
Je remercie chaleureusement les éditions Eyrolles ainsi que Babelio pour cette lecture enrichissante !
Ma chronique :
Il est des personnages historiques comme contraints à l’oubli, à l’image de ce qui se pratiquait avec les tyrans de la Rome antique : la damnatio memoriae, l’effacement total des mémoires. Thérésia était tout sauf tyrannique, mais le récit de sa vie interpelle le lecteur. Née en 1773 à Madrid dans une famille très riche, dont le père est non-croyant et proche des idées des Lumières, elle a pourtant droit à une éducation très stricte dans un couvent. Le père rêve d’étendre ses réseaux en France ; c’est donc très logiquement qu’il cherche à la marier. C’est chose faite alors que cette enfant n’a que quatorze ans. Un mari qu’elle n’aime pas et qui a l’outrecuidance de la tromper sans vergogne. Il ne l’aime pas et elle est dégoûtée par cet individu, certes riche, mais laid, sentant mauvais, et j’en passe. Thérésia obtiendra le divorce. Elle connaîtra deux divorces et aura six enfants. Sa vie est à l’image de ce qui se passait dans les familles aisées où les filles étaient priées de se taire et d’obéir afin d’être mariées à un bon parti. Thérésia avait un atout : elle était magnifique et elle suscitait les élans des hommes. L’épouse délaissée est perçue comme une croqueuse d’hommes. Mais c’est aussi une femme intelligente à sa façon, qui tiendra un salon comme on le faisait au XVIIIe siècle, depuis l’époque des Lumières. Elle est très intéressée par la politique et suit les tourments de la Révolution française aux côtés de son époux Tallien. C’était un homme brillant, mais Thérésia n’était pas en reste en devenant une figure de cette période révolutionnaire. Robespierre, l’Incorruptible, avait tout tenté pour la faire guillotiner. Elle fut emprisonnée dans des conditions terribles, mais la chute du tyran lui sauve la vie. Une vie éminemment romanesque. Napoléon lui-même tombera sous le charme de la belle Thérésia, signe de son influence, et au grand dam de Joséphine, qui était autrefois sa grande amie. Son salon réunit alors le tout-Paris intellectuel. On traverse ainsi les tourments révolutionnaires, notamment la Terreur, jusqu’à sa mort en 1835. C’était une femme libre et cela dérangeait une société foncièrement patriarcale. J’ai trouvé « Thérésia, l’oubliée de la Révolution », de Manon Tallien de Cabarrus, absolument passionnant. L’autrice n’est pas historienne, mais elle s’en sort plutôt bien en nous immergeant dans ce bain souvent nauséabond d’hommes d’État sans scrupules. Le style d’écriture n’est pas transcendant car trop journalistique ; il y a aussi quelques redites, mais dans l’ensemble, l’on passe un bon moment. Ce qui est fascinant, c’est de constater à quel point cette femme fut oubliée alors qu’elle a eu un rôle important durant la Révolution. C’est une mise en abîme étonnante sur le pourquoi de cette disparition des livres d’histoire. Sans doute la juge-t-on trop frivole, elle que l’on surnommait la « nouvelle Marie-Antoinette » pour ses dépenses jugées dispendieuses. L’autrice est une descendante directe de Thérésia et de Tallien, comme son nom l’indique, « Tallien de Cabarrus ». C’est donc une quête sur ses origines, cette ancêtre qui la fait s’interroger sur ses racines familiales. C’est une dimension du livre qui est très intéressante. Au final, malgré ces quelques réserves exprimées, j’ai passé un bon moment de lecture sur une figure historique que je ne connaissais pas.
Date de publication : 27 août 2026 ; Éditeur : Eyrolles ; Nombre de pages : 281 p.
Mon avis :


Merci Frédéric pour ta très intéressante chronique!
je te souhaite une belle journée!
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