Littérature - Histoire - Poésie

Littérature : « UnPur » d’Isabelle Desesquelles

51uTjIwX61LL’Histoire : Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ? « Garder ce qui disparaît, c’est l’œuvre d’une vie. C’est notre enfance ». Benjaminquejetaime et Julienquejetaime, c’est ainsi que leur mère les appelle. Tous les trois forment une famille tournesol aux visages orientés vers le bonheur. Le destin en décide autrement quand un inconnu pose les yeux sur les jumeaux, se demandant lequel il va choisir. Quarante ans plus tard s’ouvre le procès du ravisseur, il n’est pas sur le banc des accusés, et c’est sa victime que l’on juge. Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ? De l’Italie – Bari et Venise – au Yucatán et ses rites maya ancestraux se déploie ici l’histoire d’un être dont on ne saura jusqu’au bout s’il a commis l’impardonnable.

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Je remercie les éditions Belfond ainsi que BABELIO pour leur confiance.

 

 

Isabelle Desesquelles a obtenu le « Prix Femina des lycéens 2018 » pour son livre « Je voudrais que la nuit me prenne ». Elle a aussi fondé une résidence d’écrivains, la maison de Pure Fiction. « UnPur » est le titre de son tout nouveau roman à paraître le 22 août 2019. « UnPur » peut s’entendre aussi comme impur, c’est à dire se qui est contaminé, mauvais ou immoral. Ce double sens est une clé d’interprétation de ce livre absolument sublime, traitant d’un sujet difficile, celui du viol et de la séquestration d’un enfant. Benjamin a huit ans. Il n’a pas de papa mais une maman actrice, belle, toujours en décalage par rapport à notre monde. Une maman, Clarice, qui aime follement ses deux enfants qu’elle appelle affectueusement Benjaminquejetaime et Julienquejetaime. Julien est le frère jumeau de Benjamin. Isabelle Desesquelles écrit quelque chose de profondément beau sur cette mère : « La fêlure d’une mère, elle est votre blessure à vie ». Benjamin, Julien et Clarice sont à Venise en Italie, en vacances. Ils sont ensemble, ils s’aiment mal mais ils s’aiment et c’est tout ce qui compte au fond. Un instant d’inattention et voilà Benjamin enlevé par un homme, celui qu’il surnommera le « Gargouilleur ». A Bari, dans la maison de son ravisseur dans laquelle vit également une femme, l’enfant est abusé, violé selon le bon vouloir de ce tyran pédophile. Pendant cinq longues années, Benjamin vivra l’horreur, l’insoutenable, l’indicible. Il n’est qu’un tout petit et il a les deux pieds en enfer.. le narrateur n’est autre que Benjamin et il s’adresse à une personne en particulier que je vous laisse le soin de découvrir. Isabelle Desesquelles use d’une écriture pleine de gravité mais aussi mêlée de touches de poésie, d’une sensibilité et d’une grâce folle. L’histoire est tragique comme cet enfant qui ne veut surtout pas devenir ce que son ravisseur souhaite faire de lui.. un être « impur ».. L’imagination est le terreau fertile où il peut s’évader et s’imaginer une vie.. mais comment survivre à l’innommable, à ce qui détruit en soi la plus petite parcelle d’innocence, comment grandir quand en soi on sent vaciller la petite flamme de l’enfance, quand à côté de soi on ne sent plus la présence chaleureuse d’une maman, mais bien plutôt l’haleine rance et le souffle court de celui qui tue, saccage ce qui devrait être viscéralement un sanctuaire, à savoir l’enfance. Cet être écorché vif, brûlé par la flamme incandescente de la culpabilité sait très bien que, comme l’écrit magnifiquement Isabelle Desesquelle, « La vérité, on en fait ce que l’on veut, ce que l’on peut. On fait avec. Elle est une guimauve que l’on étire. On la tord, et elle prend toutes les formes, revêt l’apparence qu’on lui donne ». C’est le premier livre que je lis d’Isabelle Desquelles et j’ai trouvé son écriture, ineffable, délicate et mélancolique. J’ai songé pour la signification du titre au recueil de poésie, « Les Rayons et les Ombres », publié en 1840, Victor Hugo écrit ceci de très beau : « L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaieté sainte et du bonheur sacré, c’est le nom paternel dans un rayon doré ; et vous n’avez besoin que de cette humble flamme pour voir distinctement dans l’ombre de votre âme. » C’est cette pureté, cette innocence qui est saccagée par ce monstre. Un roman très sombre qui m’a bouleversé.

Ma note: 5/5.

Broché: 224 pages
Éditeur : Belfond (22 août 2019)

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(38 commentaires)

  1. Coucou Fred!
    Ton billet suscites mon intérêt! Je n’imagine pas cette douleur et cette horreur … c’est tout simplement atroce! Néanmoins, la maîtrise de l’auteure qui semble aborder un sujet o combien grave, se fait ressentir et semble te toucher! Je note, et au passage je trouve que cette thématique commence à être de plus en plus publiée et c’est tant mieux !!! Il faut en parler et briser les tabous!
    Gros bisous

    Aimé par 3 personnes

  2. A lire cette présentation, c’est la chair de poule qui me vient ! L’horreur est insoutenable lorsqu’il s’agit d’un enfant. Et pourtant, ce livre m’intrigue ! Je pense que je ferai l’effort de le lire ..

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  3. Coucou Gwen ! C’est un livre magnifiquement écrit qui dépeint l’horreur de ce que peuvent subir ces enfants avec ces monstres. C’est le crime pour lequel j’ai le plus de colère car c’est, comme tu le dis si justement, atroce. Que devient on quand on a subit cela ? ce livre pourra heurter certaines sensibilités mais moi j’aime justement la littérature pour cela : être poussé dans mes retranchements, bousculé.. Un grand livre. Je t’embrasse mon amie 😊

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  4. Oh comme tes mots sonnent juste, avec ce qu’il faut de pudeur de délicatesse et de vérité. Le sujet abordé est terriblement dur et implacable, et tu en parles avec tellement de sensibilité et d’intelligence… je ne sais pas si je le lirai mais il est important que ces livres-là existent.

    Aimé par 2 personnes

  5. Merci beaucoup Solène ! Oui un sujet important à aborder. Le pire crime qui soit. Un livre très sombre à l’écriture sublime. Je pense qu’il peut avoir un prix littéraire. On verra 😉 Bisous d’une Bretagne ensoleillée ce soir, douce nuit et @très vite chère Solène 😊

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  6. Merci beaucoup Nadège, ça me touche ce que tu m’écris là. C’est un livre très dur parce qu’il nous montre comment l’innocence d’un enfant peut être bafouée, anéantie par ces monstres. Il n’y a pas pire crime et il est important d’en parler. J’ai voulu inciter les gens à lire ce livre car je pense que c’est important de réveiller certaines consciences. Isabelle Desesquelles écrit merveilleusement bien. Un livre marquant à plus d’un titre. Bises bretonnes pour toi Nadège 😊

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  7. Je suis tout à fait d’accord, j’aime la littérature quand elle dénonce et qu’elle invite à réfléchir sur notre monde.
    Je le note celui-ci, d’après les avis que je lis, il risque de faire une belle rentrée!
    Gros bisous d’une Alsace rafraîchie!

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  8. « Peut-on parler de ce sujet si on ne l’a pas soi-même vécu ? » c’est une excellente question, je dirais oui et non. Oui à condition d’avoir la sensibilité, l’empathie qui permettent de se mettre dans la peau de.. C’est la beauté des romans.
    J’ai lu un livre récemment sur le deuil, où là l’auteure parle de ce qu’elle a vécu suite à la perte de son enfant. Je songe aussi à Philippe Forest qui a perdu une petite fille et qui voit son œuvre traversé par la mort, le deuil. Il faut l’avoir vécu où être suffisamment doué pour créer. C’est très difficile, je suis partagé. 😊

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