Histoire : Extraits discours du pape Pie VI Juin 1793- Vitraux et Guerres de Vendée (1793-1796)

Messe clandestine dans les bois Saint Martin du Tilleul-1793

Voici quelques extraits du discours du pape Pie VI (souverain pontife de 1775 à 1799) prononcé lors du consistoire du 11 juin 1793. Un consistoire c’est une réunion de cardinaux convoquée par le pape. C’est dans un contexte très particulier qu’est prononcé de discours. Louis XVI ayant été exécuté le 21 janvier 1793, le pape Pie VI ne peut rester sans réaction face à ce crime « sacrilège » du régicide. Une véritable insurrection a démarré en Vendée en mars 1793, suite à la décision de la Convention en février de lever près de 300000 hommes afin d’aider l’armée républicaine qui se bat depuis avril 1792 contre l’Autriche et la Prusse. Des troubles éclatent un peu partout dans l’Ouest de la France. Les insurgés vendéens prennent le nom « d’armée catholique et royale ». Trois armées la composent. Le 9 juin, ils prennent Saumur, le même jour François Athanase Charette de La Contrie prend Machecoul. Le 12 juin, Jacques Cathelineau, le « saint de l’Anjou » est nommé « généralissime de l’armée catholique et royale ». Voici donc quelques extraits de ce sublime panégyrique du roi-martyr Louis XVI. Un texte particulièrement intéressant pour qui souhaite comprendre les idées qui animèrent ce mouvement de la « contre-révolution ». Ma réflexion sur ce thème se poursuivra d’ailleurs dans une seconde notes qui s’intéressera plus particulièrement à l’un des théoriciens de ce mouvement, un homme qui va synthétiser en sa personne toutes ces idées, un certain Joseph de Maistre. Histoire de la pensée et histoire de l’art vont se confondre dans cette note, puisque j’ai choisi de vous présenter ici quelques-uns des plus beaux vitraux d’églises mettant en scène les guerres de Vendée. Ces vitraux vont symboliser la perception d’une paroisse, d’un prêtre ou d’un évêque, des événements qui se sont déroulés entre 1793 et 1796 dans ces régions. Ces vitraux vont véhiculer de par leurs choix de représentation, une idéologie mettant en avant l’aspect religieux du conflit, les pieux vendéens défenseurs de la foi face aux « hordes républicaines »….

« Vénérables Frères, comment Notre voix n’est elle point étouffée dans ce moment par Nos larmes et par Nos sanglots ?

N’est ce pas plutôt par Nos gémissements que par Nos paroles, qu’il convient d’exprimer cette douleur sans bornes que Nous sommes obligés de manifester devant vous en vous retraçant le spectacle que l’on vit à Paris le 21 du mois de janvier dernier. Le Roi très Chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie et ce jugement s’est exécuté (…) Nous ne relevons pas non plus tout ce que le Roi fut contraint d’endurer avant d’être conduit au supplice : sa longue détention dans diverses prisons d’où il ne sortait jamais que pour être conduit à la barre de la Convention, l’assassinat de son confesseur, sa séparation de la Famille Royale qu’il aimait si tendrement (…) Il est impossible de ne pas en être pénétré d’horreur quand on n’a point abjuré tout sentiment d’humanité. L’indignation redouble encore de ce que le caractère de ce Prince était naturellement doux et bienfaisant ; que sa clémence, sa patience, son amour pour son peuple furent toujours inaltérables. Mais ce que Nous ne saurions pas surtout passer sous silence, c’est l’opinion universelle qu’il a donnée de sa vertu par son testament, écrit de sa main, émané du fond de son âme (…) Quelle haute idée on y conçoit de sa vertu ! Quel zèle pour la religion catholique ! Quel caractère d’une piété véritable envers Dieu ! « 

Il convient maintenant pour Pie VI d’identifier les responsables : les calvinistes (Protestants) et les philosophes qui se sont ligués ensemble afin de ruiner le catholicisme en France. Les livres de ses philosophes des « Lumières » sont qualifiés de « fruits naturels de cet arbre empoisonné« . «  L’impie » Voltaire a fait « tomber la première barrière du despotisme : le pouvoir religieux et sacerdotal. (…) En célébrant comme le triomphe de Voltaire la chute de l’Autel et du Trône, on exalte la renommée et la gloire de tous les écrivains impies comme autant de généraux d’une armée victorieuse« . Il dénonce la confusion autour du terme de «  liberté  » : «  (…) Les factieux se sont servis du mot spécieux de liberté, ils en ont arboré les trophées et ils ont invité de tous côtés la multitude à se réunir sous ses drapeaux. C’est bien là, véritablement, cette liberté philosophique qui tend à corrompre les esprits, à dépraver les mœurs, à renverser toutes les lois et toutes les institutions reçues. Les philosophes effrénés entreprennent de briser les liens qui unissent tous les hommes entre eux, qui les attachent aux Souverains et les contiennent dans le devoir. Ils disent et répètent jusqu’à satiété que l’homme naît libre et qu’il n’est soumis à l’autorité de personne. » Et Pie VI de continuer sa critique en règle des droits de l’homme et de la révolution française. Il s’attache cette fois à condamner le concept philosophique d’égalité, un mot qu’il qualifie de trompeur :  » Comme si entre des hommes qui sont réunis en société et qui ont des dispositions intellectuelles si différentes, des goûts si opposés et une activité si déréglée, si dépendante de leur cupidité individuelle, il ne devait y avoir personne qui réunît la force et l’autorité nécessaires pour contraindre, réprimer, ramener au devoir ceux qui s’en écartent, afin que la Société, bouleversée par tant de passions diverses et désordonnées, ne soit précipitée dans l’anarchie et ne tombe pas en dissolution. » La liberté et l’égalité sont la porte ouverte à l’anarchie. Toutes ces idées seront reprises et magnifiées par la plume exceptionnelle de Joseph de Maistre (voir dans ma prochaine note) dans

ses « Considérations sur la France » (1797).
Pie Vi dénonce les crimes perpétrés au nom de ses principes de liberté et d’égalité
: « (…) Tous les Français qui se montraient encore fidèles dans les différents ordres de l’État et qui refusaient avec fermeté de se lier par un serment à cette nouvelle Constitution, étaient aussitôt accablés de revers et voués à la mort. On s’est hâté de les massacrer indistinctement ; on a fait subir les traitements les plus barbares à un grand nombre d’ecclésiastiques. On avait décrété que chacun était libre d’exercer la religion qu’il choisirait, comme si toutes les religions conduisaient au salut éternel ; et cependant la seule religion catholique était proscrite. Seule, elle voyait couler le sang de ses disciples dans les places publiques, sur les grands chemins et dans leurs propres maisons« . Pie VI a qui l’on reprocha dans le camp de la réaction sa condamnation tardive en 1791 de la constitution civile du clergé, cherche peut-être à faire oublier quelque peu ses hésitations du passé en accentuant l’ampleur de la répression contre les tenants du catholicisme. Et Pie VI de s’adresser à cette France éternelle, fille aînée de l’Église, dans cette formidable tirade : « Ah ! France ! Ah ! France ! Toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la chrétienté et l’inébranlable appui de la foi, toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le siège apostolique, ne marche pas à la suite des autres nations, mais les précède toutes, que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion ! Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fut pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner ! Ta rage contre ce monarque s’est montrée telle que son supplice même n’a pu ni l’assouvir, ni l’apaiser. Tu as voulu encore la signaler après sa mort sur ses tristes dépouilles ; car tu as ordonné que son cadavre fût transporté et inhumé sans aucun appareil d’une honorable sépulture. » Louis XVI dont le panégyrique se poursuit par ces mots : « O jour de triomphe pour Louis XVI à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations, et la victoire au milieu de son supplice ! Nous avons la confiance qu’il a heureusement échangé une couronne royale toujours fragile et des lys qui se seraient flétris bientôt, contre cet autre diadème impérissable que les anges ont tissé de lys immortels« . Et Pie VI de conclure « que le sang innocent de Louis crie en quelque sorte et intercède pour que la France reconnaisse et déteste son obstination à accumuler sur elle tant de crimes (…) » ajoutant « qu’elle se souvienne des châtiments effroyables qu’un Dieu juste, Vengeur des forfaits, a souvent infligés à des Peuples qui avaient commis des attentats beaucoup moins énormes. »


Louis XVI : »Je meurs innocent des crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez verser ne retombera pas sur la France. »

Une précision sur le sens du vitrail de Montilliers : Le 5 avril 1794 (en pleine répression des colonnes infernales de Turreau), 22 femmes et enfants pris par les républicains dans les bois des Marchais et ramenés vers le camp de Montilliers  sont fusillés au moulin de la Reine. Deux soldats ont demandé deux enfants sous prétexte de les garder à leur service. Le prêtre qui commanda ce vitrail, Gélineau (J.) précise en 1900 que c’est ainsi que fût sauvée son arrière grand-mère.
Enfin derniers vitraux de cette note, ceux  de l’église des Lucs sur Boulogne. Le 28 février 1794 au Petit Luc et au Grand Luc, 563 personnes, principalement des vieillards, des femmes et des enfants (dont 109 avaient moins de 7 ans) sont assassinées par des républicains sous les ordres de Matincourt (ce dernier étant persuadé que la majorité des hommes absents de ce village ce jour là avait aidé Charrette à attaquer une de leur colonne quelques heures plus tôt). Les habitants sont tués jusque dans l’église où certains d’entre eux s’étaient réfugiés. L’église fût ensuite incendiée. Le soir même, un soldat nommé Chapelain écrivit dans son journal : Aujourd’hui journée fatigante, mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter, à peu de frais, toute une nichée de calotins qui brandissaient leurs insignes du fanatisme. Nos colonnes ont progressé normalement.

Bibliographie :
MARTIN (Jean Clément) « La Vendée et la révolution : accepter la mémoire pour écrire l’histoire », Perrin, Tempus, 2007, 283p.
MARTIN (Jean Clément) « Violence et révolution : Essai sur la naissance d’un mythe national », Seuil, 2006, 338p.
MARTIN (Jean Clément) « La révolution française », le cavalier bleu, 2008, 126p.
PIE VI « Ecrits sur la révolution française (1775-1798)« , éditions pamphiliennes.






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