Ma chronique :

Comme il est réjouissant de retrouver le scénariste Xavier Dorison aux manettes de « Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc ». Le travail de Dorison, je l’ai découvert avec « 1629 », une grande fresque historique sur le naufrage d’un navire au XVIIe : le Jakarta. J’ai retrouvé la même qualité d’un scénario écrit au cordeau, une histoire palpitante et passionnante même si l’on en connaît l’issue tragique. Nous sommes en 1431, à Rouen. Jeanne a été arrêtée, capturée dans la forêt de Compiègne en 1430. Pendant des mois, elle endure et subit les mauvais traitements de ses geôliers. Nous sommes en pleine guerre de Cent Ans. Charles VII est couronné roi de France à Reims en 1429 grâce à Jeanne d’Arc qui, la même année, a repris la ville d’Orléans qui était aux mains des Anglais. La guerre civile entre Armagnacs, soutiens du roi de France, et Bourguignons, soutiens des Anglais, fait rage. Le pays traverse l’une des pires crises de son histoire. L’originalité du scénario réside dans le fait que nous allons suivre le procès de Jeanne d’Arc à travers le regard de l’infâme Pierre Cauchon. Il est évêque et un collaborateur zélé des Anglais. C’est à lui qu’incombe la charge de juger Jeanne et de démontrer sa duplicité, sa sorcellerie. Nous le savons tous, le fait qu’elle soit une femme a pesé durant tout son procès, où on lui a reproché notamment ses vêtements d’homme. C’était pourtant pour Jeanne une protection contre les viols si courants durant les guerres. Pierre Cauchon est un ambitieux. Pourtant, au fil du procès, son regard non officiel va changer. Abandonnée par son propre camp, Jeanne n’a plus que sa ferveur, son indéniable courage et une foi ardente. Pourtant, elle ne semble plus entendre ses voix qui l’ont guidée jusqu’alors. Pierre Cauchon est l’archétype du Judas, mais Dorison donne à voir une image moins caricaturale et plus complexe du personnage. Il ne le réhabilite pas, car je ne pense pas que cela soit possible, mais il nous donne à réfléchir sur la duplicité de certains, pourtant hommes d’Église, et sur le poids du doute qui surgit chez d’autres. Mais les Anglais veulent la mort de Jeanne qui sera brûlée vive le 30 mai 1431, à seulement dix-neuf ans. On est fasciné par la force de caractère et le courage admirable de Jeanne d’Arc, qui fait preuve d’une dévotion presque fanatique. Mais la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Le scénario de Dorison nous immerge dans cette époque plus que troublée. J’ai trouvé les illustrations de Joël Parnotte très réussies. Le choix des couleurs également. Les visages sont expressifs et les décors, soignés. C’est une période de l’histoire de France complexe et passionnante. Le dossier historique de David Glomot (agrégé, docteur en histoire médiévale) nous montre comment l’historien a travaillé pour rendre crédibles et « vrais » les personnages de Pierre Cauchon et Jeanne d’Arc, tout en n’oubliant pas que cette BD est une fiction qui se veut grand public. Le pari est gagnant, car c’est une BD historique de grande qualité. L’objet est soigné dans une belle édition. Vraiment, je vous recommande cette BD, « Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc », publiée chez Dargaud.

Date de publication : 24 avril 2026 ; Éditeur : Dargaud ; Nombre de pages 176 p.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.