Réflexions : L’encyclique « Laudato Si » du pape François

Loue_sois_tu_Lettre_encyclique_Laudato_Sii_sur_l_ecologieL’encyclique « Laudato Si » du Saint Père François est une formidable occasion de mettre en lumière la doctrine sociale de l’Eglise catholique sur des sujets aussi fondamentaux que ceux de la dégradation exponentielle de notre environnement et de l’accroissement de la pauvreté dans le monde (le problème des migrants est là pour nous le rappeler jour après jour). La question écologique englobe bien évidemment la nature mais aussi et de façon inextricable la question sociale. Le pape souligne avec force qu’une « vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale (…). » « Loué sois-tu » est un texte fort où le Saint-Père nous rappelle que la justice doit être au cœur du débat pour « écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » Cela semble évident mais combien de nos politiques de gauche comme de droite pourraient défendre cette idée d’un monde où « il n’y a pas de frontières ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler, et pour cela même il n’y a pas non plus de place pour la globalisation de l’indifférence. » Je vous le dis tout de suite, les débats autour du clivage gauche/droite ne m’intéressent pas, seulement je souligne le fait qu’aujourd’hui, à l’heure où des drames humains se jouent un peu partout dans le monde, combien sont-ils ces politiques qui défendent avec sincérité l’essence même de ce qui fait notre humanité ? bien peu. Un pape François qui critique vertement la soumission de la politique à la technologie et à la finance. Ces derniers ne prennent d’ailleurs pas en compte les effets de ce système « sur la dignité humaine et sur l’environnement. » Pire encore, les « pouvoirs économiques continuent de justifier le système mondial actuel où priment une spéculation et une recherche du revenu financier (…). » C’est dit. Un pape François qui poursuit avec un courage indubitable sa contestation du paradigme technocratique avec cette idée essentielle à mon sens que « (…) le marché ne garantit pas en soi le développement humain intégral ni inclusion sociale. » Les inégalités sont criantes et n’ont jamais été aussi prononcées dans aucune autres périodes de l’histoire de l’humanité : « (…) ce sont les pauvres qui souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales. » Quel dommage que cette parole sage et courageuse ne soit pas suffisamment reprise par les médias qui préfèrent se focaliser sur les questions sociétales et les problématiques visant à montrer une Eglise catholique défaillante et coupable. Le catholique que je suis est heurté, meurtri lorsqu’il entend qu’un prêtre est mis à pied en Pologne parce qu’il est homosexuel, ou bien encore lorsque certains sous couvert de défendre la vie (qui peut être contre ?) professe des idées pour un monde où l’avortement n’aurait plus sa place (alors que je considère pour ma part qu’il est un droit inaliénable), lorsque je vois ici et là le mépris pour les parias de notre société. Je souffre de voir mon Eglise souillée par les crimes pédophiles, souillée par ce qui privilégient leurs petits intérêts personnels aux grandes missions essentielles que sont la charité, le partage, la solidarité, l’amour, peu importe notre couleur, notre religion, notre sexualité, ce qui nous unit doit dépasser, transcender ces clivages pour nous amener à penser notre monde global autrement. François parle d’une véritable « dégradation sociale, d’une rupture silencieuse des liens d’intégration et de communion sociale. » Je vous l’ai dit, je suis en désaccord avec le regard porté par l’Eglise sur la question démographique mondiale qui est un problème gravissime dans les pays sous développés où l’on ne parlent pas encore suffisamment des nécessités de la contraception afin d’aider à affranchir ces femmes encore soumises aux diktats de la procréation. La contraception c’est un moyen pour permettre à ces femmes de faire des études, de choisir combien elles auront d’enfants.. « Laudato Si, mi Signore » « Loué1345625569FullImage sois-tu mon Seigneur » chantait avec sa joie coutumière Saint François d’Assise dans ce cantique où ce dernier nous rappelait que notre maison commune la terre est comme une sœur, une mère aussi : « Loué sois-tu, mon Seigneur pour que mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe. » Saint François d’Assise est l’exemple même d’une écologie intégrale. Il s’est intéressé à la création de Dieu mais également aux plus pauvres, aux abandonnés. Il a renoncé à transformer la réalité en pur objet d’usage et de domination. La joie et l’amour universel de Saint François d’Assise me parle beaucoup. François dresse dans cette encyclique un bilan de ce « qui se passe dans notre maison » : la pollution, la culture du déchet, le climat (le réchauffement), la question de l’eau (« (…) l’accès à l’eau potable et sûr est un droit humain primordial, fondamental et universel (…).« ), l’anthropocentrisme moderne, le relativisme, la technique qui ne doit surtout pas être séparée de l’éthique etc.. Les propositions pour atténuer ces maux sont nombreuses : il souhaite ainsi la création d’une véritable autorité politique mondiale, il parle d’une nécessaire solidarité intra-générationnelle, etc. Il prône une écologie intégrale, une écologie de l’homme car « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. » Une écologie intégrale qui est « aussi faite de simples geste quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme.« 

Un texte fort, courageux où le pape François nous rappelle le point de vue de l’Eglise catholique avec ses beautés et ses errements. C’est dense, riche en proposition et cela nous permet de nous dire qu’il est décidément plus qu’urgent d’agir chacun(e) selon nos possibilités !

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