L’Histoire : Connemara c’est l’histoire d’un retour au pays, d’une liaison, d’une tentative à deux dans une France qui bascule. C’est surtout le récit des comptes qu’on règle avec ses illusions et sa jeunesse, le récit d’une autre chance et d’un amour qui se cherche par-delà les distances dans un pays qui chante Sardou et va voter contre soi.

Mon Avis :

Note : 5 sur 5.

Quatre ans après avoir obtenu le prestigieux prix Goncourt avec « Leurs enfants après eux« , Nicolas Mathieu nous reviens avec un troisième roman « Connemara » au titre éponyme inspiré directement de l’hymne de Michel Sardou. Nicolas Mathieu n’a pas son pareil pour dépeindre une situation sociale difficile, celle des laisser pour compte, des gens de peu, des oubliés de nos sociétés. Ici aussi l’auteur reprend son ouvrage là où il l’avait laissé pour son précédent roman. Ici aussi le désenchantement est crépusculaire, les pavillons des petites villes sont gris, les habitants usés par les plans sociaux, l’oubli, le temps qui passe, trop occupé à oublier leurs soucis dans les bars, les petits resto d’antan. Une petite ville de l’Est de la France figée, comme si le temps s’était arrêté. Nous allons suivre tour à tour Christophe et Hélène, nés tous les deux dans un milieux ouvrier où l’on est habitué à prendre des coups, à serrer les dents face à l’injustice de leurs conditions. On parle peu, les attitudes et les regards se suffisent. Hélène n’a depuis l’adolescence qu’une seule envie : s’extraire de cet endroit, fuir cette ville et tous ces gens. Une sorte de honte la ronge, elle souhaite faire de belles études pour avoir un cadre de vie agréable, un salaire conséquent, une belle maison, des enfants, un mari. Ce rêve est accessible, l’ambition ne l’effraie pas bien au contraire. Hélène réussi et elle vit à présent dans la plénitude de ses quarante ans. Mais rien n’est simple, cadre supérieure, elle gagne très bien sa vie. Mais pourtant, il lui manque l’essentiel : l’amour. Son mari et elle ne se voit presque jamais, la fatigue des enfants, le boulot qui épuise et créé des tensions. Hélène se cherche. Lorsqu’un jour, par hasard, elle aperçoit Christophe, toute son adolescence refait surface. La vie passe si vite et Christophe ne s’en rend pas toujours compte, lui qui n’a jamais voulu quitter sa ville, lui le père divorcé avec un enfant qu’il voit de moins en moins du fait d’une séparation qui se passe mal. Christophe voit ses potes, il boit des bières, sniffe un peu de temps à autre pour oublier. La tristesse est là, lancinante et elle le broie. Il vit chez son père. A quarante ans, il souhaite reprendre le hockey sur glace dans son club, celui qui l’a vu grandir, lui qui était la star locale de ce sport, celui qui faisait tourner la tête aux jeunes filles. Christophe profite, il est au pinacle mais la volonté va lui manquer, où peut-être ce brin de chance qui fait basculer sa vie d’un côté ou de l’autre. Ce virage, Christophe l’a manqué. C’est un roman sur l’abandon, celui des rêves et des lendemains qui déchantent, sur l’irruption de l’amour entre deux êtres si différents, si éloignés et pourtant si proche. Il y a comme une contradiction lorsque l’on y pense. Nicolas Mathieu en romancier talentueux qu’il est, nous plonge dans les tumultes de la vie, le poids des choix, le renoncement ou à l’inverse la réussite mais tout cela n’est qu’une façade, à l’intérieur d’eux mêmes, les personnages de cette histoire sont troublant car ils nous invitent à l’introspection car nous pouvons tous, selon les aléas de la vie, être davantage Christophe ou bien au contraire Hélène. Ce roman est formidable pour toutes les raisons explicitées plus haut. Nicolas Mathieu s’inscrit comme l’un des auteurs majeurs et il confirme, s’il en était besoin, tout son talent.