Peintures d’Asie-Livres cultes du Dude : Duras « L’amant de la Chine du Nord »-« Hiroshima mon amour »

Wang Geyi-Fraîcheur matinale

Comme à mon habitude, j’ai souhaité ici mêler mon amour de l’art, de la peinture en particulier avec celui de la littérature et des mots. Vous trouverez en cliquant sur chacune des peintures qui agrémentent cette note, des informations sur leurs auteurs. Marguerite Duras est né à Saigon en 1914, une ville qui faisait alors partie de l’Indochine française. Mes romans préférés de Duras sont ceux qui nous plongent dans cette Asie à la fois tragique, mystérieuse et sublime. Les tableaux de ses artistes asiatiques et la littérature de Marguerite Duras peuvent à mon sens s’accorder merveilleusement, afin de nous transmettre une certaine idée de l’amour, de la poésie, de la douleur aussi…J’ai découvert les livres de Marguerite Duras au lycée en série littéraire. Ma professeur de français faisait partie de ces quelques enseignants, qui au cours de votre vie, laissent une trace. Elle avait ce don exceptionnel de transmettre l’amour des livres, la passion des mots. Il est évident que je connaissais le nom de Duras bien avant ma première littéraire, mais j’étais jusque là davantage attiré par les romans de science fiction ou encore d’aventure, Patrick O’ Brian par exemple, voguant sur les océans du globe en compagnie de Jack Aubrey et de Stephen Maturin. Marguerite Duras était au programme du baccalauréat de français et c’est ainsi que je suis entré dans son univers, qui

ne m’a plus jamais vraiment quitté depuis. Mon premier livre de Duras fût « Un barrage contre le Pacifique », unroman paru en 1950 et qui nous plongent dans l’Indochine coloniale française des années 1920. Marguerite Duras y raconte l’histoire d’une veuve et de ses deux enfants qui sont ruinés suite à l’achat d’une maison isolée dans la plaine marécageuse de Kam, sans cesse inondée par les marées du Pacifique. Le récit d’une lutte sans espoir contre les éléments naturels, la folie et le désespoir d’une femme qui sait qu’elle vient là de gâcher non seulement son existence mais également celle de ses enfants. Suivent alors « Moderato cantabile » (1958), « Hiroshima mon amour » (publié en 1960),« L’amant de la Chine du Nord » (1991), etc. Marguerite Duras a marqué mon adolescence, dans le sens où ses mots m’ont fait du bien… Le style de son écriture, ses dialogues, ses descriptions, m’ont profondément touché. C’est aussi la période de mon adolescence où je lis Steinbeck, Hemingway, Kafka, Pasternak, Camus, Drieu La Rochelle, Céline, Queneau, Hugo, Calvino, Conrad et tant d’autres, une véritable boulimie de livres et de mots me saisis…en plus de ma passion pour l’histoire présente depuis mon plus jeune âge…

L'Amant de la Chine du Nord

« L’amant de la Chine du Nord » part d’une volonté de Duras de réécrire son roman au succès mondial, sorti en 1984, de se le ré-approprier parce qu’elle s’est sentie dépossédée de son œuvre lorsque Jean-Jacques Annaud à  choisi de l’adapter au cinéma  (un très beau film pourtant…). C’est donc une version  beaucoup moins épurée de l’Amant auxquelles nous avons le droit. Il fait partie de ces quelques livres que je relis avec plaisir chaque année, il m’accompagne… Voici quelques citations de ce roman sur l’amour, la passion, la perte de l’innocence, la douleur des adieux, une réflexion sur l’oubli aussi…

« C’est un livre, c’est un film, c’est la nuit. »

Lorsque Duras parle de sa mère, dépressive, ne pleurant jamais, elle a cette expression formidable « morte de vivre. »

« Hélène a peur tout à coup, une peur terrible entre toutes, de se cacher la vérité sur la nature de cette passion qu’elles ont l’une pour l’autre et qui de plus en plus les fait si seules ensembles, partout où elles se trouvent. »si seules ensembles… j’aime beaucoup cette idée.

« Elle a dit qu’elle désire les hommes quand ils aiment une femme et qu’ils ne sont pas aimés par cette femme. Elle a dit que son premier désir c’était un homme comme ça, malheureux, affaibli par un désespoir d’amour. »

« C’est drôle le bonheur ça vient d’un seul coup comme la colère. »


(L’enfant) « J’aurais aimé qu’on se marie. Qu’on soit des amants mariés. »
(Lui) « Pour se faire souffrir. » Elle ne sourit plus. Elle pleure. Et en même temps elle dit ce qu’aurait été le bonheur :
(L’enfant) « oui pour ça, pour se faire souffrir le plus possible. Et revenir après. »

L’enfant parlant du Chinois : « Le premier jour j’ai cru que tu étais (…) un homme riche (…) qui faisaient beaucoup l’amour et qui avait peur. De quoi je ne savais pas (…) peur à la fois de la mort…et peur de vivre aussi, peur de vivre une vie qui va mourir un jour, de le savoir tout le temps (…) peur aussi de ne pas aimer peut-être. »

« Il est seul dans la ville, dans la vie aussi bien. Avec ,au cœur, l’amour de cet enfant qui va partir, s’éloigner à jamais de lui, de son corps. Un deuil terrible habite le Chinois. Et l’enfant blanche le sait. (…) Elle découvre que la solitude a toujours été là, entre elle et lui (…) elle était le lieu de leurs corps et de leur amour. Déjà l’enfant pressentait que cette histoire était peut-être celle d’un amour. »

« Il l’avait aimée comme un fou à en perdre la vie. (…) maintenant il n’aimait que le savoir stérile de cet amour, celui qui faisait souffrir. »

(L’enfant) « Et un jour on mourra. Oui. L’amour sera dans le cercueil avec les corps. (Lui) Oui. Il y aura les livres au dehors du cercueil. (L’enfant) Peut-être on ne peut pas encore savoir. (Lui) Si, on sait. Qu’il y aura des livres, on sait. Ce n’est pas possibles autrement. »

(Lui) « Dans toute ma vie c’est toi que j’aurai aimée. » « Ni vivre. Ni mourir… »

Hiroshima mon amour

« Hiroshima mon Amour » est un film d’Alain Resnais sorti en 1959 dont Marguerite Duras a écrit les dialogues et le scénario. Il paraîtra en livre l’année suivante. On peut déjà voir dans ce récit les prémices de l’Amant. Une femme se rend au Japon pour y tourner un film sur Hiroshima et la bombe atomique. Elle y rencontre un homme, un Japonais qui va devenir son amant. Mais elle doit quitter ce pays dès le lendemain puisque le tournage est terminé. Et pourtant quelque chose l’a pousse à se confier à lui, à cet inconnu…Nevers, l’été 1944, le drame d’un amour impossible entre une jeune fille et un soldat allemand. Un livre bouleversant, le film l’est tout autant, il y avait déjà du « Lost in translation » de Sofia Coppola ou du Wong Kar Wai dans ce film de Resnais, dans ce livre de Duras dont j’ai choisi ici quelques passages qui me plaise tout particulièrement….

Cette réflexion sur la mémoire, l’oubli, toujours très présente chez elle :

 » (…) de même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier (…) »

« Tu me tues, tu me fais du bien. » « (…) de bien regarder je crois que ça s’apprend. »

(Lui) « Qu’est ce que c’était pour toi Hiroshima en France ? »

(Elle) « La fin de la guerre (…) la stupeur à l’idée qu’on est osé…la stupeur à l’idée qu’on ait réussi. Et puis aussi, pour nous le commencement d’une peur inconnue. Et puis, l’indifférence, la peur de l’indifférence aussi. »


« Morte d’amour à Nevers. » Elle se regarde dans la glace. Seule dans sa chambre d’hôtel. C’est le moment du départ. Elle doit quitter le Japon…Elle parle alors de lui, de son amour pour ce soldat allemand… « Tu n’étais pas tout à fait mort. J’ai raconté notre histoire. Je t’ai trompé ce soir avec cet inconnu. J’ai raconté notre histoire. Elle était, vois-tu racontable. Quatorze ans que je n’avais pas retrouvé….le goût d’un amour impossible. Depuis Nevers. Regarde comme je t’oublie…Regarde comme je t’ai oublié. Regarde moi. »

(Elle) « J’avais faim. Faim d’infidélités, d’adultères, de mensonges et de mourir. Depuis toujours. (…) Nous allons

rester seuls mon amour. La nuit ne va pas finir. Le jour ne se lèvera plus sur personne. Jamais. Jamais plus. Enfin. (…) Nous n’aurons plus rien d’autre à faire, plus rien que pleurer le jour défunt. Du temps passera. Du temps seulement. Et du temps va venir. Du temps viendra. Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira. Le nom s’en effacera peu à peu de notre mémoire. Puis il disparaîtra tout à fait. »

« Ils se regardent sans se voir pour toujours. »


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