Cinéma : « Détroit » de Kathryn Bigelow

0174665.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxL’Histoire : Été 1967. Les Etats-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

Kathryn Bigelow est depuis « Démineurs » et « Zero Dark Thirty« , l’une des réalisatrices les plus en vue à Hollywood. Celle qui n’a pas peur de traiter des questions sensibles de l’histoire récente des Etats-Unis, nous revient avec « Détroit« , un film en forme d’uppercut qui touche au mal profond du racisme, notamment celui vécu à l’encontre des Noirs américains. Nous sommes à l’été 1967, la guerre du Viêtnam fait rage, la question des droits civiques voit s’opposer deux Amériques. C’est dans ce climat de tension extrême que nous plongeons dans « Détroit » en proie aux émeutes. Qu’on apprécie ou pas le cinéma de la réalisatrice, on peut lui reconnaître un cran certain, celui de ne pas choisir la facilité. Aux Etats-Unis, où le racisme est encore omniprésent vis à vis des minorités, « Détroit » a divisé. Certains journalistes reprochent à Bigelow d’être blanche et d’être née dans un milieu bourgeois éloigné des réalités du racisme contre les Afro-américains. Je me lève contre ces attaques injustifiées à la vue du long métrage. La couleur de peau importe peu, pourvu que le message soit clair et direct, sans compromission aucune avec ce fléau du racisme. Hors, de ce point de vue, « Détroit » est un film coup de poing, sans concession aucune. On ressort du film sonné, retourné par la violence de la répression contre ces innocents noirs américains à Détroit. Des médias Us ont également jugé que Bigelow avait un rapport ambiguë à la violence en nous montrant des scènes éloquentes. Là encore, le procès intenté est injustifié car Kathryn Bigelow a fait ce choix de ne rien nous épargner pour mieux sensibiliser et réveiller les consciences. Oui, être Noir aux Etats-Unis, est à cette époque (et aujourd’hui encore) un véritable combat pour affirmer son droit de vivre comme les Blancs. Ni plus, ni moins. Les récents événements dans le Sud des USA font une drôle de caisse de résonnance au film. Ces images, qu’ont croyaient d’un autre temps, avec les manifestations de suprémacistes blancs et autres néo nazis, ont démontrées que le mal était encore profond. « Détroit » est un très grand film doté d’un casting irréprochable. Mention spéciale pour John Boyega et surtout Will Poulter, ce dernier interprétant un policier raciste et assassin d’un réalisme saisissant. Nul doute que ce rôle marquera le cinéma américain. La douleur, la souffrance face au racisme est parfaitement rendue. « Détroit » est un film violent. Le sujet nécessitait à mon sens ce parti pris de nous montrer, sans complaisance, la réalité de ce qui c’est passé à ce moment de l’histoire américaine. J’ai ressenti plus de sincérité que de calcul chez Bigelow. Si vous aimez le cinéma qui fait sens et qui nous interroge sur des questions difficiles aujourd’hui encore dans nos sociétés occidentales, alors ce film est pour vous. Magnifiquement interprété, mis en scène par une Kathryn Bigelow au sommet de son art, magistral dans son message, « Détroit » ne vous laissera pas indifférent. Et si c’était le film de l’année ?

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

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