Littérature : « Apocryphe »de René Manzor

9782702164259-001-TL’Histoire : Jérusalem. An 30. Un petit garçon regarde avec rage son père agoniser sur une croix. Son nom est David de Nazareth, et ceci est son histoire. Un adolescent en quête de justice et de vérité, Une fresque épique, violente et émouvante, un thriller biblique à couper le souffle, relecture stupéfiante de l’histoire officielle.

Dans la postface de son dernier roman « Apocryphe« , René Manzor nous explique qu’il existe aujourd’hui 131 évangiles apocryphes dont 4 seulement sont reconnus par les Églises chrétiennes. « Qu’est ce que la vérité ? » figure sur la couverture du livre et, en effet, c’est à un exercice passionnant auquel s’est livré René Manzor : et si Jésus avait eu un fils.. si une autre histoire, très humaine et déchirante, se cachait derrière la grande histoire qui nous est conté depuis le Concile de Nicée, qui le 20 mai 325, a érigé ce qui faisait partie du corpus doctrinaire de la « vraie » foi (qui est donc catholique), et ce qui n’en faisait pas partie. Ce récit épique signé Manzor est une véritable odyssée, mieux un péplum biblique digne des « Quo Vadis » et autres créations dont on se délectait au siècle dernier au cinéma. L’histoire est passionnante, elle est emplie d’une puissance d’évocation rare car tous les personnages de cette dernière sont connus mais ici leur trajectoire est quelque peu différente, tout en étant suffisamment bien tissé pour créer une fiction des plus troublante, crédible, et disons le, moderne pour épouser les questionnements de notre temps. Se télescopent ainsi la cruauté de Ponce Pilate, les exactions de Saul de Tarse qui deviendra après sa conversion le fameux Saint-Paul, Longinus, l’officier romain qui transperça le flanc de Jésus crucifié et qui se convertira lui aussi et finira martyr, Barabbas qui pensa mourir cent fois lui qui fût sauvé à la place de Jésus de Nazareth.. Et Jésus lui-même qui aurait donc eu un fils : David ! René Manzor dépoussière les Écritures et dresse un portrait poignant des différents protagonistes. Il prend soin de ne pas heurter les consciences tout en étant suffisamment bon scénariste pour nous faire croire, le temps d’une lecture, à son histoire. Le portrait de Judas l’Iscariote est ainsi à mille lieu de ce que l’Église en a fait : à savoir un traître ultime acheté pour trente deniers. La question du doute est intimement liée à la foi et elle fait donc corps avec l’histoire racontée dans « Apocryphe ». Le style d’écriture ne se perd pas en longues digressions descriptives mais s’en va directement aux faits. Le déroulement de l’action est limpide. Impossible à lâcher et astucieux dans sa construction, « Apocryphe » ne vous décevra pas. Tantôt cruel et violent mais aussi empli d’amour et de compassion, d’amitié et de pardon, « Apocryphe » à tous les ingrédients des grands récits bibliques, avec cette modernité dans l’approche de la foi et dans son questionnement avec ce « qu’est ce que la vérité ? ». Une réussite.

Ma note: 5/5.

Broché: 400 pages
Éditeur : Calmann-Lévy (3 octobre 2018)
Collection : Suspense

Rene-Manzor