
Ma chronique : On ne présente plus l’auteur Sorj Chalandon qui nous revient en cette rentrée littéraire avec « L’enragé« , un roman aux résonnances multiples qui nous interroge sur notre rapport à la transgression. Que ferions-nous face à une loi inique ? Ou quand l’arbitraire prend le pas sur la « justice » et devient « l’injustice. » Il est question de révolte, de fougue révolutionnaire avec ce jeune garçon qui réussit à s’évader (avec cinquante-six de ses petits camarades d’infortunes) du Centre d’éducation surveillée de Belle-Île-en-Mer en août 1934. Ce qui est pudiquement qualifié « d’éducation » par les institutions républicaines d’alors est en réalité un bagne où les sévices sont quotidiens. Ils sont d’ordre sexuels, verbaux, maltraitance acceptée du moment qu’elle est dissimulée aux yeux des îliens. On préfère ne pas trop savoir, alors forcément on mène les recherches et très vite les enfants et adolescents sont retrouvés et renvoyés dans leur prison. Seulement, il manque un adolescent à l’appel, il est arrivé en 1927, orphelin malheureux et violenté par son grand père. Accusé du vol de trois pauvres œufs il est conduit sur cette île cernée par l’océan. Le roman nous raconte dans sa première partie le quotidien et les brimades, les humiliations. La colère sourde de celui que l’on surnomme « la teigne. » Un enfant qui s’endurcit pour tenir et ne pas céder aux mal-être bien présent chez-lui. Il va rencontrer dans sa fuite un couple de militants de gauche socialiste ou communiste. L’un est marin pêcheur tandis que son épouse est infirmière. Pour eux le combat, la lutte est une seconde nature. Entouré de cet amour qu’il entrevoit pour la première fois, le jeune garçon se trouble. Il faut dire que le contexte politique est particulier. En février 1934, le 6, les différents mouvements d’extrême droite manifestent à Paris. S’ensuivent des violences entre force de l’ordre et manifestants. A Belle-Île-en-Mer, on est loin de tout cela mais l’arrivée d’un membre des Croix-de-feu du colonel de la Rocque va semer le trouble et menacer le fragile équilibre de l’adolescent. Sorj Chalandon dépeint avec minutie la vie des pêcheurs bretons tout en décrivant le contexte politique dans lequel se déroule cette histoire très bien écrite. Il y a une puissance d’évocation et un souffle certain c’est une évidence. J’ai trouvé ce roman passionnant dans ce qu’il nous dit du besoin de lutter pour préserver les libertés chèrement acquises et non éternelles. C’est, à mon sens, un des romans à lire en cette rentrée littéraire 2023.
Mon avis :


🩵
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Très tentant merci Fred ! 😘
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Tellement d’accord. Et puisque nous partageons ce goût pour l’histoire, j’attends avec impatience le nouveau Cours de l’histoire aujourd’hui sur France Culture : La colonie pénitentiaire de Belle-île ! A écouter pour en apprendre plus mais aussi, certainement, pour appréhender le talent romanesque de Sorj Chalandon !
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Très belle chronique…
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Merci Fred pour ce très beau billet, ça donne envie et ça intrigue aussi !
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Celui-ci, je suis sûre, je ne le lirai pas (un de moins dans cette rentrée) : je n’aime pas le style journalistique de l’auteur.
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Le style n’est pas son point fort c’est vrai. Le sujet m’a plu surtout dans sa seconde partie.
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Merci à toi Geneviève, bises bretonnes !
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Merci beaucoup Nath !
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oh il faut que j’aille écouter cela sur France culture. Merci beaucoup pour l’info Matatoune ! L’histoire de Sorj Chalandon est belle. J’aimé la reconstitution de la vie à Belle-Ile à cette période.
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Merci Cat, bises bretonnes !
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Justement j’en revient de Bretagne. 4 superbes semaines qui ont passées trop vite ! ☺😚
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