Cinéma : « Silence » de Martin Scorsese

018918-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxL’Histoire : XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Et si Scorsese avait signé avec son dernier film « Silence » l’exact opposé du très décrié « La Passion du Christ » de Mel Gibson. A la radicalité, la violence, la souffrance jusque boutiste de Mel Gibson, Scorsese oppose la réflexion, la méditation même, l’aridité d’une œuvre qui doit beaucoup à l’un de ses maîtres le cinéaste japonais Akira Kurosawa. C’est sans doute ce qui nous touche le plus dans « Silence« , le choix d’une histoire à hauteur d’homme là ou Gibson nous présentait un supplice, un long baiser de la mort offert à un homme qui n’a plus rien d’humain, un Dieu qui endure le supplice jusqu’à la lie sans qu’on en recherche le sens, le pourquoi de tout cela ? Chez Scorsese, le supplice est une impasse. Il ne célèbre pas le sacrifice de ces hommes et femmes au Japon au XVIIème siècle face à l’inquisition menée alors. La première heure est sublime, elle voit Andrew Garfield et Adam Driver, deux Jésuites voulant retrouver le père Jésuite interprété par Liam Neeson, disparu quelques années auparavant, dans ce japon aux traditions ancestrales. On est touché par la grâce des images qui hantent pendant longtemps le spectateur. Filmer à hauteur d’homme, c’est aussi prendre le parti de ne pas juger la faiblesse des uns, la vacuité des autres, l’envie irrépressible de survivre ou de mourir selon ses croyances. Il interroge le sens même du mot sacrifice. Y a t’il un sens à donner à cet acte, est-il le signe d’un amour profond pour Dieu ou bien au contraire celui d’une suffisance, d’un orgueil de celui qui veut mourir en martyr au nom de sa foi ? La seconde heure voit la confrontation de deux mondes qui ne peuvent se comprendre. Les  inquisiteurs japonais ne sont pas caricaturés sous les traits d’affreuses brutes sans âme et c’est toute l’intelligence du propos qui n’est pas manichéen mais nuancé, mesuré. Ils défendent leurs traditions, leurs coutumes, est ce mal ? Le christianisme y est vu par certains d’entre eux comme un poison, une menace pour leur culture et non un signe de rédemption et de paix. Le casting est au diapason de ce qui constitue à n’en pas douter un des sommets de la filmographie du cinéaste. Andrew Garfield (déjà vu dans le dernier film de Mel Gibson « Tu ne tueras point« ..) est impressionnant dans son rôle. Comme je n’ai aucune volonté de vous voler le plaisir de la découverte je tairais la fin de « Silence« . Le dernier Scorsese est un film profondément touchant, marquant même. Il a une dimension réflexive passionnante. Le rythme est très lent, le film est long (près de 2h40) mais il s’en dégage une rare puissance d’évocation. Une leçon magistrale de cinéma !

Ma note:♥♥♥♥♥/5. 

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