Littérature : « Arrive un vagabond » R. Goolrick – « Une famille anglaise » H. Walsh


9782266252522
L’Histoire : C’est au cours de l’été 1948 que Charlie Beale arriva à Brownsburg. Il était chargé de deux valises – l’une contenait quelques affaires et des couteaux de boucher, l’autre une importante somme d’argent. Charlie y tomba deux fois amoureux. D’abord, il s’éprit de cette ville paisible de Virginie dont les habitants semblaient vivre dignement, dans la crainte supportable d’un Dieu qu’ils avaient toutes les raisons de trouver plutôt bienveillant à leur égard. Une preuve parmi d’autres : il n’y avait encore jamais eu de crime à Brownsburg. La deuxième fois que Charlie tomba amoureux fut le jour où il rencontra Sylvan Glass. Après Féroces et Une femme simple et honnête, Robert Goolrick nous offre, avec Arrive un vagabond, une plongée sensuelle et enivrante au cœur de la passion. Il y dépeint les membres d’une communauté face à une tragédie en marche. Des hommes et des femmes simples, qui se retrouvent partagés entre la terreur de ce qu’il va advenir de leur fils préféré et la fascination devant les événements qui écriront le souvenir de leur passage sur terre dans la poussière des siècles.

Robert Goolrick signe avec « Arrive un vagabond » un roman d’une force singulière sur l’amour et ses démons. Dans cette Amérique ségrégationniste de l’immédiat après guerre, où le poids du regard de la communauté est encore au cœur des relations humaines, l’histoire contée ne peut laisser indifférente. Jamais mièvre, l’auteur insiste sur ce qui peut nous construire ou nous détruire, dans un même élan, avec la pulsion amoureuse qui est toujours ou presque adversaire de la raison. Tragédie grecque où l’amour est placé au dessus de tout, réflexion sous-jacente sur le destin et ses jeux d’ombre et de lumière, quête rédemptrice sans Sauveur, il y a quelque chose de l’ordre de l’universel dans cet ouvrage. Une bien belle réussite. Ma note:5/5.

1347140-gfL’Histoire : Par la nuit la plus froide de 1975, un homme aux cheveux flamboyant court à travers les rues enneigées d’un quartier résidentiel de Warrington. Son nom est Robbie Fitzgerald. Chanteur en quête de gloire, il court pour participer au concert qui devrait changer sa vie et celle de sa famille. Au même moment, dans leur petite maison d’une ville rigide du nord de l’Angleterre, sa femme, Susheela, une infirmière tamoule, l’attend patiemment, sans se douter que la haine dont le voisinage fait preuve à son égard, va bientôt s’immiscer dans sa vie de façon irrémédiable.

Helen Walsh retrace le destin sur deux décennies d’Une famille anglaise métissée, les Fitzgerald. Nous sommes dans les années 70 et 80. C’est un roman âpre d’une beauté formelle fascinante, un véritable cri d’amour au cœur de l’horreur d’un quotidien où le racisme est prégnant, la pauvreté d’existence gâchée par l’alcool et les drogues, marquée par le renoncement et l’échec. Roman social sans aucun doute avec en toile de fond une profonde acuité dans la capacité de rendre ces personnages borderlines fondamentalement attachants et ce jusque dans leurs errements, leurs faux semblants, leurs trahisons, leurs mensonges. Subtilité de destin jamais linéaire où tout semble pourtant déjà écrit. Les mots dépeignent la réalité sordide de ces banlieues ouvrières sans aucune perspective d’avenir autre que celle de rester dans le cadre bien étroit d’une vie en préfabriqué. Malgré tout, subsiste dans ces pages sombres, une lumière qui est une force d’amour transcendante, vibrante, un long cri d’agonie, celui des oubliés, des exclus de nos sociétés contemporaines.

Ma note:5/5.

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