Les films du Dude : « The Ballad of Jack and Rose » – « Le nouveau monde »

The Ballad of Jack and Rose

La cinéaste Rebecca Miller, fille du dramaturge Arthur Miller, a déjà signé quatre films depuis 1991. « The Ballad of

Jack and Rose » a été sélectionnée en 2005 au festival de Deauville. « The Ballad of Jack and Rose » raconte l’histoire d’une passion indestructible entre un ancien hippie et sa fille de 16 ans avec laquelle il vit seul, depuis la disparition de sa compagne, sur une île perdue au large de la côte Est des Etats-Unis. De la communauté utopique qu’il fonda dans les années 1960, il ne reste plus que ces deux individus enjoués, qui se regardent dans les yeux avec amour, se vouent l’un l’autre une tendre dévotion. Ingénieur en énergies de substitution, Jack a aménagé sa maison en écolo, méfiant à l’égard de tout ce qui pourrait compromettre l’harmonie de son éden. Rose est férue de jardinage ; son père l’a préservée de l’école. Jack a le coeur malade, il sent ses forces décliner, et quand il comprend que Rose est prête à le suivre dans la mort, quand il se rend compte qu’elle a atteint un âge où l’exclusivité de leur relation devient équivoque, il demande à sa maîtresse Kathleen, qui vit un peu plus loin, à portée de canot, et dont Rose ignorait l’existence, de venir s’installer avec eux. Très amoureuse, Kathleen débarque avec ses deux fils, et se heurte à l’hostilité de Rose. Après le conte bucolique, vient le temps des désenchantements. « The Ballad of Jack and Rose » dépeint l’apprentissage d’un deuil inexorable, mais il nous parle également de problèmes sociaux et géographiques. « Pourquoi les gens veulent-ils tout enlaidir ? » dit Rose dans le film. Rebecca Miller s’attaque aussi avec beaucoup de délicatesse au tabou de l’inceste. En pleine émancipation, Rose entame une série de provocations sexuelles pour rendre son père fou de jalousie. La bande-son est excellente, convoquant tour à

tour Bob Dylan, Creedence Clearwater Revival et Leo Kottke. Les acteurs sont tous très bons avec une mention spéciale à Daniel Day-Lewis inoubliable dans ce rôle magnifique écrit par sa femme, mais aussi à la très énigmatique Camilla Belle qui joue le rôle de Rose. Ce film atteint un niveau de sensibilité rare, les images sont belles, la poésie transparaît dans chaque plan. Rebecca Miller réalise un film à la Terrence Malick, démontrant ici une grande maîtrise de son sujet. Ce film, vous l’aurez compris, est un petit ovni, un film indépendant, d’auteur comme il n’en sort que rarement. Un moment de grâce à l’état pure.

Note:**** /5.

Terrence Malick tourne très peu, seulement quatre films en plus de 30 ans (« la balade sauvage » en 1974, « les moissons du ciel » en 1979, « la ligne rouge » en 1999, « le nouveau monde » en 2006), et il a également la particularité de réaliser des films d’une très grande qualité (notamment sur le plan de l’esthétique). Alors bien sûr la sortie du « Nouveau monde » en 2006, 7 ans après « La ligne rouge » était un événement pour tout amateur de cinéma qui se respecte. Son dernier film ne déroge pas à la règle de qualité qu’il s’est fixé depuis toujours. Il signe là une grande oeuvre, émouvante et poétique, magnifiquement filmé. C’est un film au rythme très lent, ce qui peut décontenancer les personnes habitués aux films d’aventure et d’action pures. Malick revisite ici l’histoire de la rencontre entre Pocahontas et l’officier anglais John Smith. La musique est superbe et correspond parfaitement aux images (utilisation récurrente du sublime Piano Concerto No. 23 in A major-KV 488- II Andante de Mozart). A ce titre, la scène d’ouverture du film est mémorable, musique et image s’unissent pour nous donner un grand moment d’émotion. (Wagner, prélude de L’or du Rhin) Je n’avais pas vu un tel accord depuis « In the mood for love ». Les acteurs sont tous au diapason de ce très grand film : Colin Farell, Christian Bale et surtout la très belle et mystérieuse Q’orianka Kilcher (tellement naturelle, à côté d’elle beaucoup d’actrices américaines devraient prendre des leçons). Vous l’aurez compris, le film est à mes yeux une formidable réussite, tout simplement le meilleur film vu en salle de l’année 2006. Malheureusement, malgré des critiques dithyrambiques le film n’a fait que 583199 entrées en salle, ce qui constitue tout de même un joli score pour un film d’auteur. Un conseil, pour tous ceux qui ont manqué le film en salle et qui l’ont regretté par la suite, procurez vous le dvd et faites vous votre avis sur cet ovnis cinématographique. Je le conseille à tous les amateurs de films poétiques, d’images sublimes, n’ayant pas peur d’un rythme lent (de ce point de vue, le « Nouveau monde » se rapproche du très beau film de Peter Weir « Master and Commander »). A l’inverse, amateur d’action effrénée à la Michael Bay ou Taxi…passez votre chemin.


Note: *****/5.

-« aVoir-aLire.com »: Une fresque magistralement mise en scène, d’une beauté visuelle stupéfiante.

-« Chronic’art.com »: Qu’on accepte ou non d’entrer dans la danse, impossible de nier que se joue là une forme de permanence et d’absolu du cinéma que seuls quelques maîtres ont pu approcher.

-« Les Inrockuptibles »: Reprenant le mythe de Pocahontas des mains de Disney, le cinéaste filme la naissance de l’Amérique, mais aussi la montée spirituelle d’une jeune Indienne déracinée. Sublime.

-« Brazil »: Il est bon de voir un auteur remettre les pendules à l’heure sur ce qu’est un cinéma ambitieux, intelligent, émouvant, exigeant, et sans rien sacrifier aux notions d’accessibilité et de divertissement.

– « Première »: La fresque est si intense et subtile qu’elle dynamite les a priori moraux, les croyances pseudo-philosophiques, les certitudes cinéphiles.

 

Le nouveau monde-2

 

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