Littérature : « Chanson bretonne – L’enfant et la guerre : Deux contes » de J. M. G. Le Clézio

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L’Histoire : « Pour rien au monde nous n’aurions manqué cette fête de l’été. Parfois les orages d’août y mettaient fin vers le soir. Les champs alentour avaient été fauchés et la chaleur de la paille nous enivrait, nous transportait. Nous courions avec les gosses dans les chaumes piquants, pour faire lever des nuages de moustiques. Les 2 CV des bonnes sœurs roulaient à travers champs. Les groupes d’hommes se réunissaient pour regarder les concours de lutte bretonne, ou les jeux de palets. Il y avait de la musique de fanfare sans haut-parleurs, que perçaient les sons aigres des binious et des bombardes.« 

Jean-Marie Gustave Le Clézio plus connu sous son nom de plume J. M. G. Le Clézio nous revient, en ces temps de confinement, avec un livre d’une beauté renversante, un hymne à la Bretagne et à son enfance dans la ville de Sainte Marine, à l’embouchure du fleuve Odet, dans le Finistère entre 1948 et 1954. Ce premier texte appelé « Chanson bretonne » nous fait revivre les grands moments de l’auteur qui enfant contemplait les champs de blé face à l’océan ou bien encore s’amusait lors de la fête du village. On y redécouvre des fragments du quotidien en Bretagne, comme autant d’éléments d’une mosaïque éclairant, sans nostalgie aucune, car pour l’auteur « la nostalgie n’est pas un sentiment honorable », cette période de l’histoire en pays bigouden. Il fallait ainsi aller au puits pour puiser l’eau nécessaire qui était ensuite bouillie pour éliminer les risques d’infection. J. M. G. Le Clézio parle des pêcheurs, ces bouffeurs de curé mais aussi des moissons avec les paysans d’alors, du prêche en breton du vieux curé, de la langue bretonne encore très présente à cette époque. On voit revivre tout un pays, une nature célébrée avec des accents Malickiens (je songe au réalisateur contemplatif) sous la plume sublime de l’immense J. M. G. Le Clézio qui obtînt, est-il besoin de le rappeler, le prix Nobel de littérature en 2008, célébrant « l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ». Sa mère, Simone Le Clézio avait une affection toute particulière pour la Bretagne où elle reçu notamment la demande en mariage de son père, où elle a accouché de son frère et où elle est revenue se réfugier trois mois après la naissance de Le Clézio à cause de la guerre. La langue est magnifiée par de tels auteurs. On se surprend à relire des passages juste pour le plaisir d’être envahi par la douce sensation de ces mots qui coulent en nous telle une eau vive. J. M. G. Le Clézio est issu d’une famille de Bretagne émigrée à l’île Maurice au XVIIe siècle. Les chapitres sont autant de « chansons » revisitant ses souvenirs d’enfance puis son regard d’adulte sur ce pays de cœur. Il est né à Nice le 13 avril 1940. La guerre gronde et pour un enfant aussi jeune, elle est une expérience extrêmement traumatisante qui est l’objet d’un second texte, beaucoup plus court : « L’enfant et la guerre » où l’auteur nous parle de l’arrière-pays niçois où il vécut durant l’occupation. Il témoigne d’un évènement particulièrement traumatisant, cette bombe échappée d’un avion canadien et qui tomba dans le jardin juste à côté de l’immeuble où il habitait. Ce dernier trembla mais ne s’effondra pas et Jean-Marie Gustave Le Clézio eût la vie sauve. Autre expérience difficile dont il nous fait part : la faim. Pas cette faim de celui qui levé tôt le matin attend le repas du midi avec impatience.. non cette faim qui vous ferait manger la semelle de vos chaussures, une faim qui fait si intimement partie de l’enfant qu’il était alors, qu’elle le traumatise pour toute l’existence. Les deux textes sont superbes mais mon cœur breton doit avouer que je fus davantage touché par le premier récit. Je ne peux que vous inviter à découvrir ces deux contes comme il les appellent. Avec J. M. G. Le Clézio, c’est une certaine idée de la littérature, de celle qui élève l’âme, qui l’enrichit incontestablement, qui est célébrée. Lire Le Clézio c’est vibrer, se brancher sur la fréquence du cœur et c’est une expérience à nulle autre pareil.

Ma note: 5/5

Broché : 160 pages
Éditeur : Gallimard (12 mars 2020)
Collection : BLANCHE

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