Sélection livre du Dude : Donner « Un roi sans lendemain »

Un roi sans lendemain

(…) « En se réveillant le lendemain matin à la même place, devant cette Assemblée qui continue de crier, de protester, de réclamer qui la mort, qui l’exil, qui la déchéance, Normandie a ce mot qui est tout lui, un mot qu’il n’a sans doute jamais prononcé, ou peut-être à Versailles le matin du 6 octobre, peut-être à Varennes dans l’auberge de M. Sauce : « Maman, est ce qu’hier n’est pas encore fini ? » C’est bien la question qui se pose à la Révolution : est-ce qu’hier va continuer encore longtemps ? L’enfant qui la pose est à jamais prisonnier d’hier, un roi sans lendemain. » (p.284). J’ai choisi cet extrait parce qu’il donne tout son sens au titre du livre de Christophe Donner « Un roi sans lendemain ». L’histoire est celle d’Henri Norden, un écrivain à qui l’on confie la tâche d’écrire le scénario d’un film consacré au fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI. Henri débute ses recherches, mais très vite une question revient sans cesse, obsédante : Qui a tué l’enfant du Temple ? Henri découvre alors l’histoire d’un homme, d’un « monstre », Jacques-René Hébert, écrivain favori des sans-culottes et directeur du « Père Duchesne », le journal le plus scandaleux et le plus célèbre de la Révolution. Nous avons ici affaire, à mon sens, au meilleur livre de la dernière rentrée littéraire, l’histoire est passionnante, l’écriture limpide, les faits décortiqués et passés à la loupe un à un et l’on se prend à suivre pas à pas l’enquête de cet homme obsédé par ce crime affreux, cet enfanticide, ce second régicide du 8 juin 1795. Les 100 dernières pages de l’ouvrage de Donner sont parmi les meilleures que j’ai lu depuis longtemps. Les deux histoires, celle de la famille royale et celle d’Hébert, sont racontées en parallèle jusqu’au moment où leurs destins se croisent. L’exécution du roi Louis XVI, puis celle de Marie Antoinette vont constituer l’apogée de la vie d’Hébert, un homme nourrit pas la haine, le sentiment de vengeance, mais ils vont signifier aussi le début de sa fin, puisqu’Hébert finira lui-aussi par connaître le sort qu’il a réservé à nombre de ses adversaires. Il sera guillotiné à Paris le 24 mars 1794. La scène des adieux du roi Louis XVI à sa famille est d’une rare beauté, l’émotion nous submerge et l’on se demande alors comment de tels actes ont-ils pu être perpétrés ? Le calvaire de cet enfant, abandonné de tous, est par moment insoutenable, mais les faits sont là, implacables. Un livre érudit certes, mais le principe de l’enquête quasi policière nous permet d’appréhender les différents épisodes de la Révolution sans aucun moment d’ennui. Donner nous livre ici un livre magistral, qui a le mérite de rappeller à ceux qui l’auraient oublié, que notre République s’est fondé sur la violence : « La Révolution, c’est de la violence, et la violence n’a pas d’origine, elle est là de tout temps, rien ne la fabrique, et elle ne produit rien. » (p.53) « L’histoire de Louis XVII est celle d’un crime sacrificiel. (…) Les Français ont tous abandonné cet enfant, c’est ça l’histoire. » (p.40) Cet enfant aura trois existences : duc de Normandie à Versailles, le dauphin aux Tuileries, le roi dans la prison du Temple. Il n’a pas encore huit ans, lorsque les sans-culottes viennent brandir sous ses yeux les mouchoirs tâchés du sang de son père… »Elle regarde son enfant. Contre les rires qu’on entend au dehors, les hurlements, les pierres lancées par ces sauvages, ces lâches, ces Français, contre le Pape, contre tous ceux qui l’ont abandonnée, elle s’incline devant son fils et murmure : Vive le roi de France. Quand elle relève les yeux, Normandie, comme elle l’appelle, n’est plus le dauphin, celui qu’elle regarde est un personnage qu’on n’a pratiquement jamais montré, un roi. » (p.35)

Ma note:*****/5.

-Autre conseil de lecture sur ce thème : CHANDERNAGOR Françoise « La chambre »


Le Dauphin, futur Louis XVII

Portrait anonyme, école française du XVIIIème siècle

Versailles, musée national du château et des Trianons

Le petit chien qu’enserre affectueusement Louis-Charles sur cet attendrissant portrait, typique du sensible XVIIIème siècle qui est alors en pleine découverte des enfants, répond au nom de Moufflet. Ce nom, c’est le frère aîné de Louis-Charles, le Dauphin Louis-Joseph, qui l’a donné à l’animal. Lorsque Louis-Joseph  meurt le 4 juin 1789, Louis-Charles reçoit le petit chien en cadeau. Ce petit chien, souvenir de son frère décédé, fut le compagnon de jeu de Louis-Charles. Au grand désespoir du garçonnet, qui en conçut bien du chagrin et de l’inquiétude, Moufflet dispaut dans le tumulte de la prise des Tuileries le 10 août 1792.

Je vous recommande vivement cet excellent site d’où est extrait ce tableau et ce commentaire du tableau :

http://louisxviiroimartyr.free.fr/ Merci à lui !

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