LITTERATURE ET HISTOIRE

Essai/Histoire : « Colombey. L’autre Colline inspirée » de Philippe Le Guillou (Salvator)

EbcXav7XYAA6469L’Histoire : Aimez-vous de Gaulle ? « Je l’ai aimé, répond Philippe Le Guillou, comme je n’ai aimé aucun de ses successeurs. C’était le monarque de mon enfance, un personnage d’une stature écrasante et mythique. Je l’aime autant que je chéris les mots aventure et destin.» Alliant le geste aux élans de son cœur, l’écrivain part chaque année, depuis trente ans, à Colombey-les-Deux-Églises. En pèlerin du Général, selon un rituel quasi religieux, il visite l’église, le cimetière, La Boisserie. Puis, il gravit la colline sur laquelle se dresse l’immense croix de Lorraine. C’est ce pèlerinage, ponctué de souvenirs et de témoignages étonnants, que l’auteur raconte dans ces pages admiratives et ferventes. Et chemin faisant, il invite son lecteur à le suivre sur cette « colline inspirée ». À venir lui-même y retrouver le grand vent de l’Histoire.

Je remercie chaleureusement les Éditions Salvator, l’auteur Philippe Le Guillou, ainsi que Babelio pour cette lecture et leur confiance !

Philippe Le Guillou nous envoûte avec son « Colombey. L’autre Colline inspirée » en cette année 2020 où l’on célèbre notamment les 80 ans de l’appel du 18 juin 1940 et les 50 ans de la mort du Général le 9 novembre 1970. Le titre fait écho à « La Colline inspirée », un roman historique de Maurice Barrès publié en 1913 et qui débutait par la célèbre phrase : « Il est des lieux où souffle l’esprit ». Philippe Le Guillou est un romancier et essayiste, lauréat du prix Médicis en 1997, il est également l’auteur de nombreux ouvrages, parus notamment chez Gallimard. Son essai « La pierre et le vent » (Tallandier, 2019) a reçu le prix Témoins de Lumière. A l’image d’un Jean Paul Kauffmann arpentant l’île de Sainte Hélène en souvenir de Napoléon Bonaparte, Philippe Le Guillou chemine à Colombey, à la Boisserie, l’antre gaullienne en nous décrivant avec passion les différents lieux du village et de la propriété. C’est un De Gaulle intime que nous découvrons là. De Gaulle alors lieutenant-colonel se porte acquéreur d’une maison de campagne en 1934, à quelques encablures de la frontière stratégique, aux limites de la Lorraine, tout près des célèbres évêchés de Toul, de Metz et de Verdun. C’est là qu’il passera « La traversée du désert », temps de solitude et d’écriture de ses mémoires de guerre. C’est aussi là qu’il perdra sa fille adorée en 1948, atteinte de déficience mentale, Anne qu’il aimait complimenter sur ses vêtements, sa tragédie personnelle et sa blessure la plus intime. L’écriture de Philippe Le Guillou est pleine de beauté et de lyrisme. 12 ans d’attente pour De Gaulle avant le retour. C’est à La Boisserie à Colombey que l’Histoire, la grande histoire s’écrit. Il y a l’appel du 15 mai 1958 depuis Colombey, alors que la révolte gronde à Alger où s’est constitué un comité de salut public. De Gaulle écrit ainsi dans son Appel : « Devant les épreuves qui montent de nouveau vers le pays, qu’il sache que je me tiens prêt à assurer les pouvoirs de la République. » C’est cette même année, les 14 et 15 septembre 1958 que le Général reçoit à la Boisserie le chancelier allemand Adenauer. C’est le premier acte de la réconciliation avec l’Allemagne. L’auteur nous fais visiter et mesurer la dimension quasi spirituelle de ce lieu tout au long de la vie du Général. Quand vient l’heure de retraite politique en 1969, c’est à Colombey qu’il passe, dans cette Champagne humide, ses derniers mois avant sa mort le 9 novembre 1970. Il est enterré le 12 novembre. Le récit de sa mort, de ses derniers instants sont poignants. L’auteur raconte la dernière rencontre entre André Malraux et le Général le 11 décembre 1969. Il nous décrit avec talent l’Église et le cimetière, la tombe simple dans un cimetière banal d’un géant de l’histoire. Il y a cette phrase de Chateaubriand : « Il faut de grands tombeaux aux petits hommes et de petits tombeaux aux grands. » Philippe Le Guillou conclut de façon magnifique : « Aventure et destin sont des mots de ce lointain et vieux monde. Je les chéris plus que tout, autant que j’aime De Gaulle. » Un récit poignant mais sans emphase, les mots de Philippe Le Guillou résonnent longtemps dans notre esprit, c’est une lecture spirituelle en quête de ce qui a fait et constitue encore l’âme de ce lieu. A méditer pour s’imprégner de ces lieux chargés d’histoire.

Ma note: 5/5

Broché : 180 pages
Éditeur : SALVATOR (28 mai 2020)

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(33 commentaires)

  1. Je crois que De Gaulle n’est pas non plus un saint intouchable et parfait. Sa manière de gérer la guerre d’Algérie, les pieds-noirs et les harkis peut être discutée. Et la jeunesse en 68 avait bien raison de souhaiter davantage de libertés et d’émancipation. Personnellement, je suis bien contente d’être née après cette période guindée, corsetée et patriarcale.

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  2. Je comprends ton ressenti Marie-Anne. Ce n’est pas mon propos et encore moins le propos du livre que de « sanctifier ». Philippe Le Guillou nous parle de son De Gaulle à lui, de ce village, de sa propriété, de ce qu’il a incarné pour beaucoup. Mes grands parents paternels sont pieds-noirs.. ils ont connus la guerre d’Algérie et ces atrocités mais encore une fois le livre parle d’autre chose, c’est la dimension historique du personnage qui est mise en valeur dans ces pages, le « mythe » De Gaulle. Pour mai 68, je ne porte pas le même regard que toi sur cet événement, pour moi c’est le début de la fin.. d’une certaine idée de la France. Pourtant, je ne suis pas nostalgique, je suis bien dans mon époque. J’ai aimé ce livre et cette lecture mais je reconnais que l’on peut porter un regard différent sur De Gaulle. 🙂

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  3. Intéressant ce livre pour la valeur historique du personnage et certainement l’ambiguïté de sa personnalité, entre la personne publique et celle privée, même si je ne goûte pas La De Gaule mania de nos politiques actuels ! Merci pour cette présentation

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  4. De Gaule est plébiscité par bcp. Il est un humain comme un autre et ne peut pas plaire à tous. Un homme politique a forcément des moments de doute, des moments difficiles où les décisions sont prises à plusieurs… Il n’est la personne suprême dans ses décisions…du moins pas comme on l’entend.
    Ce livre doit être intéressant par son regard sur l’homme.
    Des bisous ensoleillés 🌞

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  5. belle critique… Ce livre est tentant!
    Charles de Gaulle était un personnage fascinant, mais aussi un être humain avec ses forces et ses faiblesses, comme tout un chacun.
    Ne jamais oublier que sans son appel du18 juin, « nous serions tous en Germanie,à saluer je ne sais qui… » pour reprendre la chanson de Sardou sur les Ricains…
    j’avais très envie d’aller voir le film mais par ces temps incertains…
    à bientôt 🙂

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  6. Je te rejoins Eve, c’est un homme avec ses forces et ses faiblesses. Il me fascine et le film m’attire beaucoup avec un Lambert Wilson toujours très juste. J’ai une profonde admiration pour lui, Jean Moulin, le général Leclerc et quelques autres. Sans eux nous ne serions pas en démocratie. Belle soirée Eve, merci beaucoup 🙂

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  7. Tu as tout dit Cat sur cet immense personnage historique qui me fascine depuis longtemps. C’est un beau livre sur le De Gaulle intime de Colombey, village où la vie personnelle du Général se croisait avec la grande histoire. Grand soleil en Bretagne, Bisous ensoleillés pour ton beau Sud 😊☀️

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  8. Je te rejoins, De Gaulle est devenu une « marque publicitaire » dont on se pare quand on est politique pour se donner des allures d’hommes d’état.. ce sont de tristes pantins à côté d’un homme comme De Gaulle qui a fait l’histoire du XXème siècle comme un Churchill.. De Gaulle me fascine et avec Napoléon Bonaparte c’est mon personnage historique préféré avec ses parts d’ombre et de lumière bien entendu. Merci à toi Matatoune, passe une excellente soirée 🙂

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  9. Tu sais Frédéric que notre histoire de famille est double. D’un côté, ta famille bretonne qui vouait un culte à Charles de Gaulle et de l’autre ta famille pieds-noirs qui le détestait.
    Je comprends les deux familles avec leurs vécus, c’est le même homme à deux périodes bien différentes.
    Il reste pour moi Charles de Gaulle qui lance un appel à la résistance sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940, celui dont me parlait ma famille avec admiration parce que c’est un doux souvenir qui me rappelle mes grands-parents.
    “Dans chaque homme, il y a toujours deux hommes, et le plus vrai, c’est l’autre.”
    Jorge Luis Borges
    Merci Frédéric pour cette très belle critique.

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  10. Ce que tu m’écris là est très fort et juste. Nous sommes le fruit de ce mélange et j’ai appris avec l’âge à apprivoiser cette double culture bretonne et espagnole/pieds noirs. « Le vrai » De Gaulle est quelque part entre ces deux rives, à mi chemin du courage ultime et de la compromission dans des drames qui l’ont je pense dépassé au vu de son grand âge. J’aime beaucoup ce que dis Jorge Luis Borges. Merci à toi pour ce très beau commentaire. Je t’embrasse. 😊

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  11. Fille de 👣 j’ai une adoration pour De Gaulle, l’homme privé.
    Le politicien a eu de bonnes et mauvaises décisions comme tout politicien. Mais il avait le bon goût de ne pas vivre avec l’argent de la Nation, et puis il avait une prestance, un charisme qui font défaut à nos politiciens. Et il a su partir quand le Peuple l’a décidé.
    J’aime son histoire même si elle ne fut pas toujours glorieuse, merci Frédéric pour ton joli ressenti

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  12. Haha pardon ! Je comprends, l’étude de notre passé c’est passionnant mais j’ai vrailent du mal à lire ce genre d’ouvrages, j’ai l’esprit qui divague et je ne retiens pas grand chose…
    Belle journée à toi 🙂

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  13. Merci beaucoup pour ce message qui me fais très plaisir ! Je te rejoins, sa relation avec sa fille Anne, handicapée, était très tendre. De Gaulle me fascine. Il avait ce charisme, cette présence, il a fait l’histoire à l’image d’un Churchill en Angleterre. Dans mon histoire personnel, j’ai du côté maternel, une famille bretonne très gaulliste où le Général était un mythe, l’homme du 18 juin. Du côté paternel, ma famille est pieds noirs et l’Algérie a été vécu pour eux comme une tragédie et donc leur regard sur De Gaulle n’est pas le même. Je te souhaite une belle journée avec du soleil ☀️😊

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