Littérature : « Le Projet Starpoint » Marie-Lorna Vaconsin – « Cartel » Don Winslow

Le-projet-StarpointL’Histoire : Pythagore Luchon a 15 ans. Il habite dans la ville de Loiret-en-Retz et s’apprête à entrer en seconde pour une année scolaire sans surprise : travailler – un peu –, écouter de la musique – souvent –, draguer les filles autant que cela lui sera possible, et notamment à l’occasion de la prochaine fête de rentrée pendant laquelle il officiera comme DJ. Il ne se fait aucune illusion sur les railleries qu’il devra endurer au sujet de sa mère – prof de maths au lycée –, ni sur la peine que lui causeront ses passages à l’hôpital pour rendre visite à son père – brillant chercheur en physique quantique, plongé dans le coma à la suite d’une agression. Toutefois, une chose le réjouit : il va bientôt retrouver Louise, sa meilleure amie, la fille du gardien du lycée. Le jour de la rentrée, Pythagore découvre que Louise a apparemment décidé de se passer de leur amitié. Elle s’est liée à une nouvelle élève du nom de Foresta Erivan, dont la présence à ses côtés est d’autant plus intrigante que les deux filles n’ont rien en commun. Louise est une geek passionnée de sciences et d’ingénierie, tandis que la nouvelle élève affiche un look d’un autre genre : elle a les cheveux rouges, s’habille toujours en noir, souvent en cuir, et distribue des gifles à ceux dont elle n’apprécie pas le comportement. À son contact, Louise s’isole de ses anciens amis, se désintéresse de son travail et commence à sécher les cours. Pythagore déplore silencieusement la présence de cette nouvelle élève qui l’irrite autant qu’elle l’attire, jusqu’à ce qu’elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer la disparition de Louise. Elle lui explique que, pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu’elle appelle l' » angle mort  » des miroirs. Pyth la suit sans se douter qu’il est sur le point de basculer dans un monde parallèle – le monde dans lequel Foresta a grandi, et où Louise est sur le point de se perdre.

Et si j’avais trouvé ici le roman qui me réconciliait avec la physique quantique.. Je vous rassure où vous effraie c’est selon, mais mes connaissances en la matière sont très limitées. En série littéraire au lycée puis à l’université en histoire, c’est peu dire que je n’ai que côtoyé de très loin ce continent mystérieux du savoir. C’est sans doute, le point le plus original de ce « Projet Starpoint » écrit par Marie-Lorna Vaconsin, une jeune auteure qui sort ici son tout premier roman pour ce qui est appelé à devenir une trilogie. La comparaison avec l’univers de Philip Pullman me semble un peu exagérée. « La fille aux cheveux rouge » est dans la même veine que Pullman mais avec son originalité propre. Moins maîtrisé que l’histoire de Pullman, moins abouti mais avec des fulgurances qui rendent son histoire et ses personnages attachants. L’auteure nous explique au moyen de loi de la physique quantique le pourquoi de cet univers. Son monde est original, avec ses propres codes. Les personnages sont très contemporains dans leur façon d’être, de parler, de penser et je trouve cela fort bien amené. C’est profondément original. Le style est enlevé. Ma seule limite réside dans ces petits manques au niveau de l’histoire. C’est un premier roman et l’on peut légitimement penser que ces scories seront peu à peu corrigées dans les deux suites à venir. Si vous voulez découvrir un univers profondément original, des personnages attachants, si vous aimez les univers parallèles et même la physique quantique.. ce livre est pour vous. Une auteure à suivre à n’en pas douter.

Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

Cartel don winslowL’Histoire : 2004. Adan Barrera, incarnation romanesque d’El Chapo, ronge son frein dans une prison fédérale de Californie, tandis qu’Art Keller, l’ex-agent de la DEA qui a causé sa chute, veille sur les abeilles dans un monastère. Quand Barrera s’échappe, reprend les affaires en main et met la tête de Keller à prix, la CIA et les Mexicains sortent l’Américain de sa retraite : lui seul connaît intimement le fugitif. La guerre de la drogue reprend de plus belle entre les différentes organisations, brillamment orchestrée par Barrera qui tire toutes les ficelles : la police, l’armée et jusqu’aux plus hauts fonctionnaires mexicains sont à sa solde. Alors que la lutte pour le contrôle de tous les cartels fait rage, avec une violence inouïe, Art Keller s’emploie à abattre son ennemi de toujours. Jusqu’où ira cette vendetta ?

La suite du roman culte « La Griffe du Chien » est enfin là. Dix ans d’attente pour « Le Guerre et Paix des romans sur la drogue » selon le maître James Ellroy. « Cartel » est signé Don Winslow. Avec ces deux romans c’est quarante années de lutte contre la drogue que nous pouvons contempler, avec à la clé un échec retentissant. Car c’est ce qui fait sens à la lecture de « Cartel », le côté illusoire de cette lutte qui n’a jamais su empêcher la montée en puissance des narco-empires au Mexique. Car oui il est question du Mexique, de Juarez et de sa frontière avec les Etats-Unis, le plus gros consommateur de drogue au monde. C’est cela le drame du Mexique, être voisin du pays qui finance la lutte contre la drogue et qui dans un même temps consomme le plus ces mêmes drogues. Le Mexique a été, derrière la Syrie, le pays qui a connu en 2016 le plus grand nombre d’assassinats, essentiellement à cause des cartels de la drogue. «Les homicides intentionnels en 2016 au Mexique ont fait 23 000 victimes», a annoncé Antonio Sampaio, expert de l’IISS, un chiffre à mettre en perspective avec les 60 000 assassinats comptabilisés en Syrie, pays où la guerre civile fait rage depuis six ans. Le Mexique a connu une augmentation de 11% des homicides entre 2015 et 2016. Selon l’IISS, ces violences sont nées de la décision en décembre 2006 du président mexicain Felipe Calderon de déclarer la guerre au trafic de drogue: «le conflit résultant a apporté la misère au Mexique: 105 000 personnes ont perdu la vie par homicide intentionnel entre cette date (décembre 2006) et novembre 2012», a affirmé M. Sampaio. «Il est très rare que la violence criminelle atteigne les niveaux d’un conflit armé. C’est pourtant ce qui se passe dans le triangle nord de l’Amérique centrale (Honduras, Guatemala, Salvador, avec 16 000 homicides), et particulièrement au Mexique», a-t-il ajouté. « Cartel » nous fais revivre cette réalité qui touche tout le monde là-bas. Les gangs, les Zetas, le cartel du Sinaola etc.. sont autant de menaces pour un Etat mexicain gangréné par la corruption, les assassinats notamment de journalistes qui tentent courageusement d’enquêter sur tous ces crimes. L’année 2016 avait été marquée par un nombre record de 11 journalistes exécutés, alors que le Mexique figure au troisième rang des pays les plus dangereux pour les journalistes après la Syrie et l’Afghanistan, selon Reporters sans frontières (RSF). L’armée, la police, les politiques, tous jouent un double jeu. Les principales victimes sont, comme trop souvent, les indigents, les plus fragiles (les femmes, les enfants).. Ce récit de l’horreur nous permets de mesurer le décalage entre ce qui nous est présenté comme une nécessité (la lutte contre les trafics de drogue) et la réalité de ce conflit bien plus complexe et trouble qu’on ne peux l’imaginer. Il faut avoir le cœur solidement accroché pour descendre dans cet enfer. C’est ultra violent et les monstruosités décrites font froid dans le dos. Et pourtant, tout ce que Don Winslow nous raconte est vrai. Il a seulement changé les noms. Ainsi « Adan Barrera » dans le livre n’est autre que Joaquin « El Chapo » Guzman, l’homme qui s’était échappé par deux fois d’une prison de haute sécurité mexicaine et qui est aujourd’hui extradé aux Etats Unis pour répondre de ses actes. Mais cette arrestation ne change rien ou presque car déjà au Mexique d’autres souhaitent prendre sa place. Une guerre interne est actuellement en cours au sein du cartel de Sinaloa après l’extradition de son puissant chef. Mais il existe aussi des gens de la trempe de Art Keller, le policier « incorruptible » qui doit pourtant se compromettre lui aussi pour éviter le pire. Le journaliste mexicain Javier Valdez, spécialiste reconnu du narcotrafic et pigiste pour l’AFP dans l’État de Sinaloa, a été assassiné dans la ville de Culiacán (nord-ouest). « Cela s’est passé devant les bureaux de Riodoce. (…) Il a été attaqué à l’arme à feu », a indiqué une source judiciaire. Javier Valdez, 50 ans, travaillait depuis de plus de dix ans pour l’Agence France-Presse dans l’État de Sinaloa, fief du cartel de Joaquin « El Chapo » Guzman. La force de ce livre c’est que la réalité qu’il décrit n’a jamais été aussi prégnante qu’aujourd’hui. Les centaines de milliards de dollars générés par ces trafics de stupéfiants sont blanchis par les pontes des cartels avec l’aide de banquiers, d’avocats, de politiques, etc.. On ressort de cette lecture avec l’impression que l’on se moque de nous. Si l’effort de lutte contre les drogues est à mon sens nécessaire, la manière dont cette guerre est conduite nous questionne. Immensément complexe, ce problème soulève de nombreuses interrogations. Le style d’écriture de Don Winslow n’est pas son principal atout mais une fois entré dans ce récit, difficile de lâcher les quelques 700 pages de ce pavé monumental. Si vous avez aimé le roman « La Griffe du chien » ou « Sicario » le film de Denis Villeneuve, ce livre est pour vous. Bouleversant.

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

21 réflexions sur “Littérature : « Le Projet Starpoint » Marie-Lorna Vaconsin – « Cartel » Don Winslow

  1. C’est amusant, alors que je suis assez hermétique au fantastique, au surnaturel et tout ce qui s’en approche, j’avoue que je suis plus intriguée et intéressée par le premier livre que tu présentes que par le second 😉

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    1. le second livre est d’une violence extrême. C’est très réaliste et une c’est une véritable plongée dans les recoins les plus obscurs du mal à échelle humaine.. le « Starpoint » est très bon aussi, c’est un univers qui mérite l’approfondissement à travers d’autres tomes. Là, je lis le christelle Dabos, son tome 3 et je me régale. Encore mieux que « starpoint », j’en parlerais dans une prochaine note ! Bisous et excellent weekend Frog !

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      1. le week end aura été terni par cette virée au match :/ le public lensois a montré qu’il était aussi capable du pire :/ ils n’avaient pas le droit de faire ça, pas le droit d’enlaidir encore plus cette journée déjà dure, pas le droit de déshonorer les couleurs de leur équipe (alors que c’est ce qu’ils reprochent aux dirigeants et aux joueurs, eux n’ont pas su faire mieux…) j’ai vu la peur dans les yeux de mon fils alors que nous étions là entre autre pour lui faire plaisir, je l’ai vu apeuré, peiné, triste, déçu… je suis ce soir moi aussi les trois derniers…

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  2. Tes cheveux rouges m’attirent malgré ta note et je les suivrais bien… Merci pour ces expériences littéraires que tu nous fais partager mais jattends avec impatience que ma bibliothèque réouvre…pourtant jai pris des munitions. Belle nuit. BISOUS Frédéric

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  3. Merci Frédéric de toujours détailler ton argumentaire.
    On te sent passionné.
    Je n’ai plus beaucoup de temps pour lire et je le regrette.
    J’espère que tu vas bien.
    Tu es encore en vacances ?
    Bonne soirée, gros bisous.

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    1. c’est très gentil Carole, merci beaucoup ! passionné oui c’est vrai. J’adore écrire et partager avec toi et d’autres blogueurs. C’est très enrichissant je trouve. J’ai encore acheté un livre aujourd’hui.. on ne se refait pas 😉 ça va bien, j’ai eu pas mal de visites ces derniers jours à l’appartement (ami(e)s et famille) et cela fait du bien. J’aime cette période en août où tout le monde ou « presque » est en vacances alors que pourtant déjà s’annonce la rentrée qui approche. J’ai hâte de débuter mon atelier d’écriture le 4 septembre. Ecrire c’est une passion depuis longtemps. Le partager sur le blog cela fait plus de 10 ans. J’aime les habitudes et ce blog en fait partie. J’y suis viscéralement attaché tout comme je suis attaché à nos échanges. Belle soirée à toi Carole ! Gros bisous 🙂

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      1. Merci beaucoup Frédéric.
        A la maison aussi, les amis passent et on finit autour d’un repas.
        Ma fille attend la rentrée avec impatience, l’école lui manque. Titi doit finir son stage vendredi, il a un mois de vacances.
        Qui anime ton atelier d’écriture ?
        Moi aussi je suis attachée aux échanges avec certains blogueurs, c’est bon d’avoir des nouvelles de la Bretagne 😉
        Je te souhaite une bonne soirée, gros bisous.

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        1. un mois de vacances bien mérité pour ton titi. C’est un professeur de français qui l’anime. Il a l’air gentil. C’est une nouvelle expérience pour moi et je suis impatient de démarrer. Belle journée à toi Carole ! grand soleil ici, Gros bisous ! 🙂 🙂

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