Rentrée littéraire 2020 : « Mangeterre » de Dolores Reyes (Les Éditions de l’Observatoire)

L’Histoire : Un peu sorcière, un peu voyante, celle qu’on surnomme Mangeterre possède un don hors du commun qui implique une responsabilité immense : en avalant la terre qu’elles ont foulée, Mangeterre entrevoit, lors de douloureuses transes, le terrible sort des femmes brutalisées d’Argentine. Dès lors elle est face à un dilemme : doit-elle répondre à l’appel de la terre et tenter de sauver toutes ces femmes en détresse ? Car, très vite, des parents désespérés arrivent des quatre coins du pays pour l’implorer d’utiliser son don, et de retrouver leurs enfants disparues.

Je remercie chaleureusement les Éditions De l’Observatoire ainsi que Babelio pour cette lecture et leur confiance !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

« Mangeterre » de Dolores Reyes est un roman singulier, étonnant de par son histoire et son style d’écriture ; fort et puissant pour son message adressé à toutes les femmes subissant des violences qu’elles soient physiques, psychiques, sexuelles. Mangeterre est une toute jeune fille perdue dans un climat de violence quotidienne, physique et verbale, de son père alcoolique et mauvais. Sa mère succombe sous les coups. Un énième féminicide sur cette terre d’Argentine. Cette jeune fille déscolarisée et vivant dans le dénuement le plus total avec son frère Walter dans la maison familiale, dispose d’un don. Lorsqu’elle est prise par l’envie irrépressible de manger, d’avaler de la terre, son corps et son psychisme perçoivent des choses, qui sont autant de visions sur ce qui est arrivé à une personne disparue, assassinée.

La terre dévorée est symbole de ce qui nourrit les plantes, les insectes, mais c’est aussi la terre où l’on est inhumé, le goût dans la bouche de celui qui mord la poussière. Mangeterre avale cette terre pour exprimer son dégoût de ceux qui font subir ces sévices aux filles et aux femmes d’Argentine. Ce livre adresse un message universel de lutte contre le fléau des féminicides. Un sujet plus que d’actualité. A l’école déjà, Mangeterre avait permis de retrouver le corps d’Ana son institutrice. Assassinée elle aussi. Il y a un mélange très intéressant au cœur de ce roman entre un réalisme cru, une violence pleinement présente, et une façon très onirique qui est presque de l’ordre du fantastique de nous présenter les choses. L’histoire est vu par les yeux de cette jeune fille qui s’exprime comme toutes celles de son âge. L’heure des transformations, des bouleversements, des premiers amours. La police représentée par le ténébreux Ezequiel lui demande son aide pour retrouver une jeune fille disparue. Elle s’appelait Maria.

Elle avale cette terre qui lui donne si mal au ventre puis des ombres dansent autour d’elle et elle perçoit les choses, la vie ou la mort, les détails pouvant conduire à la retrouver. Mangeterre se voudrait plus dure qu’elle ne l’est. Au fond d’elle, derrière ce masque de colère liée à une vie qui ne l’a pas épargnée, il y a une jeune fille qui souhaite faire le bien avec son don de vision. Mangeterre possède une profonde sensibilité mais elle se cherche. Un roman profondément original qui résonnera j’en suis sûr dans le cœur de ceux pour qui le combat, pour lutter contre les violences exercées par les hommes sur les femmes, est essentiel. Dolores Reyes a écrit ce roman comme un cri, celui de la colère mais aussi celui de la tendresse car tous les hommes ne sont pas bourreaux fort heureusement. Un roman qui dénonce, qui secoue, riche de ces quelques imperfections car l’idée profondément originale aurait pu être davantage creusée. Mais ce que je retiens de cette lecture c’est vraiment son message universel sur la question des violences subies par les femmes. A découvrir.

Broché : 206 pages

Éditeur : Éditions de l’Observatoire (19 août 2020)