Ma chronique :

Au sein de mon panthéon personnel littéraire, Dostoïevski trône au pinacle. Un texte comme celui des « Nuits blanches » est, à mon sens, un chef d’oeuvre absolu. Il y en a tant d’autres parmi ses romans et pas toujours les plus connus. Paru dans la collection Babel chez Actes sud, le court texte intitulé « Le Rêve d’un homme ridicule » qui fait à peine soixante pages, je ne l’avais encore jamais lu. Lorsque j’ai vu cette nouvelle parution avec une couverture inspirée de l’art folklorique russe, j’ai décidé de me la procurer. Le récit nous place dans la tête du narrateur, un homme qui débute par un tonitruant « Je suis un homme ridicule (…). » En effet, cet homme n’en peut plus de vivre sous les quolibets de ses collègues. Il éprouve une forme de lassitude, une dépression mélancolique très certainement qui lui fait envisager le suicide comme une solution pour mettre fin à ses souffrances. Il se procure une arme, un pistolet, qu’il conserve dans son appartement vétuste. Il pense se suicider le soir même lorsque surgit une petite fille qui l’appelle à l’aide, car sa maman est très malade, mourante ou peut-être même déjà morte. Mais notre narrateur la chasse et refuse de l’aider. Il est trop perdu dans ses propres vicissitudes qui tendent vers l’égoïsme et l’apathie face aux malheurs du monde l’entourant. Dans son appartement, il sort son arme et la pose sur la commode. L’heure fatidique est arrivée. Mais il plonge alors dans un profond sommeil qui lui fait découvrir un monde parfait où l’amour, les rapports cordiaux, le respect et l’humanisme ont toutes leur place. Ce monde onirique va le bouleverser et à son réveil, il en sortira changé. « Le Rêve d’un homme ridicule » est paru en avril 1877 et c’est un récit fantastique brillant, qui suscite la réflexion. Un Dostoïevski mystique, comme souvent dans ses romans. Quel sens donner à la vie ? Peut-on vivre en totale autarcie psychique ? Avons-nous besoin des autres ? Le suicide, est-il l’ultime frontière du nihilisme dont ce texte est imprégné ? Dostoïevski était un auteur hanté, pauvre toute sa vie car couvert de dettes notamment au jeu. Son talent dans la littérature russe, avec ne l’oublions pas Tolstoï, est immense. La traduction du russe par André Markowicz est des plus réussies. Au final, on obtient un texte fort, même s’il est extrêmement court, qui soulève des questions. Une réflexion sur la Russie tsariste, une société rude où la place laissée pour la liberté des individus est quasi inexistante. C’est une belle édition, vraiment, je recommande.

Date de publication : 5 novembre 2025 ; Éditeur : Babel ; Nombre de pages : 64 p.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.