Littérature : « Quelques minutes après minuit »Patrick Ness – « Une fatalité de bonheur » Philippe Forest – « Beckomberga : Ode à ma famille »Sara Stridsberg

733155L’Histoire : Depuis que sa mère est malade, Conor, 13 ans, redoute la nuit et ses cauchemars. Chaque nuit, à minuit sept, un monstre apparaît sous la forme d’un arbre gigantesque qui apporte avec lui l’obscurité, le vent et les cris. Le monstre vient chercher quelque chose de très ancien et de sauvage. Il vient trouver la vérité…

« Quelques minutes après minuit » de Patrick Ness (d’après une idée de l’auteure Siobhan Dowd aujourd’hui décédée des suites d’un cancer) est une nouvelle plus qu’un véritable roman. Mais une nouvelle dotée d’une puissance d’évocation rare sur la maladie, ici le cancer, qui a touchée Dowd et la maman du jeune Conor. Patrick Ness rend hommage à cette auteure en écrivant un livre bouleversant, très sombre, un conte où apparaît un If venu aider le jeune garçon en cherchant la vérité.. celle de Conor. C’est magistralement écrit, doté de mots si justes sur l’épreuve que représente la maladie aussi bien pour le patient que pour son entourage familial. La mort est omniprésente et pourtant le mot lui-même n’est jamais évoqué ou alors de façon très imagé. Difficile de ne pas ressentir une peine qui nous cueille nous lecteur(s) qui avons tous et toutes connu(e)s un proche parti trop tôt de cette terrible maladie. Le cancer peut tuer, mais il ne peut abolir le lien d’amour liant les proches, ici un fils, à sa mère agonisante. Les illustrations accompagnant le texte renforcent l’aspect fantastique du récit. Le réel et l’imaginaire ne sont jamais très éloignés, comme dans l’esprit d’un enfant qui doit tenter de comprendre et admettre ce qui à cet âge, n’est encore qu’une menace fort lointaine, un problème pour les « vieilles personnes ».. la mort. Un sujet abordé avec délicatesse pour un livre traitant avec courage les questions de la maladie et de la mort, ainsi que de la vie qui malgré tout continue vaille que vaille. A noter que cet ouvrage a été adapté au cinéma. Le film est signé Juan Antonio Bayona ( « l’Orphelinat« ) et il sort le 4 Janvier 2017 en France. Voici la Bande annonce et l’affiche du film.
 Ma note:♥♥♥♥♥/5.

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8027778590_e8e69297f7_o9782246812074-001-xL’Histoire : Je prends au hasard vingt-six mots plus ou moins présents dans la poésie de Rimbaud de sorte, cependant, que leurs initiales correspondent aux vingt-six lettres de l’alphabet. Je regarde les phrases ou les vers d’où ils viennent et que je considère comme leur glose. J’en fais un texte où je les interprète comme s’ils me concernaient. Le miracle est que l’oracle dit vrai. La série des commentaires s’arrange en une sorte de roman où je retrouve celui de ma vie.

Chaque ouvrage de Philippe Forest est une exploration de la vie de son auteur marquée, s’il est besoin de le rappeler, par la mort de sa petite fille malade. Rien ne sera plus comme avant. De Deuil à Enfant, en passant par Gloire, Néant, Vertige ou Zanzibar, Philippe Forest propose, en vingt-six mots empruntés à l’œuvre rimbaldienne, une lecture de sa vie. On le devine comme ayant atteint un seuil de souffrance au delà duquel l’on semble comme anesthésié. Non pas tant dans le sens ou il ne souffre plus mais bien au contraire au sens ou cette souffrance fait tellement partie de sa vie qu’elle en devient en quelque sorte un élément consubstantiel à sa chair. Il faut avoir connu les affres de la souffrance humaine comme lui pour porter ainsi un regard aussi aiguisé que celui-ci : « Il n’y a pas à triompher du néant. Il n’y a pas même à se guérir de lui. Il y a juste à en soutenir l’épreuve. » Le style de l’auteur est sublime comme à chaque fois. Le tragique, l’absurdité et la somme des hasards constituent selon lui l’essence même de notre monde. Aucune religion ne viendra apaiser ou donner du sens à ce qui ne peut en avoir. La mort d’un enfant est l’expérience la plus tragique que l’on puisse endurer. Forest cite Aragon (dont il a écrit une biographie référence) : « Etre un homme, c’est pouvoir infiniment tomber. » Une certitude demeure à mon sens, avec Philippe Forest, on élève la littérature à son pinacle.

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

51y9ikhuxmlL’Histoire : En 1995, Beckomberga ferme ses portes. Ouvert en 1932 dans la campagne près de Stockholm, il devait être «une nouvelle sorte d’hôpital psychiatrique, un nouveau monde où personne ne serait laissé pour compte, où l’ordre et le souci de l’autre seraient de mise», où les fous allaient «enfin être libérés et sortir dans la lumière». Beckomberga a marqué l’adolescence de Jackie, l’héroïne de ce roman : c’est là qu’elle a rendu de nombreuses visites à son père, Jim, au «château des Toqués». En dépit de son amour pour Lone, la mère de Jackie, en dépit de l’existence même de Jackie, cet homme n’a cessé d’affirmer son mal de vivre. Beckomberga : Ode à ma famille est le roman d’un amour passionné, celui d’une jeune femme pour son père, personnage chancelant mais charismatique, et celui qu’elle éprouvera pour son propre fils, Marion, dont l’apparition constituera un rempart contre la folie familiale. Sara Stridsberg retrace deux odyssées palpitantes : celle du rêve qu’a incarné Beckomberga et celle d’une famille, somme toute ordinaire, qui s’aime, se déchire, se retrouve.

Sara Stridsberg est une auteure reconnue qui a sorti pour cette rentrée littéraire « Beckomberga : Ode à ma famille« , une histoire faite de moments épars saisis ici et là. On suit de façon discontinu la relation entre un père souffrant d’une maladie psychique, d’un mal-être profond et sa fille encore adolescente. L’écriture est sublime, les descriptions aussi mais malheureusement l’on peine à s’attacher à ces personnages. La faute à un récit qui ne fait qu’entrebâiller la porte sur ce qui aurait pu constituer une formidable histoire. On ne comprend pas l’attirance morbide du père qui ne cesse d’évoquer devant sa fille son envie de se supprimer, soulignant au passage que rien ne le retiendrait.. pas même sa fille. On effleure le sujet enveloppé dans de très belles descriptions certes mais qui peine à toucher au cœur ce qui est quand même un comble quand on aborde une telle thématique. Sans empathie pour le père et sans compréhension du lien pouvant l’unir à sa fille. Ce père qui ne donne pas de nouvelles, ce fantôme errant enveloppé dans ses vapeurs d’alcool, suant des médicaments par tous les pores de la peau, usant de drogues au passage de façon dilettante.. vous l’aurez compris ce type de personnage peine à trouver en moi une quelconque résonnance. Bien écrire est une chose, avoir une histoire à raconter c’est encore mieux. Une déception.
Ma note:♥♥      /5.

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