Réflexions : « Into The Wild » Sean Penn – « Grizzly Man » Werner Herzog

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 » La conscience d’aimer et d’être aimé l’entraîne dans l’infini. » Goethe (1749-1832) « Les Affinités électives« 

 » Pour fuir les hommes faut-il donc les haïr ? » Lord Byron (1788-1824) « Le pèlerinage de Childe Harol« 

 » Il y a de la musique dans le soupir du roseau; Il y a de la musique dans le bouillonnement du ruisseau; Il y a de la musique en toutes choses, si les hommes pouvaient l’entendre. » Lord Byron « Don Juan »

 » Celui qui va jusqu’au bout de son cœur connaît sa nature d’homme. Connaître sa nature d’homme c’est alors connaître le ciel. » Mencius (380-289 av.JC.)

 » Le grand homme est comme l’aigle; plus il s’élève, moins il est visible, et il est puni de sa grandeur par la solitude de l’âme. »

Stendhal (1783-1842) « De l’amour »

 » Oh ! que j’aime la solitude !
Que ces lieux sacrés à la nuit,
éloignés du monde et du bruit,
plaisent à mon inquiétude ! « 

Marc-Antoine de Saint-Amant (1594-1661)

 » Il est plus d’un silence, il est plus d’une nuit
Car chaque solitude a son propre mystère. »

Sully Prud’homme (1839-1907) « Poésies »

« Into The Wild » de Sean Penn et « Grizzly Man » de Werner Herzog traitent tous deux de façon différentes d’un thème commun, le choix fait par certain(e)s de fuir une société jugée trop matérialiste, consumériste, afin de vivre en communion avec la nature. Ils nous parlent de cette idéalisme jusque-boutiste qui va pousser Chris Mc Candless ou encore Tim Treadwell et sa compagne Amie Huguenard a chercher dans ce retour à la nature, « à l’état sauvage » selon les propres mots de Mc Candless la clé de leur survie. Ermites écologistes pour certains, fous pour d’autres, ils vont tenter de pousser toujours plus loins les frontières entre l’homme et la nature sauvage. Deux morceaux de vie, deux destins tragiques parfaitement mis en image par Penn et Herzog.

« Grizzly Man » est un documentaire réalisé en 2005 par Herzog sur la vie d’un couple d’écologistes qui a voulu vivre au milieu des grizzlys, un mélange entre les images filmées par Treadwell et celles de l’enquête menée par Herzog pour comprendre les raisons qui ont poussé ces gens à mener cette vie. Treadwell était alcoolique, plusieurs cures de désintoxication avaient échouée, mais c’est lors d’un voyage en Alaska que tout va basculer. Sa rencontre avec le monde des grizzlys va bouleverser sa vie et lui permettre d’arrêter de boire. Il effectuera avec sa compagne pas moins de treize voyages en Alaska pour vivre au milieu des ours, fondant même une association « Grizzly people ». La caméra de Treadwell filmait lors de l’attaque de leur campement par un ou des grizzly(s), mais le cache étant resté sur l’objectif, il ne resta que le son et l’effroi puisque le couple fût retrouvé mort et mutilé par les ours dont ils assuraient la protection. Nous sommes là face à un documentaire absolument sublime, qui nous laissent la possibilité de nous forger notre propre opinion sur le sens ou l’absence de sens de ce choix de vie. Selon moi l’on peut presque parlé de « sacrifice », Treadwell voulait approcher les ours de plus en plus près, il aimait à se mettre dos aux ours, un comportement extrêmement dangereux qui le mènera lui et sa compagne à sa perte. Ne cherchaient-ils pas cela finalement ?  n’a t’il pas sacrifié son corps dans une sorte de don ultime, afin de demander pardon pour tous les crimes contre le monde sauvage commis par l’homme ? Là encore, il ne convient pas de faire de l’anthropomorphisme, la nature n’est ni bonne

ni cruelle, Elle Est tout simplement, sublime parce qu’imparfaite, à l’image de l’homme… Si l’on ne doit retenir qu’une seule chose de ce documentaire c’est selon-moi, que l’opposition entre une nature idéalisée et un homme perçu comme un élément uniquement perturbateur est absolument stérile. L’homme est bien au contraire au cœur de la nature parce qu’il est le prédateur ultime mais aussi le seul qui par son action peut détruire mais également sauver et préserver. Tout ceci nous amènent à une réflexion sur le sens de l’écologie aujourd’hui. Le retour à l’état de nature est un mythe, un idéal qui peut coûter très cher. Il n’y a finalement pas de manichéisme, l’homme est imparfait et sa quête d’un absolu est légitime mais sans fin…

Cette soif d’absolu est aussi le sujet du film de Sean Penn nous racontant l’histoire de ce jeune étudiant brillant, à l’avenir prometteur et tout tracé, titulaire d’un diplôme universitaire, qui choisit de rejeter tout ce qui lui était promis pour rechercher un véritable sens à son existence. Mc Candless à alors 22 ans, ses lectures l’ont amené à rejeter en bloc une société basée sur le profit, l’argent roi, la consommation, « l’homo économicus », un jeune homme au tempérament complexe, sociable mais aussi épris de solitude. Il ne veut pas devenir, ni ressembler à ce qu’il voit autour de lui. Jeunesse impétueuse et fière, aveuglée et habitée par cette espérance de pouvoir changer le cours des choses. Il décide alors de partir sur les routes. Le film dure 2h27mn, c’est un sublime voyage cinématographique, où contemplation et réflexion se mêlent. Nous pressentons dès le début du film, l’angoisse de cette issue qui ne peut-être que fatale. Mais l’on sent aussi qu’il a vécu tel qu’il l’a voulu, deux années à voyager, quitter Atlanta pour rejoindre la Géorgie, La Louisiane, le Texas, La Californie et tant d’autres lieux, avec pour but ultime de rejoindre les confins de l’Alaska, lieu où il pense enfin pouvoir trouver la paix intérieure et étancher cette soif de vérité qui l’obsède. Il arrive enfin en Alaska en avril 1992. Il passe les 112 derniers jours de sa vie dans un ancien autobus abandonné, où il mourra par empoisonnement et malnutrition. Les habitants de la région ont souligné que l’insuffisance de la préparation du jeune homme pouvait être comparé à un « suicide » tant il est difficilement

compréhensible selon eux que l’ont puissent mourir de faim en été à moins de 30 km de la route du parc. Quoiqu’il en soit l’objet du film et son intérêt ne résident pas dans cette issue fatale, ce que cherchent à nous montrer le film c’est tout le cheminement qui conduit ce jeune homme à poursuivre jusqu’à sa perte un idéal, un absolu qui ne peut-être atteint par définition. Son extrémisme peut parfois faire peur, mais la sincérité de son engagement, sa volonté, son courage ne peuvent que susciter notre compassion, au sens chrétien du terme bien entendu. Compassion pour cette âme noble et en peine qui rechercha jusqu’au bout des réponses, La vérité…, un fou au coeur pur, une sorte de Don Quichotte du retour à la nature si je puis m’exprimer ainsi. Là encore point de manichéisme, ce retour extrême à la nature, est aussi une impasse en quelque sorte. Solitude d’un homme au coeur de l’Alaska qui se rapproche au fond de la solitude que peut connaître un homme dans une grande mégalopole d’aujourd’hui… Sean Penn ne nous parlent pas d’un héros, il nous montrent nos imperfections, nos contradictions, l’égoïsme de cette quête effrénée…point de nihilisme non plus ici, un misanthrope peut-être… Mais malgré tout cela, l’on peut retenir aussi « l’espérance » et la sagesse des derniers mots écrits par le personnage dans le film, juste avant de mourir, « Le bonheur n’existe que s’il est partagé. »
La fin tragique de ce jeune homme me fais penser aux mots sublimes de Charles Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), qui vont servir de conclusion à cette note :
« Il se trouve dans les trois quarts des hommes, comme un poète qui meurt jeune, tandis que l’homme survit. »


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