
Après une longue absence sur le blog, je reviens parmi vous pour une chronique consacrée à Xavier Dolan, immense réalisateur canadien, de seulement 34 ans, à la tête d’une filmographie à faire pâlir le tout Hollywood avec, entre autres, les sublimes « J’ai tué ma mère« , « Mommy« , « Laurence Anyways » et un celui dont le titre s’accorde le plus à l’humeur de Dolan : « Juste la fin du monde. » Je ne pensais pas avoir à consacrer à cet artiste si attachant, fougueux, génial, un article de cette teneur. A ma stupéfaction, j’ai appris par l’interview « Del Pais » que Xavier Dolan renonçait à son art majeur, le cinéma, l’écriture, la réalisation, tout ce qui fait son génie je le répète mais c’est un fait intangible pour moi. Un choix radical dû à une lassitude, un épuisement, un effondrement (un peu à l’image d’un Stromae), avec pour explication des mots violents : « L’art ne sert à rien (…) se consacrer au cinéma est une perte de temps. » Sujet philosophique s’il en est qui est aussi révélateur d’une génération un peu plus jeune que la mienne, voir bien plus jeune, qui cède à mon sens un peu trop facilement à l’égoïsme d’un « après moi le déluge. » Comment peut-on, avec tout le talent que Xavier Dolan a, conclure à l’inefficacité de l’art comme révélateur des consciences ? Je reprendrais mot pour mot ceux de l’immense Francis Ford Coppola : « Le cinéma, art collectif, demande des chefs qui mènent leurs troupes et les inspirent, comme des généraux au combat.« Coppola a connu un monde non moins sujet aux angoisses existentielles, aux crises, aux guerres, aux morts, à la tragédie des vies et des destins brisées de la guerre de Corée au Vietnam en passant par les mutations de la société américaine sur la question du racisme instituée comme modèle. Il a fallut se battre, manifester, crier, enfoncer les idées préconçues, débattre, faire grève etc. Le monde d’aujourd’hui est-il si sombre ? Je ne le pense pas. L’histoire est gangrénée d’événements anxiogènes, de basculements dans le vides, de révolutions avec ou sans lendemain, de tourbillons à la vie à la mort, des transitions, des accélérations du temps et puis des périodes semblant figées pour l’éternité. La crise climatique, le chômage, la maladie, la guerre, vous préférez sans doute le monde d’avant… sauf que cette période dorée n’a jamais existé que dans nos rêves les plus fous. Interrogez vos arrières grands parents, vos grands parents, consultez les archives pour reconstituer vos arbres généalogiques et vous verrez que vos ancêtres étaient loin de vivre dans un monde meilleur. Bien souvent il était bien pire que le nôtre sur tous les plans. Nous vivons quoiqu’on en dise dans un occident démocratique où chacun(e) peux s’exprimer. Mais à l’heure où, je ne l’ignore pas, des violences en France prennent pour cible des écoles, des médiathèques, incarnant le savoir et l’art comme « moyens et vecteurs d’émancipations » pour privilégier aux coups les mots, les échanges, les débats démocratiques, je ne mésestime pas la tâche à entreprendre. Il faudra des décennies sans doute. C’est justement pour cela que l’on a besoin d’un cinéma qui dénonce, qui ose quitte à susciter la polémique car elle peut faire avancer les choses. Je ne suis pas en train de vous écrire que tout est parfait, mais j’ai confiance en l’avenir, il le faut, à l’image des affres du temps et de l’histoire de l’humanité, nous surmonterons les écueils vague après vague, on atteindra la crête de celle-ci et puis on tombera dans un puit sans fond avant d’entamer une énième ascension avant de retomber encore et encore. La vie, la mort, la vie la mort, sans fin. La vie est un combat de chaque instant. Abandonner la lutte quand on a autant de talent à partager est vraiment dommageable. Dans une classe d’un collège où d’un lycée, il peut y avoir des jeunes qui grâce à des réalisateurs comme Xavier Dolan peuvent envisager le monde pas seulement sous le spectre de la menace car c’est de cela dont il est question en filigrane dans les luttes auxquelles nous assistons. Chacun se barricade dans son quartier, l’art qui est attaqué et ciblée très concrètement dans les attaques de caïds régnant sur une poignée de séides, l’est justement parce qu’il a cette dimension émancipatrice et dérangeante. Plus que jamais, on a besoin de réalisateurs, comme Dolan, après tout, Coppola tourne en ce moment, à 84 ans, le périlleux et non moins ambitieux « Megalopolis« , tandis qu’Eastwood à 93 ans en fait de même… L’éternité.


Merci Fred , j’aime particulièrement ton message sous-jacent. Effectivement, chaque génération se plaint de quelque chose reconnue ou pas. Sommes-nous des insatisfaits.es?
Il y a 36 ans, mon père (professeur de français) me disait que le niveau scolaire avait énormément baissé !!!
Le cinéma est un moyen, parmi d’autres, pour exprimer un message et il est dommage de baisser les bras si tôt 🤨. Mais finalement, combien de jeunes et de moins jeunes se dirigent vers d’autres voies en pensant trouver l’Eldorado !
Pourquoi,? voilà qui demande un article 😊
Je t’embrasse.
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Il a tort de renoncer. Mais il peut et il doit changer d’avis…
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Ce serait dommage, il a beaucoup de talent..
Merci Fred, continue ton blog car tu écris merveilleusement.
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Bon retour 🤩
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Tu me ferais presque aimer Xavier Dolan !
J’adore ton texte. Je trouve qu’il exprime avec pertinence et intensité l’état d’esprit actuel, entre nostalgie trompeuse et résignation accablée. Il faut se lever contre cette tendance. Il faut, comme tu l’écris, aller de l’avant. Et les film sont bien là pour nous pousser, pour nous éclairer le monde vers d’autres avenirs. Non, ce n’est pas juste la fin du monde. A chaque instant, c’est le début d’un lendemain possible.
Bravo pour ton texte Frédéric, je te souhaite un excellent week end.
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Qu’il renonce au cinéma, cette décision lui appartient ! Néanmoins, on ne peut que, comme toi, le regretter, surtout en cette période particulièrement sensible où le cinéma n’a pas retrouvé son audience d’avant la pandémie et où les salles indépendantes sont dans des difficultés économiques sévères. D’ailleurs, il n’y a pas que le cinéma, le théâtre, et toute la scène vivante sont aussi impactés. Non, ce n’est pas cela qui m’a fait bondir! C’est le « l’art ne sert à rien » ! Et, là je me suis vraiment dit que c’était une réaction de petit bourge ( dsolee) , privilégié qui pouvait rejeter la main qui l’avait nourri ! Et, surtout, ça donne raison à tous les libéraux qui envahissent notre univers et qui nous ont répété que l’art n’était pas de première nécessité. Alors qu’il est essentiel pour supporter le monde, le comprendre et savoir l’analyser pour mieux pouvoir en combattre toutes les aspérités néfastes ! Maintenant, je préfère la réaction d’un Stromae qui ose parler de dépression et non, celle de Dolan, pleine de dédain et d’arrogance.
Ravie de te revoir ici! Très bel été !
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Oui totalement, une réaction puérile d’enfant « gâté pourri. » Stromae a ce courage c’est vrai, de dire « stop » pour des raisons de santé, sans fausse excuse. Chez Dolan, il y a ce petit côté Christine and the Queens avec son « vous ne m’aimez pas » alors « allez vous… » Vraiment, j’ai beaucoup de mal avec ce type de réaction. Le succès ou l’insuccès ne sont pas la seule manière de concevoir un élan créatif. Combien de poètes, d’écrivains, de cinéastes n’ont jamais connu qu’un succès posthume. Ils ont poursuivis leur élan créatif coûte que coûte sans se soucier du reste. Merci beaucoup Matatoune, moi aussi ça me fais plaisir tu sais, bel été à toi également ! 😊
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C’est gentil merci beaucoup ! Xavier Dolan a une façon très arrogante d’affirmer, à seulement 34 ans, que « l’art ne sert à rien. » C’est tellement puéril. Ce garçon me semble posséder un petit côté Christine and The Queens, tous les deux sont uniquement centrés sur leurs petits nombrils d’artistes incompris 😉 On se forge par l’adversité. Vraiment je ne comprends pas ce pessimisme ambiant avec par exemple Marion Cotillard qui s’exprime sur un supposé manque de liberté en France. Un échec au box office ou sur une plateforme de streaming, peu importe au fond, l’acte de création se suffit à lui-même. Le partage créatif, même auprès d’un tout petit public, c’est déjà magnifique. Arrêter sa carrière de cinéaste à 34 ans… c’est terrifiant. Quand on voit Eastwood, le bougre est en pleine forme même si son dernier film est un ton en dessous, il continue ! Je te souhaite un excellent weekend également. La Bretagne est à l’honneur, je n’ai jamais vu autant de monde sur les côtes 😊
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Merci beaucoup Julie ! Belle vacance à toi 😊
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Merci beaucoup c’est très gentille ! Je t’embrasse fort 😘😍
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Je te rejoins Christine, à 34 ans seulement, faire une croix sur une carrière de réalisateur est insensé 🙂
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Coucou Cat, je le pense aussi, à chaque génération son eldorado, son petit coin de paradis conjugué au passé où l’on pense avec délice à ce qui n’est plu. Aux nouvelles générations le soin de bâtir un monde meilleur, utopiste sans doute mais je crois fondamentalement en l’avenir. L’humanité s’est toujours relevé, la grande peste au XIVème siècle à décimé 40% de la population européenne. Ils ont dû faire œuvre de résilience, à nos jeunes de croire ne l’avenir, de bâtir..
Dolan fait preuve de suffisance, comment conclure à 34 ans à l’inefficacité de promouvoir un art tel que le cinéma, c’est juste impensable. Bises bretonnes pour le Sud ma chère Cat, @très vite 😊
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🥰🙏
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Quel beau plaidoyer ! D’autant que je suis d’accord avec toi. Le monde a besoin de l’Art et des artistes. Or, nous le savons, les artistes sont particulièrement sensibles. Il suffit de critiques injustifiées, d’obstacles incessants et le découragement peut vite arriver. Mais, pour les réels artistes, et certainement Xavier Dolan en fait partie, l’art est un besoin vital comme respirer. Si c’est son cas, alors il y reviendra.
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Voilà un article très touchant, très optimiste, et résolument réfléchi, comme toujours ! Je peux comprendre cette lassitude, la masse en général est parfois si exigeante, si prompte à la critique ! Mais effectivement, s’il y en a ne fût-ce qu’un dans cette masse qui est touché au cœur et à l’âme par l’art, alors ça vaut la peine de continuer….
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Je n’ai pas lu l’interview elle-même mais un article qui en parlait et qui soulignait le fait que Xavier Dolan (comme beaucoup d’autres) a financé certains de ses projets sur ses fonds personnels et que, non seulement ils ne lui ont rien rapporté, mais qu’en plus il a perdu de l’argent. Je n’ai aucune idée de l’état de ses finances, mais j’imagine bien que se décarcasser à trouver des partenaires tout en s’endettant lourdement pour l’amour de l’art, ça va un moment… « L’art ne sert à rien » est peut-être une façon d’exprimer son amertume face au fait qu’on peut être encensé par la critique et le public tout en continuant à se débattre pour maintenir la tête hors de l’eau. « Se consacrer au cinéma est une perte de temps » parce que ce n’est pas ça qui va financer sa retraite.
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Merci Frédéric pour ce message que tu as voulu transmettre aux réalisateurs de talents qui abandonnent tout soudainement… Pourtant il est vrai qu’avant c’était beaucoup plus dur de réaliser nos rêves… Aujourd’hui on a la technologie moderne, le domaine de la santé qui ne fait que progresser pour que l’on reste longtemps en vie… Des tas de choses pour améliorer notre société… C’est facile de jeter l’éponge et de tout abandonner comme ça… Il est préférable de continuer d’avancer malgré les grandes difficultés de la vie… C’est ça la vie… Et je dirai que ce sont les échecs qui nous font grandir et encore plus évoluer…
Merci encore pour ce message…
Gros bisous à toi mon cher Frédéric 🙂🙂☀️
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Tu as totalement raison, on sort grandit des échecs et des épreuves de la vie. C’est parfois difficile mais il faut s’accrocher, la vie vaut le coup. Je regrette le manque d’allant de la nouvelle génération, ils subissent plus qu’ils ne se préparent à construire l’avenir, c’est vraiment dommage. Rien n’est figé, il faut lutter comme l’on fait nos aïeux, ni plus, ni moins. Je t’envoies de gros bisous chère Cécile, avec toute mon amitié ! 🎉✨😊😘
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C’est une possibilité en effet. J’ignorais cet aspect des choses, je te remercie Sophie pour cet éclaircissement. Il a tellement de talent. J’espère qu’il va revenir sur sa décision, il est si jeune ! Bon weekend Sophie 😊
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Merci beaucoup Nath, c’est très gentille ! 😊🎉✨
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Nous partageons la même sensibilité à l’égard de l’art, c’est chouette et je t’en remercie chaleureusement ! Passe un bon weekend !😊
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Je te souhaite un très bon week-end cher Frédéric… Et je suis contente de te retrouver ici sur WordPress… Gros bisous à toi 🤗😁🙂
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Moi aussi tu sais, gros bisous chère Cécile 😊✨🎉
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