Cinéma : « Les Innocentes » Anne Fontaine

213105L’Histoire : Pologne, décembre 1945.Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise. D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher.Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser…C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.

Anne Fontaine n’est plus à présenter. Après quelques films plutôt mineurs, elle nous revient avec un drame poignant « Les Innocentes« . La guerre est finie et l’occupation soviétique débute en Pologne avec son lot de crimes abominables. Au sommet de ces derniers, tant par leur nombre que par leur cruauté : les viols subis dans ces mois terribles où l’ogre soviétique veut brimer une nation polonaise déjà exsangue suite à l’occupation allemande. Nous sommes dans un monastère où l’on se doit de taire l’innommable. L’irruption de la jeune interne française Mathilde, va bouleverser l’équilibre précaire, basé sur le mensonge, au cœur de cette communauté Bénédictine polonaise. Anne Fontaine filme ses personnages en usant de gros plans qui magnifient les visages graves de ces femmes. A l’inverse, comme pour mieux nous faire comprendre l’état d’enfermement, d’épuisement des Bénédictines, elle alterne ceux-ci avec des plans de paysages polonais enneigés. Ces derniers nous montrent la magnificence de la nature autour de ce monastère et elle nous pose la question en creux qui est celle de la corruption du monde par le péché. Est-il possible qu’un endroit tel que celui-ci puisse accueillir et servir d’écrin pour de telles atrocités ? Quel Dieu permettrait cela ? Le blanc, couleur de la neige mais également du voile des Bénédictines, symbole de pureté et de virginité est très présent à l’image, mais également le rouge couleur du sang, élément constituant de la chair qui nous enveloppe, le sang des menstruations aussi, là encore Anne Fontaine use de symboles. L’idée de péché, cette image d’un Dieu au silence assourdissant et aux desseins mystérieux même aux yeux de celles qui n’ont de cesse de le prier nuit et jour, tout cela concoure à l’expression d’un malaise face au poids de la faute que ces femmes pensent avoir commises. La jeune interne incarne à l’inverse, un personnage ancré en ce monde, capable de compassion et d’empathie, capable aussi d’aider de façon concrète ces femmes. Elle est la vie là où se complaît la célébration d’un Dieu de souffrance et de devoir. La mort de Dieu, la lumière de la rationalité face à l’orgueil d’une mère supérieure uniquement préoccupée par l’idée de damnation, prêtresse du monde d’après, là où la jeune interne représente le monde d’ici-bas, le fait d’être ici et maintenant et d’agir de façon tangible.. Vous l’aurez compris, ce film est absolument réussi. Les acteurs sont formidables, Lou de Laâge est d’une beauté et d’une justesse rares, Vincent Macaigne apporte, comme à chaque fois, cette petite touche de légèreté nécessaire, enfin je souhaiterais souligné l’insondable gravité  d’Agata Buzek, elle aussi au diapason d’un film profondément touchant nourrissant la réflexion intellectuelle mais également le plaisir simple d’un très beau moment de cinéma.

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

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