Livre culte du Dude : Gide « La symphonie Pastorale » – Romantisme allemand

La symphonie pastorale

Un livre très court de Gide publié en 1919, une histoire magnifique, celle d’un amour improbable et impossible entre une jeune femme aveugle et un pasteur protestant marié. Il est écrit sous la forme d’un journal de campagne tenu à la fin du XIXème siècle, le pasteur y raconte le bouleversement que va entraîner dans sa vie, sa rencontre avec cette jeune aveugle. Alors qu’elle est seule et sans ressource il la recueille chez lui. Il décide de lui apprendre le monde non pas tel qu’il est mais tel qu’il voudrait qu’il soit, selon les seuls préceptes de la Bible. Il s’appuie sur cette phrase de l’Évangile : »Si vous étiez aveugles, vous n’auriez point de pêché. » Il est ici question de convenances, de la loi des hommes, et de celle que l’on prête à Dieu….La compassion, l’amour, la vie, les couleurs de notre monde… Le pasteur pour présenter les nuances de couleurs si prodigieusement différente, décide de l’emmener voir un concert où l’on joue la symphonie pastorale de Beethoven. C’est un livre magnifique tant sur le fond que sur la forme, un des plus beaux de l’auteur selon moi. Tristesse d’un homme qui « voit » la souffrance autour de lui mais qui semble ne pas pouvoir être suffisamment à l’écoute… la joie puis la mélancolie d’une jeune aveugle qui ne voit pas mais qui en se cultivant pressant la beauté mais aussi les malheurs de ce monde.

« Vous savez bien que je vous aime pasteur (…) Dites, pasteur, est-ce que vous trouvez que c’est mal ? » et lui de répondre « Le mal n’est jamais dans l’amour. » Avant de s’interroger « Est-ce trahir le Christ, est ce diminuer, profaner l’Évangile que d’y voir surtout une méthode pour arriver à la vie bienheureuse ? »
(Elle) « Tout le bonheur que je vous dois me paraît reposer sur l’ignorance. (…) Je ne veux pas d’un pareil bonheur. Comprenez que je ne… Je ne tiens pas à être heureuse. Je préfère savoir. Il y a beaucoup de choses, de tristes choses assurément, que je ne puis pas voir, mais que vous n’avez pas le droit de me laisser ignorer. (…) » « Je ne peux pas cesser de vous aimer« ….elle dit cela avant d’avoir retrouvé la vue..un changement qui la conduira tout droit vers sa perte..

(Le pasteur) « S’il est une limitation dans l’amour, elle n’est pas de Vous, mon Dieu, mais des hommes.« 

Les Affinités électives


« J’aurais voulu pleurer, mais je sentais mon cœur plus aride que le désert.« 

La symphonie n°6 dite pastorale évoque le thème de la nature, le caractère champêtre de celle-ci qui plaisait tant àBeethoven. Elle fût composé entre 1805 et 1808. C’est la seule symphonie à programme de Beethoven musique subordonnée à un texte, que ce soit un poème, une légende…). En 1812 Beethoven rencontrera Goethe, les deux hommes s’admirent mais ne se comprennent pas, le compositeur trouve le poète « conseiller trop servile » et ce dernier voit Beethoven comme « une personnalité tout à fait indomptée. »

Caroline Von Günterode (1780-1806) et Bettina Brentano (1785-1839) font partie de ses femmes poétesses qui ont marqué le Romantisme allemand. Elles étaient deux amies inséparables. Nous connaissons la lettre adressée à la mère de Goethe pour apprendre à ce dernier la mort tragique de Caroline Von Günterode. « Elle me lisait ses poésies et se réjouissait de mon approbation (…) Nous lisions Werther et nous discutions beaucoup sur le suicide. » Caroline s’est suicidé en 1806 suite à un amour impossible, elle s’est poignardée. Sa devise était la suivante : « Beaucoup apprendre, beaucoup comprendre par l’esprit et mourir jeune ! Je ne peux pas voir la jeunesse m’abandonner. » Elle écrivait à Bettina « Il te faut descendre dans le jardin enchanté de ton imagination ou plutôt de la vérité, qui se reflète dans l’imagination. Le génie se sert de l’imagination pour rendre sensible par la forme ce qui est divin et ce que l’esprit de l’homme ne saurait comprendre à l’état idéal. Oui, tu n’auras d’autres plaisirs dans ta vie que ceux que se promettent les enfants par l’idée de grottes enchantées et de fontaines profondes (…) » La réponse de Bettina est je trouve très belle : « Vis, jeune Günderode, ta jeunesse, c’est la jeunesse du jour, l’heure de minuit la fortifie (…). N’abandonnes pas les tiens, ni moi avec eux. Aie foi dans ton génie afin qu’il grandisse en toi et règne sur ton coeur et ton âme. Et pourquoi désespèrerais-tu ? (…) Comment peux tu pleurer ta jeunesse ? Je ne peux pas supporter tes divagations sur la vie et sur la mort…« .


Caroline Von Günterode :
Oiseau feu de désir
Qui t’élances d’un coup d’aile
Vers un rayon de soleil
Hélas que peut bien te faire
Mon chant solitaire ?

Terre, ô ma mère ! et toi mon père, souffle du vent,
Et toi, feu, mon ami, et toi d’un même sang, ô fleuve
Et toi le ciel, mon frère, à tous je dis avec respect
Un amical merci, vous avec qui j’ai vécu ici-bas
Et maintenant que je m’en vais vers l’autre monde,
Vous quittant sans regret,
Adieu, frère et ami, père et mère, adieu !

Le romantisme est un mouvement européen qui se manifeste dans les lettres dès la fin du XVIIIème en Angleterre et en Allemagne, puis au XIXème en France, en Italie et en Espagne. Il se caractérise par une réaction du sentiment contre la raison ; cherchant l’évasion dans le rêve, dans l’exotisme ou le passé, il exalte le goût du mystère et du fantastique. Il réclame la libre expression de la sensibilité et prônant le culte du « moi », affirme son opposition à l’idéal classique.






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