet.

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