LITTERATURE ET HISTOIRE

Littérature américaine : « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu» d’Anjali Sachdeva (Albin-Michel et sa collection « Terres d’Amérique »)

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Je remercie chaleureusement les Éditions Albin-Michel et sa collection « Terres d’Amérique » pour cette lecture et leur confiance !

Retenez bien ce nom : Anjali Sachdeva est une jeune écrivaine américaine née d’un père d’origine polonaise et d’une mère d’origine bengali. Elle a grandi à Pittsburgh aux Etats-Unis. Son premier livre est un recueil de neuf nouvelles « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu » et il a  été récompensé par le Chautauqua Prize et retenu aux États-Unis parmi les meilleurs livres de l’année 2018 par plusieurs médias, dont la National Public Radio. A la lecture de ce recueil de nouvelles, on comprend, instantanément que Anjali Sashdeva a ce quelque chose de miraculeux en plus, qui fait le sel de la littérature. L’autrice est diplômée du prestigieux Iowa Writers’ Workshop et travaille actuellement à l’écriture de son premier roman. Un recueil de nouvelles publiées chez Albin Michel dans la très riche collection « Terres d’Amérique. » Dès l’entame de ce recueil, « Le monde la nuit« , le lecteur est plongé dans une nouvelle à l’atmosphère sombre et mystérieuse. Nous sommes au temps de la conquête de l’Ouest et Sadie désespère d’attendre son mari parti chercher du travail ailleurs. La maison de Sadie est perdue dans les Grandes Plaines. Un jour, elle découvre une grotte immense et des tunnels sur des kilomètres. Elle est irrésistiblement attirée par les voix qu’elle entend là-bas. Elle décide de s’y engouffrer de plus en plus loin. Que va t’il advenir ? « Poumons de verre » est une nouvelle particulièrement belle, qui nous voit suivre les pas d’un archéologue, d’un père handicapé par une blessure aux poumons qui a d’étranges pouvoirs, et de sa fille. Le point de départ est un musée des Etats-Unis avant de rejoindre le désert d’Egypte et ses mystères, au XIXème siècle, à la recherche d’un tombeau des pharaons. Ou bien encore, dans « Tueurs de roi« , nous voyons un ange au chevet d’un certain John (Cook ?), un homme qui a écrit pour demander la mise à mort du roi d’Angleterre Charles Ier. Ce dernier est jugé puis exécuté par décapitation le 30 janvier 1649. C’est John Cook qui mena l’accusation en tant qu’avocat général lors du procès instruit contre le roi Charles Ier. John a perdu la vue. Une nouvelle sur l’acte de création, la muse qui habite l’écrivain et sa plume. Une mise en abîme formidable sur l’acte mystérieux de la création mais aussi sur le poids de la culpabilité du régicide. Un autre texte, qui donne son titre éponyme au recueil, voit deux jeunes Nigérianes être enlevées par Boko Haram, une nouvelle poignante qui sonne comme un coup de poing afin de nous rappeler l’horreur de ce qui s’y passe. « Robert Greenman et la Sirène » nous conte l’histoire d’un marin pêcheur sur un morutier, au XXIème siècle, irrésistiblement attiré par une sirène au chant mélodieux. Anjali Sachdeva est aussi à l’aise dans le fantastique, que dans le récit historique, contemporain. Dans « Manus » c’est à une SF complètement barrée à laquelle nous avons le droit. Des hôtes extraterrestres cherchent à remplacer les mains des êtres humains par des sortes de prothèses en acier, de pinces, pour mieux les contrôler. L’un après l’autre, les humains sont appelés à subir cette horrible opération. Aucun échappatoire possible. A chaque fois, l’univers est parfaitement décrit et envoûtant à souhait. La science est également une thématique abordée par l’auteure dans « Les Pléiades. » Un style d’écriture mené de main de maître par Anjali Sachdeva et auquel la très belle traduction d’Hélène Fournier rend grâce de façon merveilleuse. Une plume nimbée de mystères, d’étoiles, de fulgurances jaillissant des profondeurs de sa prose. Énigmatique, poétique, fabuleux, il y a longtemps que je n’avais pas lu un recueil de nouvelles, d’une telle qualité dans le fond comme dans la forme. Trop souvent mésestimé les recueils de nouvelles sont pourtant précieux dans la littérature contemporaine. Celui-ci est brillant et l’imaginaire d’Anjali Sashdeva est prodigieusement inventif, subtil, riche. Il demeure en ces mots toutes la beauté, mais aussi la laideur de notre monde, et ce depuis le commencement des temps. On touche à l’humain, à sa gravité, à son désarroi, à sa folie, à son mystère. Chaque nouvelle redéfinit, interroge les malheurs de notre temps et dieu que c’est beau ! Une autrice à découvrir à tout prix. Anjali Sachdeva, c’est paru chez Albin Michel dans la collection « Terres d’Amérique » et cela s’appelle « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu. »

Édition brochée
21.90 €

10 Mars 2021
140mm x 205mm
288 pages
EAN13 : 9782226440945

(47 commentaires)

  1. Je fais parti de ceux et celles qui mésestiment les nouvelles, je l’avoue 😇 j’ai toujours beaucoup de mal à accrocher au recueil. Cependant  la nouvelle Le monde la nuit m’aurait bien tenté ! Belle chronique encore une fois, merci 😊

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