Cinéma « There Will be Blood » de Paul Thomas Anderson

There will be blood

Mardi soir, après deux journées vraiment éprouvantes, je suis épuisé. Malgré la fatigue, le mauvais temps qui continue (pluie et grands vents), je ressens l’impérieux besoin de décompresser, d’évacuer tout ce stress accumulé depuis plusieurs semaines. Je décide donc d’avoir recours une nouvelle fois à mon antidépresseur préféré : le cinéma. Mon choix se porte sur « There Will be Blood », qui n’est bien évidemment pas diffusé dans le complexe CGR de ma ville… (« There Will be Blood » est sorti dans moins de 119 salles en France), mais heureusement il est bien présent dans mon cinéma préféré. Il est 20h45 lorsque je m’engouffre dans la salle. Première constatation, la salle est petite mais bien garnie (le film est tout de même sorti il y a maintenant quinze jours), cela ne fit que confirmer mon impression concernant l’excellent bouche à oreille autour de ce film. Il faut dire que l’accueil critique de la presse spécialisée fût particulièrement élogieux : de Télérama à Studio, en passant par Première et Brazil, etc. Les lumières s’éteignent, le voyage peut débuter….le silence tout d’abord, pas de dialogue pendant les quinze premières minutes, mais une musique signée Jonny Greenwood (le guitariste de Radiohead) inquiétante et frissonnante, qui nous fait entrer dans cette univers…de fou, de « self made man » à la recherche de « l’or noir ». « There Will be Blood » c’est l’histoire de Daniel Plainview, un homme accompagné de son fils, qui décide un jour d’aller tenter sa chance dans une petite ville de Californie, où paraît-il, le pétrole coulerait à flot… A travers le récit de la vie de cet homme et de son fils, c’est l’histoire de l’Amérique de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle qui nous est contée, une histoire faite de trahison, d’ambition, de corruption….le tout baignée dans un monde profondément empreint de religiosité. Paul Thomas Anderson (déjà l’auteur du très jolie « Magnolia ») nous livre ici un film hors-norme, un véritable chef-d’oeuvre tant sur le fond que sur la forme, des images d’une beauté saisissante nous rappellant tour à tour les films de Malick, de Kubrick....(« Les moissons du ciel » de Malick par exemple), un film contemplatif (à l’image du « Jesse James » d’Andrew Dominik) âpre et violent, culminant dans une dernière demi-heure à la démesure digne d’un Kubrick. Un réalisateur exceptionnel, des figurants tous aussi bons les uns que les autres, un Paul Dano remarquable dans le rôle d’Eli le jeune homme de foi, mais malgré cela, celui qui transcende littéralement ce film et qui lui permet de passer du statut d’excellent film (comme on en voit un ou deux par an) à celui de chef d’oeuvre absolu du cinéma, c’est la performance INCROYABLE (et le mot est faible!) de Daniel Day Lewis. Il est renversant, époustouflant du début à la fin du film (et quelle fin !) et l’on comprend pourquoi cette homme est considéré à juste titre comme le « meilleur acteur du monde », l’oscar du meilleur acteur est indiscutable tant son magnétisme est puissant, il est véritablement habité par son personnage (un conseil regarder le en vo), n’hésitant pas à transformer sa véritable voix, sa façon de marcher…il est Daniel Plainview. Ce rôle restera à coup sûr comme l’un des moments les plus forts de sa carrière, il est inoubliable, tour à tour aimant, docile, manipulateur, violent, diabolique….(là encore la métamorphose opérée tout au long du film n’est pas sans rappeller celle de Jack Nicholson dans le film culte de Kubrick « Shining« ). Après avoir vu « No country for old men » et « There will be blood », je pense que malgré tout le talent des frères Coen (et pourtant j’ai adoré leur film), l’oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur. Au final sur huit nominations, « There Will be blood » n’en avait remporté que deux (meilleur photo et meilleur acteur). Vous l’aurez compris ce film est prodigieux, un monument du septième signé Paul Thomas Anderson, magnifié par l’éblouissante performance de « Monsieur » Daniel Day Lewis….les lumières se rallument, je reste là assis sur mon siège en écoutant le générique de la fin du film, je peine à réaliser la monumentale claque cinématographique que je viens de me prendre en ce soir du 11 mars 2008…. Ma note:5/5.

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