Rentrée littéraire 2021 : « L’Enfant de la prochaine aurore » de Louise Erdrich (Albin-Michel et sa collection « Terres d’Amérique »)

L’Histoire : Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

Je remercie chaleureusement les Éditions Albin-Michel et sa collection « Terres d’Amérique » pour cette lecture et leur confiance !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

« L’Enfant de la prochaine aurore » est la toute première incursion de Louise Erdrich dans le domaine de la dystopie. C’est un roman passionnant, un récit engagé, écologique et surtout féministe. Louise Erdrich signe avec « L’Enfant de la prochaine aurore » LE roman de cette rentrée littéraire de janvier 2021. Il paraît le 6 janvier aux éditions Albin Michel dans la très belle collection « Terres d’Amérique » qui démarre fort cette année avec ce roman, qui nous fait réfléchir, et ne peut nous laisser indifférent. C’est à découvrir absolument, si vous ne deviez lire qu’un livre en cette rentrée littéraire, vraiment, je vous recommanderais celui-ci. Un énorme coup de cœur pour ma part car Louise Erdrich conserve son style sublime alliée à la puissance de sa réflexion sur ce monde dystopique qui doit autant à Orwell (pour les actes de trahison et de torture) qu’à Margaret Atwood et sa « Servante écarlate » qui sont très clairement les deux sources d’inspiration de l’auteure qui a souhaité inventer un monde que n’aurait pas renier ces deux immense auteurs. Mais c’est surtout vers Margaret Atwood et son univers que penche ce roman. Une forme d’hommage de Louise Erdrich pour Margaret Atwood et son combat féministe et progressiste. Dans les deux livres, la constitution américaine et le Congrès ont été abolis au profit d’un régime autoritaire, un nouveau gouvernement fondamentaliste religieux qui se met en place avec à sa tête l’Église de la Nouvelle Constitution. Ces derniers réduisent les femmes à leur seules capacité à procréer qui devient un enjeu majeur pour le pouvoir en place. Il y a moins de bébé garçon que de bébés filles. Les organes génitaux pour les bébés garçons sont souvent absent ou mal formés. Les femmes sont opprimées et menacées tandis que l’évolution écologique et biologique régressent. L’analogie avec la situation écologique désastreuse de notre monde d’aujourd’hui est criante. Le corps des femmes, leur ventre gravide devient un objet de convoitise à l’échelle étatique des États-Unis. Partout, on assiste à des arrestations de femmes enceintes par la police, les milices religieuses. Elles sont emmenées de force dans des hôpitaux où elles sont enfermées. L’angoisse monte au fil des pages de façon très efficace. Que fait-on de ces femmes enceintes arrêtées et emmenées de force dans ces hôpitaux ? Que deviennent les bébés ?

Cedar, l’héroïne de ce roman doit fuir ! Cedar est une indienne Ojibwé de vingt-six ans. Ses parents adoptifs s’appellent Sera et Glen et ils sont pleins d’amour pour Cedar. Son nom blanc est Cedar Hawk Songmaker, fille adoptive d’un couple progressiste de Minneapolis. Cedar part à la recherche de ses origines indiennes et elle rencontre sa mère biologique du nom de Trésor Mary Potts « Presque Senior ». Mère et fille sont catholiques toutes les deux et c’est l’un de leur point commun lorsqu’elles se rencontrent pour la première fois. Trésor et Eddy son mari (mais qui n’est pas le père de Cedar) vivent dans une réserve indienne. Cedar est née Mary Potts. Louise Erdrich questionne le lien filial, l’adoption, la maternité. Au sein de la réserve, Trésor, ancienne toxicomane a dû abandonner sa fille. Les personnages de la grand mère indienne, presque centenaire, de Cedar et de sa sœur adolescente de seize ans accroc à la Meth et gothique apportent une touche attachante et excentrique à cette famille indienne un peu déglinguée. Le lien se tisse peu à peu alors que l’on guette la fin du monde aux Etats-Unis, en proie aux convulsions possédées d’illuminés persuadés que la foi doit prédominer. Peu à peu, le monde s’effondre tandis que Cedar cherche à comprendre son passé, elle qui doit mettre au monde un bébé d’ici quelques semaines. Cedar écrit un journal pour que son futur bébé comprenne ce qu’il s’est passé et surtout qu’il puisse s’imaginer et penser qu’il y a eût un avant à ce monde totalitaire. Et s’il n’y avait plus d’hiver, si notre planète vivait une longue et inéluctable agonie. Louise Erdrich signe de magnifiques portraits de femmes. On y évoque aussi l’évolution de l’ADN, des gènes, des mutations qui peuvent se produire. Dans cette dystopie orwellienne qui est aussi un hommage assumé à Margaret Atwood, Louise Erdrich signe un récit envoûtant qui offre le premier rôle aux femmes, objets de convoitises et de trahisons sous un gouvernement fondamentaliste et religieux qui fait froid dans le dos. L’écriture est ciselée, magnifique comme à chaque fois avec Louise Erdrich. Un roman engagé, fruit de la réflexion de l’auteure sur les maux de notre temps. On est captivé par cette histoire de bout en bout, tremblant pour ces femmes enceintes. C’est également une réflexion sur la foi, la transcendance, sa pratique et ses excès lorsqu’ils tombent dans le fondamentalisme. « L’Enfant de la prochaine aurore » de Louise Erdrich est à découvrir absolument !

Nombre de pages : 416
Collection : Terres d’Amérique
Éditeur : Albin Michel
Isabelle Reinharez (Traduction)