Réflexions : « Dialogues des Carmélites » Bernanos – Extraits encycliques Benoît XVI

Carmelites

L’histoire du « Dialogues des Carmélites » s’inspire d’un fait historique, le massacre de seize carmélites de Compiègne guillotinées en 1794 pour avoir dit-on protégé et hébergé des émigrés ou des personnes indésirables. Georges Bernanos choisit d’y ajouter une dix septième carmélites, Blanche de la Force, s’éloignant ainsi du récit d’origine racontant cet épisode tragique « La dernière à l’échafaud » de Gertrud von Le Fort. Bernanos rédige ce scénario cinématographique quelque temps avant sa mort. Ce livre contient de pures moments de grâce tant la réflexion de l’auteur sur la mort, le sens du sacrifice, de la vie, la peur d’affronter ces épreuves, sa propre mort…est puissante et lucide. Accusé de « machination contre la République » les Carmélites furent guillotinées le 17 juillet 1794 sur l’actuelle place de la Nation parce qu’elles refusèrent de renoncer à leurs voeux monastiques. Dans le livre (p.109) le Commissaire du comité révolutionnaire justifie ce crime par ces mots adressés à la mère Marie :  » Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la Liberté. » La réponse de la carmélite est sublime :  » La nôtre est hors de vos atteintes. » Tout au long du parcours qui les menèrent à la guillotine les seize religieuses chantèrent des cantiques, suscitant l’admiration de la foule qui assistait à l’exécution. Les seize carmélites furent béatifiés par le pape Pie X (pape de 1903 à 1914) le 27 mai 1906. J’ai choisi ici de partager

avec vous quelques passages qui m’ont fortement impressionné par leur beauté, ils peuvent vous donner une idée de l’importance de ce texte pour tout chrétien mais aussi pour toute personne souhaitant réfléchir sur des thèmes qui nous concernent toutes et tous : le sens de notre vie, la mort, le sacrifice, la peur et l’angoisse qui nous tenaillent face aux épreuves (la maladie, la perte d’un travail, la non réalisation de projets qui nous tenaient à coeur, la rupture amoureuse, etc.). Je tiens à remercier chaleureusement le Prince Taliesin qui m’a permis de découvrir ce texte de Bernanos.

(p.26) « C’est qu’il n’y a jamais eu qu’un seul matin, Monsieur le Chevalier : celui de Pâques. Mais chaque nuit où l’on entre est celle de la Très Sainte Agonie… »

(p.147) « Ils ont déguisé en esclave et cloué au bois comme un esclave le maître de la Création; la Terre et l’Enfer ensemble n’ont pas su aller au-delà de cette monstrueuse et sacrilège polissonnerie. »

(p.56) « Dieu s’est fait lui-même une ombre (…) »

(p.142) « Au jardin des Oliviers, le Christ n’était plus maître de rien. L’angoisse humaine n’était jamais montée plus haut, elle n’atteindra plus jamais ce niveau. Elle avait tout recouvert en Lui, sauf cette extrême pointe de l’âme où s’est consommée la divine acceptation. » (…) « Les martyrs étaient soutenus par le Christ, mais le Christ n’avait l’aide de personne, car tout secours et toute miséricorde procèdent de Lui. Nul être vivant n’entra dans la mort aussi seul et aussi désarmé. » Le passage du livre qui m’a le plus bouleversé, renvoyant tout chrétien au psaume 22 « Eli Eli, lema sabachtani ? » ou « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? » (selon l’évangile de Marc et de Mathieu). « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela il expira (évangile de Luc).

Benoît XVI parle de cet amour de Dieu pour les hommes dans son encyclique « Deus caritas est » : « Dieu aime tellement l’homme que, en se faisant homme lui-même il le suit jusqu’à la mort ». L’Eucharistie au cours de la dernière cène symbolise ce sacrifice accompli par le Christ pour nous sauver. Dans « Spe salvi » il ajoute que le Christ est « Celui qui marche avec moi sur la voie de la solitude ultime, où personne ne peut m’accompagner, me guidant pour la traverser. » Dans le livre de Bernanos, la prieuré du couvent au moment de mourir

dit ceci de très beau : « J’ai médité sur la mort chaque heure de ma vie, et cela ne me sert maintenant de rient ! (…) » Peut-être est ce là l’état d’esprit de Bernanos, très grand croyant et penseur chrétien au moment d’affronter l’ultime épreuve…?

(p.182) Soeur Blanche de l’Agonie du Christ (nom choisit à son entrée au couvent des carmélites) : « La peur n’offense pas le bon Dieu. Je suis née dans la peur, j’y ai vécu, j’y vis encore, tout le monde méprise la peur, il est donc juste que je vive aussi dans le mépris. »

(p.30) Blanche : « Je ne méprise pas le monde, il est à peine vrai que je le crains, le monde est seulement pour moi comme un élément où je ne saurais vivre. Oui mon père, c’est physiquement que je n’en puis supporter le bruit, l’agitation; les meilleurs compagnies m’y rebutent, il n’est pas jusqu’au mouvement de la rue qui ne m’étourdisse, et lorsque je m’éveille la nuit, j’épie malgré moi, à travers l’épaisseur de nos rideaux et de nos courtines, la rumeur de cette grande ville infatigable, qui ne s’assoupit qu’au petit jour. »

(p.183) « Le malheur (…) n’est pas d’être méprisée, mais seulement de se mépriser soi-même. »

(p.52) Soeur Constance : « J’ai toujours souhaité mourir jeune, c’est un trop grand malheur de devoir donner au bon Dieu une vie à laquelle on ne tient plus que par habitude, une habitude devenue féroce. »

(p.96) Le chevalier : « Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mort, le vrai courage est dans ce risque. »

(p.111) L’aumônier : « Dans les affaires de Dieu, la suprême ressource c’est le sacrifice des âmes consacrées. »

(p.38) « (…) en humilité comme en tout la démesure engendre l’orgueil (…) »

(p.40) « Qui s’aveugle volontairement sur le prochain sous prétexte de charité, ne fait souvent rien d’autre chose que de briser le miroir afin de ne pas se voir dedans. Car l’infirmité de notre nature veut que se soit d’abord en autrui que nous découvrions nos misère. »

Mot de la Prieure à propos de la loi du Carmel « Chacun pour Dieu »…propos terrible s’il en est….

(p.75) « Ce que nous appelons hasard, c’est peut-être la logique de Dieu ? »

Ces mots de Bernanos résonnent tout particulièrement en moi : (p.47) « Ce n’est pas la foi qui rassure, mais l’Amour. » Un Amour divin qui nous unit à Dieu, l’Amour de Dieu et l’Amour du prochain se fondent l’un dans l’autre écrit Benoît XVI dans son enclyclique Deus caritas est. Celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là

est mon prochain. Elle ne doit pas être un moyen de prosélytisme. Benoît XVI reprend pour le titre de son texte la phrase fameuse de Saint Jean :« Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » L’amour est extase, un chemin, le don de soi. La confusion sur le sens du mot « amour » est un problème aujourd’hui, parce que ce mot est utilisé à tords et à travers : on aime la nature, on aime un disque etc.. Il revêt un double sens pour les chrétiens : celui d' »éros », l’amour sensuel et celui « d’agapè » qui est un amour fondé sur la foi. Benoît XVI ose poser cette question : Le christianisme a-t’il détruit l’éros ? (une idée de Nietzsche mais qui sert aussi aujourd’hui à une critique en règle d’un christianisme jugé ennemi de l’amour « véritable » qui ne serait que purement physique). Bien au contraire, pour le chrétien l’union du corps et de l’âme est essentielle, seule leur union permet à « l’éros » de mûrir. Bien loin d’être ennemi de l’Amour, Benoît XVI entend rappeller que l’éros rabaissé simplement au sexe devient une marchandise que l’on achète ou vend aboutissant à un homme devenu marchandise. L’union de l’éros et de l’agapè doit constituer une sorte d’idéal à atteindre, difficile mais pas impossible… Cela ne signifie bien évidemment pas que seuls les chrétiens possèdent la véritable définition de ce qu’est l’amour, cela ne signifie pas non plus que les chrétiens soient meilleurs que les autres croyants d’autres religions, ou que les non-croyants. J’ai voulu donner ici quelques pistes de réflexion, sans prosélytisme mais sans non plus nier ce que je suis au plus profond de moi. Il faut que vous compreniez qu’en ce moment bien précis j’ai besoin de parler de cela, j’ai besoin de cet Amour. Je tiens ici à vous remercier pour vos commentaires qui me vont droit au coeur, votre tolérance !

Je terminerai cette note en utilisant les mots de Saint Paul qui doivent aujourd’hui, en toute humilité, nous guider et nous amener à ne pas sombrer dans le nihilisme ambiant, afin de redonner à cet Amour toute la place qu’il devrait occuper : « J’aurai beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurai beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour cela ne sert à rien. »


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6 réflexions sur “Réflexions : « Dialogues des Carmélites » Bernanos – Extraits encycliques Benoît XVI

      1. Son oeuvre est immense ! « Journal d’un curé de campagne », est un grand moment de littérature, sans parler de « Sous le Soleil de Satan », ou « Nous autres français », et tant d’autres.
        Belle soirée, et bon W.E à vous aussi Frédéric !

        Aimé par 1 personne

        1. Oh que oui, je vous rejoins Gérard. Le « Journal d’un curé de campagne » est absolument sublime. J’ai lu aussi un texte de lui « Les prédestinés » qui m’a touché. Je peine à trouver ici et là des penseurs, intellectuels, écrivains ayant aujourd’hui cette qualité de plume et cette pensée si affutée. 🙂

          Aimé par 1 personne

  1. Un bel article que tu nous as fait là tu sais . Tu me donnes envie de relire Bernanos mais j'ai tant de choses à faire !! Mais je ne désespère pas . Je lisais ton com à Ptit Coeur que je salue . Il y a toujours un moment ou l'on rencontre l'amour et le hasard fait toujours bien les choses alors tu trouveras ta moitié . Bises de Nini Motpassante

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