LITTERATURE ET HISTOIRE

Rentrée littéraire 2021 : « Le Berger » de Anne Boquel (aux éditions du Seuil)

L’Histoire : Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage. L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence. Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?

Ma Note :

Note : 4 sur 5.

Je remercie chaleureusement les Éditions Du Seuil ainsi que Babelio pour cette lecture et leur confiance !

« Le Berger » paraît aux éditions Du Seuil et c’est le premier roman écrit par Anne Boquel. Professeure de lettres, elle a déjà coécrit plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains avec Etienne Kern. Elle vit et enseigne les lettres à Lyon. Son roman « Le Berger » s’intéresse au phénomène sectaire et plus précisément à une jeune femme, Lucie, qui va tomber sous l’emprise d’un groupe sectaire, « La Fraternité », dont le gourou ou « Le Berger » s’appelle Thierry. Lucie est mal dans sa peau et son petit ami Louis cherche, depuis trois mois, à la plaquer. Elle a un caractère conciliant mais elle sent bien que sa vie ne répond pas à toutes ses attentes. Dans cette rame de métro, la ramenant de son travail de conservatrice d’un petit musée de l’Oise, elle se sent lasse. Lucie a des parents universitaires, Cécile et Alain qui sont à la retraite. Elle a connu un enthousiasme passager pour les études d’histoire, qui l’on pourtant mener jusqu’à la soutenance d’une thèse sur l’héritage de l’art byzantin dans l’art roman. Des études réussies, des parents présents mais pourtant l’équilibre intérieur de Lucie vacille depuis plusieurs mois. Elle se trouve timide, maladroite, vulnérable et surtout sans attrait. Lucie ressent un manque, un vide dans sa vie, une forme, disons le, de mal-être. Au travail, une connaissance, Mariette, lui parle de la Fraternité et fini par l’inviter, là-bas, pour une séance de prière. Les parents de Lucie lui ont parlé de la foi mais ils sont athées convaincus. Pour Lucie, la spiritualité est quelque chose qui est fait avant tout pour les autres. Elle se rend donc à cette séance de prière sans savoir quoi en attendre. Mais voilà que là-bas, surgit le berger, Thierry, un homme énigmatique aux yeux d’un bleu profond dans lesquels on se perd, et qui surtout a un don pour sentir le mal être et le manque chez l’autre. Quand il voit Lucie, il s’engouffre dans la brèche. Elle reçoit un sms le lendemain de la cérémonie lui annonçant que Louis la quitte. La Fraternité de la louange fait partie de ces nombreuses Eglises évangéliques qui pullulent. Ils s’appellent frères et sœurs. Les sourires et le fait qu’on la regarde enfin comme quelqu’un d’intéressant, remplissent sa vie si solitaire. Peu à peu et insidieusement, dimanche après dimanche, elle refuse l’invitation de ses parents au traditionnel repas dominical qui les réunissait. Elle préfère suivre les prêches enflammés de Thierry, le berger. Lucie et Arthur, un paumé « sauvé » par Thierry, visitent les plus pauvres dans un « soucis de charité ». Elle donne en dehors du travail, une majeure partie de son temps libre à la Fraternité. Ses dons financiers à cette dernière sont de plus en plus nombreux. Elle attend le jour de son entrée dans la Fraternité, ce rituel décidé par Thierry, avec impatience. Elle se sent revivre et, peu à peu, le berger est au cœur de toutes ses pensées mêmes les plus intimes. Thierry mène un travail de sape, de manipulation mentale. On suit ainsi le processus visant à couper l’individu de sa famille, de ses ami(e)s d’avant la Fraternité. « Obéir à Thierry ; c’était là qu’était le salut » dit-elle en pensée. Elle se le répète comme un mantra. Ses parents s’inquiètent pour elle mais bientôt elle se met à mentir sur sa situation. Thierry va alors lui donner « une mission » que vous découvrirez dans le livre car je ne veux pas vous en dévoiler davantage au risque de vous gâchez le plaisir de la découverte. Thierry passe du rejet de Lucie à des moments où il est presque affectueux. Tout cela est savamment organisé par le berger pour susciter le manque de lui. Son emprise sur Lucie croît de mois en mois. Même son mode alimentaire a changé en suivant scrupuleusement les préceptes de la Fraternité. Jusqu’où ira t’elle pour satisfaire le berger Thierry ? Quel est le vrai visage de cet homme manipulateur et pervers ? Instrumentalisation, manipulation, suppression du libre-arbitre et un seul crédo : celui d’obéir à Thierry. C’est un roman poignant, très bien écrit décrivant la lente déchéance d’une femme prise dans un étau au sein d’un mouvement sectaire. Qui sont ces gens qui gravitent autour de Thierry ? L’envie d’être sa préférée ronge Lucie. Anne Boquel décrit très finement les mécanismes psychiques en jeu lors d’une emprise d’ordre sectaire. Une forme d’addiction qui comble le grand vide de ses adeptes. Thierry est « ce grand tout » face au vide se creusant au cœur de ses disciples. J’ai beaucoup aimé ce roman qui se lit avec plaisir et qui nous plonge dans une histoire où l’on retient son souffle jusqu’à l’épilogue final. Un roman passionnant, « Le Berger », signé Anne Boquel et qui est paru aux éditions du Seuil en ce début du mois de Février. C’est à découvrir assurément.

Romans
Date de parution 04/02/2021
18.50 € TTC
288 pages
EAN 9782021459654

(33 commentaires)

  1. Ce que tu en dis me fait penser à Tes ombres sur tes talons de Carole Zalberg (que je viens de finir), en bien plus abouti sans doute, et aussi aux Éblouis, qui m’avait marquée…
    Je ne pense pas le lire mais la lecture de ta critique fut enrichissante 🙂

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  2. Comme toujours une chronique sensible sur un sujet qui est particulièrement important car le mécanisme décrit est le même que toutes les radicalisations. Et justement, elle permet au lecteur de faire les parallèles qu’il juge nécessaire. J’ai rajouté ton lien sur ma chronique.

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  3. Sujet très intéressant et ton article aussi!
    La manipulation de l’esprit et du corps est une chose terrible. Malheureusement les prédateurs existent parce que des proies existent…
    Je ne lirai pas ce bouquin, ça va m’irriter! J’ai tellement d’autres romans qui, eux, vont m’accompagner dans des aventures plus supportables.
    Bon weekend.

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  4. oh mince ! un très bon rétablissement à Petite Boulette ! 😊 Vivement le retour des crêpes.
    C’est un joli roman qui se lit très vite. Une histoire toute simple sur une jeune femme happée par une secte.
    Quelle chance d’avoir encore de la neige. Ici à Lorient, tout à fondu, Bises bretonnes 😊

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  5. Prochaine chronique à venir sur un roman western formidable. Celui là te plaira peut être davantage. Oui c’est vrai que moi aussi je me dis mais comment ne voit-il pas que c’est une secte ! Ceux sont des manipulateurs qui profitent de personnes paumés dans leur vie.
    Passe un beau weekend Colette ! 🙂

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  6. La couverture est magnifique, elle me fait penser à une peinture du Caravage. Un peu en clair obscur… Une couverture qui donne envie d’en savoir plus (comme ta chronique d’ailleurs 🙂 )

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  7. j’ai eu beaucoup de mal à aller jusqu’au bout de cette lecture…
    L’auteure décrit très bien l’emprise, ses mécanismes, mais son écriture pourtant belle reste chirurgicale, je n’ai pas réussi à éprouver de l’empathie pour Lucie c’est pour cela que cela a été aussi terrible
    la fin est étrange 🙂
    j’ai attendu d’avoir rédiger ma chronique pour lire celles de mes amis blogueurs il fallait que je digère 🙂
    bon week-end à toi sous le soleil 🙂

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  8. Tu as raison c’est ce que je te disais sous ta chronique en commentaire : la forme est belle mais moi aussi j’ai ressenti une forme de froideur et cet aspect « chirurgical » dans la façon de raconter les faits m’a empêché de lui mettre la note maximale d’où mon 4/5. Je ne m’attendais pas à cette fin là non plus 🙂. Merci Eve, Bon week-end ensoleillé à toi aussi 🙂

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