Littérature - Histoire - Poésie

Littérature : « Le monarque des ombres » de Javier Cercas – Nouveau thème du blog !

 

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Bonjour !

Nouveau changement. C’est le thème du blog qui est cette fois au cœur de ces envies de nouveautés presque printanières… J’espère qu’il vous plaira autant qu’à moi. Un grand soleil aujourd’hui en Bretagne ! Merci et Bises bretonnes à toutes et à tous 😉🎉🌞


9782330109196L’Histoire :
Un jeune homme pur et courageux, mort au combat pour une cause mauvaise (la lutte du franquisme contre la République espagnole), peut-il devenir, quoique s’en défende l’auteur, le héros du livre qu’il doit écrire ? Manuel Mena a dix-neuf ans quand il est mortellement atteint, en 1938, en pleine bataille, sur les rives de l’Ebre. Le vaillant sous-lieutenant, par son sacrifice, fera désormais figure de martyr au sein de la famille maternelle de Cercas et dans le village d’Estrémadure où il a grandi. La mémoire familiale honore et transmet son souvenir alors que surviennent des temps plus démocratiques, où la gloire et la honte changent de camp. Demeure cette parenté profondément encombrante, dans la conscience de l’écrivain : ce tout jeune aïeul phalangiste dont la fin est digne de celle d’Achille, chantée par Homère – mais Achille dans l’Odyssée se lamentera de n’être plus que le « monarque des ombres » et enviera Ulysse d’avoir sagement regagné ses pénates. Que fut vraiment la vie de Manuel Mena, quelles furent ses convictions, ses illusions, comment en rendre compte, retrouver des témoins, interroger ce destin et cette époque en toute probité, les raconter sans franchir la frontière qui sépare la vérité de la fiction ?

Avec « Le monarque des ombres« , Javier Cercas poursuit sa longue réflexion sur la Guerre d’Espagne entamée il y a plusieurs années déjà. Une guerre civile qui, aujourd’hui encore, est un véritable traumatisme dans la péninsule ibérique. Cercas nous conte ici, l’histoire d’une histoire, la plus intime, la plus difficile qu’il nous ait sans doute offert : le récit de la vie de Manuel Mena, un oncle de la mère de Javier Cercas qui combattit dans les rang des troupes de Franco et mourût a dix-neuf ans, en 1938, pendant la sinistre bataille des rives de l’Ebre. On suit la réflexion, la lente maturation d’un livre qu’il se refusait à écrire. La honte de Cercas, lui l’homme de gauche qui doit assumer le passé franquiste d’une partie de sa famille. De Manuel Mena, il ne subsiste qu’une photo.. tout le reste ayant été brûlé. C’est à la lente déconstruction d’une figure familiale à laquelle nous assistons. Le Manuel Mena du début du livre n’est pas celui que l’on découvre peu à peu grâce au travail, comparable à celui d’un historien, mené par Cercas, qui avec recul et rigueur reconstitue le parcours de celui qui s’est sacrifié pour rien.. L’évolution de l’image fantomatique de ce jeune homme qui a été trompé et qui s’est retrouvé à combattre ceux qui auraient dû être ses frères, est saisissante. La vie, l’histoire, hélas s’est joué de lui. Javier Cercas nous émeut en nous éclairant sur les secrets enfouis de sa famille originaire d’un village pauvre d’Estremadure : Ibahernando. En parlant de son ancêtre, il nous fait voyager dans son inconscient, dans ce qui aurait pu être tu. J’ai trouvé son approche de l’histoire, sa réflexion sur le passé et ces mystères, les sombres voies de la destinée d’un être, absolument passionnante. L’humilité de Cercas, qui sait pertinemment et reconnait qu’il ne pourra jamais atteindre les ultimes bastions de la vérité sur Manuel Mena, près de 80 ans après la fin de la guerre d’Espagne, m’a touché. Ses doutes, ses peurs, ses tourments, le lointain échos du fracas des combats, ce livre sur Manuel Mena c’est aussi celui d’une blessure intime dans la psyché de Javier Cercas. Mais ce dernier à la lucidité de ne pas juger.. car oui Manuel Mena, n’était qu’un jeune adolescent de dix-neuf ans, mort pour rien. Il n’était pas un fanatique mais bien un fantôme du pays des ombres mort psychiquement du fait des horreurs de la guerre, sans doute bien avant sa mort physique. Récit sur la survivance des souvenirs, sur l’effacement implacable du temps qui corrompt et détruit tout sur son passage, « Le monarque des ombres », servi par un style sublime, est assurément un très grand livre. Une leçon magistrale d’une histoire dans l’histoire.

Ma note: 5/5.

Broché: 320 pages
Éditeur : Actes Sud (29 août 2018)
Collection : Lettres hispaniques

tous les livres sur Babelio.com

 
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(32 commentaires)

  1. Tu donnes très envie de le lire. Ce ‘est pas commun en effet ces récits qui s’intéressent à ces garçons tombés du mauvais côté de l’ histoire, ces reprouvés avec l’eau du bain. Il ne s’agit pas de glorifier leur action bien sûr, ce serait offenser tous ceux qui sont morts pour la juste cause, mais ils apportent un éclairage nuancé sur ce qu’est l’engagement. Dans une guerre il n’y a jamais de bons côtés. Les victimes de la Grande Guerre sont aujourd’hui, et c’est tant mieux, honorées quelle que furent leur nationalité. Les combattants du franquisme sont à jamais marqués par la tâche indélébile de l’ idéologie qu’ils ont servie, coupables d’avoir suivi, faute d’y avoir adhéré vraiment. Ce que tu décris de ce livre me semble être assez proche de ce point de vue. Merci pour cette découverte.

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  2. Oui c’est vraiment ça. Notre regard sur ce très jeune homme (il avait 19 ans quand il est tombé au combat) évolue en même temps que celui que porte Javier Cercas sur cet ancêtre qui incarne l’exact opposé de ce que prône Cercas, lui l’homme de gauche.. Au fond, Cercas ne juge pas. Il nous montre l’aveuglement de ces êtres tout juste sorti de l’adolescence et qui sont damnés à jamais parce qu’ils ont été trahi par une idéologie mortifère. Comment leur jeter la pierre ? on est si crédule, naïf à cet âge. J’aime cette idée qui vise à honorer les morts tombés des deux côtés dans une guerre civile qui n’a pas fini de diviser aujourd’hui encore les Espagnols. Le franquisme est une abomination mais au même titre que le stalinisme.. Au final, ceux sont les pauvres types qui se font trouer la panse en première ligne. Les autres se gardant bien de risquer leur vie trop précieuse 😉 Tu as tout dit. Comprendre n’est pas glorifier. Un soldat soviétique qui combattait pour libérer son pays des nazis dans la Grande guerre patriotique, entre 1941 et 1945, était pris en étau entre sa juste cause (libérer son pays) et le fait de défendre aussi par la même Staline et son régime. Franco a utilisé des ressorts psychologiques, idéologiques qui ont trompés ces jeunes hommes.. Merci à toi de me lire ainsi que pour ces échanges toujours riches 🙂

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  3. Tu as tout à fait raison de rappeler quelle abomination fut ce régime, car le cadavre bouge encore, et la question de la dépouille du dictateur agite aujourd’hui plus qu’hier l’opinion espagnole. L’Ombre sinistre de la bête immonde s’étend de nouveau sur une Europe plus vulnérable que jamais. Soyons sur nos gardes, évitons de céder à la facilité.

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  4. Je pensais en enfant des années 1980-90 que la liberté était un droit naturel, avec la fin de la guerre froide notamment. Aujourd’hui, je sais que c’est un combat et une vigilance de tous les instants qui nous permettront de surmonter LA crise que nous affrontons avec la montée des extrêmes en Europe et ailleurs. Partout les autocrates et autres tenants d’un pouvoir autoritaire, bombent le torse. Ce qui se passe est extrêmement grave. Je partage ton analyse 🙂

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  5. Hello mon ami!
    Eh bien, tu m’as bien transmis l’émotion que tu as éprouvé et je dirai même la compassion envers Cercas! J’avoue que je ne me serais pas tournée vers ce livre. Mais tu l’humanises et le porte tellement que je me laisserais tenter ! Terrible les ravages des franquistes.. la question de l’héritage familial, les idéologies politiques… pas simple à appréhender au sein d’une famille!
    Merci mon ami et très bon week-end ! Bisous à toi!

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  6. Coucou ma chère Gwen ! Un livre qui m’a marqué. C’est profond. Il s’en tient aux faits et surtout il ne dresse pas le procès de son aïeul.. ce serait tellement facile à postériori. Javier Cercas a une plume merveilleuse. Moi qui est passionné d’histoire, ce fût un beau moment de lecture. Il explique parfaitement la manipulation de la propagande franquiste pour amené ce tout jeune homme.. 19 ans à faire le choix d’une idéologie mortifère : le franquisme et ces crimes. Merci à toi de me lire ainsi que pour tous ces échanges. Grand soleil en Bretagne. Un temps magnifique, printanier, Gros bisous pour mon amie alsacienne 🙂 excellent weekend 😉

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  7. Coucou!
    Je n’ai jamais lu cet auteur. Je lis à quel point sa plume t’a embarqué ! La portée historique doit avoir son impact sur toi 😉 au niveau des pays tu aimes bien l’histoire de l’Espagne ? Quelle m**** ce franquisme…
    Bisous au plus cool des Bretons ensoleillé 😁

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  8. Très joli thème Frédéric, qui va en effet très bien avec ce beau temps exceptionnel (mais malheureusement un peu inquiétant, nous ne sommes qu’en février !). Merci pour cet article littérature qui donne très envie de se plonger dans cette lecture ! Je ne suis pas très ouvrages historiques, mais tu es toujours de bon conseil, donc pourquoi pas ! Ma « pile à lire » ne cesse d’augmenter ces derniers temps, c’est comme toi avec Netflix ! 😉 Merci Frédéric pour toutes ces découvertes et à bientôt sur WordPress ou Babelio ! 😉 Bon après-midi ensoleillé à toi ! 🙂

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  9. Ma famille du côté de mon père est d’origine espagnole. Mon nom de famille est espagnol, c’est mon héritage en partie et c’est vrai que l’histoire de l’Espagne m’intéresse. Si tu veux lire des livres importants sur la guerre d’Espagne, ceux de Javier Cercas sont très riches. Oui on est d’accord, il y a toujours des tensions autour de « l’héritage » du dictateur Franco. Une « certaine » Espagne continue de le défendre ou de minimiser ces crimes ce qui est au minimum affligeant.. mais regarde certains nous explique ici en France que Pétain et De Gaulle c’est pareil.. n’est ce pas Zemmour ^^ Passe une excellente soirée Gwen, Bisous ensoleillés encore aujourd’hui pour la plus cool des Alsaciennes bretonne de cœur et c’est le plus important 😉 🙂

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  10. Merci beaucoup Emilie ! Je trouve ce thème plus accessible pour les abonnements et autres recherches sur le blog. C’est sobre et en même temps il y a une petite touche de couleur. Ton retour me fais très plaisir 🙂 Oui c’est très étonnant ce temps de Printemps ..en hiver.. dire que certains doutent du dérèglement climatique ^^ Excellent oui sur Netflix j’ai une longue listes de séries à découvrir 😉 Excellente soirée Émilie, @très vite sur WordPress ou Babelio 😉 🙂

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  11. J’aurais parié pour des origines italiennes pour ton nom! Oups ^^
    Vous êtes originaires de quel coin ? Merci pour tes conseils.
    Oui tu as raison, nous avons les mêmes problématiques.. en ce moment je suis effarée et tellement triste de voir tous ces actes antisémites….😔 une honte absolue!
    Merci beaucoup Fred! Vive la Bretagne et vive l’Alsace 😁🥂 de gros bisous à toi et une belle nuit!

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  12. De la région de Valence (club que j’aime donc forcément avec leur logo en chauve souris ^^ ) Oui, ça me bouleverse de voir cela revenir. On se croirait dans un remake de l’invasion des fachos rouges et bruns.. Pour quelqu’un qui a fait des études d’histoire comme moi, cela me peine de me dire que l’on a pas suffisamment transmis cette histoire.. il y a un grave problème c’est certain. Gros bisous pour toi Gwen, douce nuit et beau weekend 🙂

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  13. Ah tu m’étonnes! Très bel écusson en effet ^^ j’aime bien ce club!
    C’est vrai et c’est franchement terrible… ça fait froid dans le dos. Comme si certains se plaisaient à refaire les mêmes erreurs, sans prendre conscience de l’ampleur de la situation….
    Merci Fred! Très beau week-end à toi aussi des bisous à mon breton préféré !!

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  14. Une amie espagnole me disait il y a longtemps que la guerre civile était un sujet tabou dans sa famille parce qu’elle l’avait divisée. C’était en 1979, donc ça date, mais de telles blessures sont longues à se refermer. Elle me disait aussi qu’elle se souvenait être accrochée à sa radio à attendre, comme tant d’autres, la mort de Franco, avec l’espoir de jours meilleurs. Et quand je songe à Staline qu’on a retrouvé mort plusieurs jours après car ses gardes avaient peur de représailles s’ils le dérangeaient, je me dis que tous les dictateurs, passés et présents, ont une gloire peu enviable, d’avoir semé autant de haine!
    Merci pour ta critique, Fred, bisous 😊

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  15. Merci beaucoup Joëlle ! Oui c’est un traumatisme et c’est aujourd’hui encore un clivage important dans la façon d’aborder cette période qui fût terrible à plus d’un titre. La plume de Javier Cercas est merveilleuse. Son ancêtre était un jeune franquiste de19 ans.. et il est mort pour rien.. le crâne bourré par la propagande de Franco. J’ai lu une biographie de Staline. Ces gens sont monstrueux.. et ça continue aujourd’hui au Venezuela, en Syrie, En Iran, en Turquie, en Russie.. la liste est longue. Merci à toi de me lire. Excellente soirée Joëlle et bisous de notre Bretagne 🙂

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