Littérature : « La guerre des jours lointains » de Yoshimura

L’histoire : Seconde guerre mondiale, au sud-ouest du japon, l’officier Takuya Kiyohara est affecté au quartier général des forces armées. Jour et nuit, il coordonne les informations concernant les intrusions d’avions américains, note la violence incessante des bombardements, puis l’ampleur sans précédent de la déflagration de la bombe atomique larguée sur Hiroshima. Vient l’annonce de la défaite, le 15 août 1945, avec la déclaration solennelle de l’empereur exhortant la population exténuée, hébétée, à « supporter l’insupportable. » Ce jour-là, l’état-major donne l’ordre d’abattre dans les plus brefs délais les aviateurs récemment faits prisonniers. Quelques semaines plus tard, le jeune officier Kiyohara apprend qu’il est recherché par les autorités pour crime de guerre. Une longue fuite commence, une errance infinie, au cours de laquelle Takuya tente d’échapper au jugement d’un pays dévasté par l’horreur de la guerre, de se fondre dans l’anonymat de la population civile de son pays occupé, appauvri, anéanti par les destructions massives. Mais ce cheminement vers la rédemption ne sera pas suffisant pour effacer en lui la lumière de l’été dans la clairière où furent décapités ces grands hommes blonds.

Après « Naufrages », j’éprouvais l’envie profonde de replonger dans l’écriture de Yoshimura, qui est selon moi le Faulkner du Japon, ce qui ne constitue pas à mon sens, un mince compliment. « La guerre des jours lointains » nous permets de retrouver cette écriture aride et âpre de l’auteur Japonais. Je ne vous dévoile rien des différentes péripéties propres à l’histoire du livre, je veux seulement vous dire, combien ce roman est passionnant et riche de sens. Takuya a perdu la guerre, et comme tel il est jugé par les vainqueurs d’aujourd’hui et par la population civile d’un pays ravagé par dix années de conflits qui subitement retombent sur les seules épaules des militaires perçus ici et là comme des assassins, des criminels, eux qui autrefois étaient vus comme autant de héros symbole d’un Empire du Japon où le soleil ne se couchait plus… ce livre nous conte cela, le mince filet d’eau séparant le héros du lâche, le sauveur du bourreau, la mince mais ô combien cruciale frontière aussi entre le vainqueur et le vaincu. Nous pénétrons dans l’esprit de cet homme devenu criminel de guerre du seul fait de la défaite de son pays. Rares sont les ouvrages traitant de ce sujet du seul point de vue japonais, alors que nous croulons littéralement sous le poids des livres traitant de la barbarie nazie (cf. le Jonathan Littel « les Bienveillantes » etc.). Absolument captivant et saisissant dans ces descriptions d’un Japon détruit par la formidable machine de guerre américaine, dans sa façon aussi de saisir nos lâchetés, nos compromissions avec ce qui peut apparaître tour à tour comme le bien et le mal.. étant entendu que le bien est le propre du vainqueur et le mal le poids porté par le seul vaincu. J’ai songé aussi à Pär Lagerkvist et son sublime « Le bourreau » qui traitait lui aussi de ces questions du bien et du mal et de leurs inextricables relations. Un livre que je vous recommande chaudement !

Ma note:5/5.

Publicités