Ma chronique :

Écrite entre octobre et novembre 1876, « La douce », est un roman de Dostoïevski qui reprend toutes les obsessions de l’immense écrivain russe. Ce court roman de moins de cent pages nous plonge dans l’histoire tragique d’une jeune fille de 16 ans qui épouse un homme bien plus âgé qu’elle, puisqu’il a 41 ans. Ce dernier est taciturne, sinistre tant sa vie est d’un ennui abyssal. Il est prêteur sur gages et tout tourne autour de cela. Il souhaite tout contrôler. Cette jeune fille, ne peut sortir sans être accompagné par lui-même. Le narrateur est cet homme. La dépression qui éteint cette pauvre compagne, les rires qui ne sont jamais présents, le sinistre d’une vie ne convenant pas à un être aussi jeune. Dostoïevski décrit avec maestria la descente aux enfers de ce couple sans amour. Il est question de souffrance psychique, de malaise, de l’égoïsme du narrateur qui la traite comme une éternelle mineure sans qu’elle ait son mot à dire. Un personnage torturé et mis en porte-à-faux face à ces contradictions. Un homme qui ne se rend compte de sa chance d’avoir une telle épouse, qu’une fois que cette dernière est morte. Un récit poignant, intemporel sur le mal-être conduisant au suicide. Il est face à cette table où repose le corps de son épouse encore adolescente. Son esprit divague, proche de la folie. Il cherche tout d’abord à se dédouaner avant de sombrer dans la culpabilité et le remord. L’écriture de Dostoïevski n’a pas son pareil pour décortiquer et exprimer la teneur du mal-être, le mal qui habite les êtres et la douleur, la souffrance des êtres plus sensibles et fragiles. Le narrateur est un ancien officier de l’armée du tsar. Il a été exclu alors que des soupçons d’adultère concernant son épouse et un colonel commencent à s’ébruiter. Il refuse un duel au pistolet avec cet homme. Ce renoncement sali son nom par l’opprobre et la lâcheté. Exclus de son régiment, il le vit comme un véritable affront. « La douce » fait partie de ces textes intemporels. C’est un livre magnifique, profondément touchant et émouvant. Si le narrateur agace, sa compagne, elle suscite l’empathie. La traduction d’André Markowicz est très juste et modernise sans tricher et trahir l’essence du texte de Dostoïevski. Je poursuis mon cycle Dostoïevski avec d’autres chroniques à venir. Je vous recommande vivement « La douce » chez Actes Sud dans la collection Babel.

Date de publication : 17 septembre 2025 ; Éditeur : Babel ; Nombre de pages : 144 p.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.
Portrait de Fedor Dostoievski. Peinture de Vasili (Vassili) Perov (1833-1882), 1872. Huile sur toile. Moscou, Galerie Tretiakov ©FineArtImages/Leemage