Littérature : « Grand frère » de Mahir Guven, Goncourt du premier roman 2018 !


livre_galerie_356L’Histoire :
Grand frère est chauffeur de VTC. Enfermé onze heures par jour dans sa « carlingue », branché en permanence sur la radio, il rumine sur sa vie et le monde qui s’offre à lui de l’autre côté du pare-brise. Petit frère est parti par idéalisme en Syrie depuis de nombreux mois. Engagé comme infirmier par une organisation humanitaire musulmane, il ne donne plus aucune nouvelle. Ce silence ronge son père et son frère, suspendus à la question restée sans réponse : pourquoi est-il parti ? Un soir, l’interphone sonne. Petit frère est de retour..

Mahir Guven signe, avec « Grand frère« , un roman singulier sur un sujet difficile mais ô combien actuel : deux frères issus des quartiers difficiles, deux trajectoires de vie qui vont être diamétralement opposées, l’un « Grand frère » est chauffeur de VTC, l’autre « Petit frère » est infirmier et décide de partir en Syrie par conviction idéologique pour mener le Djihad et retrouver le pays de ses racines, de sa famille.. Le plus beau dans « Grand frère » s’est sans nulle doute le récit de ce mélange d’amour et de haine entre ces deux frères que tout semblent opposer. La description de ce qui relie ou sépare ces deux êtres est très belle. Il décrit avec talent le contexte familial, la vie de tous ces paumés dans les quartiers qui peuvent basculer du bon ou du mauvais côté selon les aléas de la vie. Mahir Guven exprime parfaitement la différence entre ceux qui vivent un islam modéré et ceux qui partent vers la radicalisation qui les conduis à mener le Djihad en Syrie.. Mahir Guven décrit  de façon limpide le rapport conflictuel à la France de ces jeunes des quartiers. Sans simplifier ou transiger avec la vérité, il nous démontre la complexité de ce drame qui déchire des familles entières. La radicalisation se fait progressivement jusqu’au jour où tout bascule dans un sens ou dans l’autre. Mahir Guven ne juge pas. Le récit est enlevé, soulève de nombreux questionnements. Goncourt du premier roman 2018, « Grand frère » est un livre qui s’apprivoise. On rentre progressivement dans cette histoire de famille déchirée par ce cocktail explosif de problèmes sociaux, économiques, familiaux, un rapport conflictuel à leur identité, au pays où ils vivent mais qui semblent ne pas les reconnaître.. L’idéalisation du pays d’origine de leurs parents et la réalité de la situation une fois qu’ils y retournent et qu’ils voient, de leurs yeux, les crimes commis au nom d’une idéologie mortifère, tout cela est parfaitement démontré. Le plus surprenant, c’est qu’on se surprend à rire de situations ubuesques qui démontrent combien certains de ces jeunes sont paumés et tombent d’autant plus facilement dans le piège du radicalisme. Je dois reconnaître que le style d’écriture m’a un peu heurté au départ. Il m’a fallut rentrer dans cet univers si éloigné du nôtre. « Grand frère » est un roman à découvrir absolument.
Ma note:5/5.

Publicités