Littérature - Histoire - Poésie

Histoire : « L’Entretemps, conversations sur l’histoire » de Patrick Boucheron – « L’Histoire à venir » de Patrick Boucheron et François Hartog

J’ai passé la barre symbolique des 150 000 visites sur ce blog que je tiens depuis l’été 2007 ! (tout d’abord sur Vox puis à partir de 2010 sur WordPress) Je voulais vous remercier chaleureusement pour votre fidélité. Merci à toutes et à tous ! Longue vie à nos échanges et à WordPress. Bises bretonnes 🙂 😉


l_entretempsL’Histoire :
Quel est le problème ? On le dira ici simplement, tant est criante son actualité. Il s’agit de trouver les lieux où peut se dire le politique. Non pas la parole instituée et instituante de la grande émotion révolutionnaire, mais celle, vibrante, efficace pour chacun, qui cheminera librement dans nos vies. Car elle s’énonce partout, sauf là où elle s’annonce comme politique. Face aux textes, devant l’image, il faut pour la saisir s’adonner à quelques exercices de lenteur. Faire comme eux, les trois philosophes. Trois hommes d’âge différent, qui méditent, qui commentent et qui espèrent. Ils prennent la mesure de la diversité du monde, tandis que le jour faiblit. Mais qui sont-ils ? Giorgione a peint la succession des âges comme une énigme. Alors tentons de les faire converser, depuis le pli du temps qu’ils occupent, arrêtés là, désœuvrant le cours glorieux des siècles – dans l’entretemps.

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On ne présente plus Patrick Boucheron, historien et professeur au collège de France depuis 2015 (chaire d’histoire des pouvoirs en Europe Occidentale XIIIème s. XVIème s.). Il a notamment enseigné et étudié l’histoire du Moyen Age à l’école normale supérieur de Fontenay Saint-Cloud et à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Son domaine de recherche est l’Italie médiévale (ses villes, ses princes, ses artistes) mais aussi l’écriture de l’histoire aujourd’hui. C’est cette dernière question qui est abordée dans « l’entretemps, conversations sur l’histoire ». Sa réflexion est la suivante : Qu’est ce que comprendre le monde ? Il s’appuie sur le tableau de Giorgone « les trois philosophes (peint à Venise entre 1504 et 1506) pour dresser une allégorie sur le temps et l’histoire. Une lecture vivifiante, riche et éclairante comme à chaque fois avec l’historien. « L’histoire ne vaut que si elle consent à dire quelque chose de nos vies » soutient-il. Son texte nourrit le débat. L’écriture, le style est ciselé et en même temps on ressent les sentiments qui font de l’historien un homme de conviction qui n’hésite pas à trancher, à prendre position quitte à déplaire. Sa récente publication de « L’histoire mondiale de la France » s’inscrit dans sa volonté d’engagement.
Pour Plutarque en 1373, on devait rêver d’une Europe entièrement gréco latine et résolumment chrétienne. Il écrivait ainsi « Qu’est ce donc que l’histoire sinon l’éloge de Rome » (sous entendu celle du pape). Aujourd’hui, on s’accorde sur la profuse diiversité des passés du monde avec une historiographie du décloisonnement des regards, thème cher à Patrick Boucheron (cf. par exemple, les fameuses expéditions maritimes de l’amiral chinois Zeng He de 1405 à 1433). L’histoire du monde (telle qu’ordinairement on la raconte) ne dit pas tout du monde et laisse bien des singularités hors d’atteinte et tant de villes, tant de livres, tant de langues qu’elle délaisse écrit Boucheron. Il s’oppose à la légende des siècles qui enracine l’arbre généalogique d’une identité ethnique dans un territoire. Vaste sujet qui fait énormément débat. Or l’histoire « (…) n’est rien d’autre que la chronique toujours incomplète d’un point de vue singulier ». Il cite longuement Michel Foucault : creuser, s’acharner, trancher, (disait-il)ne pas se laisser emporter par l’ordre des temps en ses saccades successives, le flux d’une vérité qui se dit toute, mais ralentir la cadence, laisser bailler l’entretemps ». Pour Michel Foucault, la tâche de l’historien consiste à dissiper les continuités en saccageant le petit jardin des racines et des identités, y empêcher tout retour. Je cite cette phrase clef de Foucault :
« Il faut mettre en morceaux ce qui permettait le jeu consolant des reconnaissances. Savoir même dans l’ordre historique, ne signifie pas « retrouver » et surtout pas « nous retrouver ». L’histoire sera « effective » dans la mesure où elle introduira le discontinu dans notre être même. »
« L »histoire divisera nos sentiments, dramatisera nos instincts, elle multipliera notre corpset l’opposera à lui-même. Elle ne laissera rien au dessous de soi qui aurait la stabilité rassurante de la vie ou de la nature; elle ne se laissera porter par aucun entêtement muet, vers une fin millénaire. Elle renversera ce sur qui on aime la faire reposer, et s’acharnera contre sa prétendue continuité. C’est que le savoir n’est pas fait pour comprendre, il est fait pour trancher ».
Pour Gilles Deleuze, dans son « Abécédaire », à la lettre H pour Histoire de la philosophie : la tâche de l’historien est de traquer le problème derrière le concept. Patrick Boucheron écrit que la tâche de l’historien ne consiste pas à se faire le pourvoyeur d’idées générales pour la société du spectacle mais s’adonner à l’ordinaire de son métier d’historien. C’est un exercice de patience et d’humilité. Et Boucheron de citer Nietzsche : « se tenir à l’écart, prendre son temps, devenir silencieux, devenir lent » et contrer la hâte moderne de l’âge du travail « qui veut tout de suite « en avoir fini » avec tout ». Pour conclure, Patrick Boucheron exprime cette idée que « L’histoire n’est rien d’autre que cela : un moyen de dévisager cette hantise, avec la froide exactitude qu’exige l’urgence des temps cassants« . Un ouvrage dense par la richesse de son analyse. Que l’on soit d’accord ou pas avec les théories de Patrick Boucheron, on ne peut que souligner son talent d’écriture et la finesse de sa réflexion sur le temps et l’histoire dont je ne vous ais exprimer ici que quelques éléments épars qui m’ont marqués au cours de ma lecture. A lire pour qui aime le débat d’idées.

Ma note:5/5.


Da_68TRW0AYD0RfL’Histoire :
Dans une époque où semblent dominer le présentisme et le sentiment de fatalité, Patrick Boucheron et François Hartog envisagent ici les contours possibles d’une « histoire à venir ».

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Le festival « L’Histoire à venir » a lieu, depuis deux ans maintenant, à Toulouse. On retrouve dans cet ouvrage, une conférence donnée par les historiens Patrick Boucheron (qu’on ne présente plus) et François Hartog en mai 2017. Que dire sinon que c’est magnifiquement écrit, pleins de réflexions intéressantes, une mine d’or pour qui souhaite réfléchir sur l’histoire. Je me suis surpris à préférer l’intervention de François Hartog qui est très claire et didactique. On soulève ainsi de nombreuses questions et autant de recherches à mener pour le lecteur qui souhaiterait, par la suite, prolonger sa soif de découverte. Seul petit bémol, le prix de l’ouvrage 13 euro pour seulement 78 pages mais les éditions Anacharsis ont bien fait les choses avec une jolie couverture. Le prix à payer pour deux interventions passionnantes.

Ma note:5/5.

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(36 commentaires)

  1. C’est bien cette constance et cette fidélité. Bravo.
    Mon blog a 12 ans. J’en suis un peu lasse et il y a une éternité que je ne regarde plus mes stats. Mais toi tu as regard d’historien 🙂
    Je m’accroche pour les fidèles. Peut-être que si je regardais les stats ça me remotiverait…
    Quant aux livres dont tu parles, tu les « vends » bien mais j’aime trop (et exclusivement) le romanesque.

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  2. un grand merci Joëlle car cela me touche profondément ce que tu m’écris là ! 11 ans et un plaisir intact, une soif d’apprendre, de découvrir encore et encore.. Je pense que la clé s’est de rester en capacité de s’émerveiller, d’être attendri, de parler avant tout de choses que l’on aiment.. J’aime la nuance 🙂 Bisous de notre Bretagne chère Joëlle 🙂

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  3. merci beaucoup Pascale ! le plaisir numéro un c’est l’envie de partager et de créer, d’écrire, de découvrir, d’être émerveiller et parfois franchement déçu.. il y a une telle palette de sentiments lorsque l’on tient un blog, surtout depuis aussi longtemps que nous deux 🙂 ah les romans c’est vrai que c’est chouette. L’histoire c’est une passion, mes études.. Belle soirée à toi Pascale et longue vie à ton blog pour tout ce que tu y apportes 🙂

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  4. C’est très gentil Cat, merci beaucoup ! le plaisir et l’envie de continuer à partager sont intacts, même 11 ans après les débuts de ce blog. Il a évolué en même temps que moi. J’avais 25 ans lorsque je l’ai créé.. j’en ai 36.. J’y tiens beaucoup. Ce blog ne serait rien sans des personnes aussi lumineuses que toi Cat ! Bisous ensoleillé de Bretagne ! 🙂

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  5. Merci beaucoup chère Gwen ! comme je le disais à Cat, ce blog ne serait rien sans les personnes lumineuses telles que toi Gwen. Promis pour la prochaine note, je ne parle pas d’histoire 😉 Je reçois demain deux livres commandés à la Fnac dont on dit le plus grand bien : Dans les eaux du Grand Nord
    de Ian McGuire (Télérama dit que c’est une pépite)et La Fille d’avant de J.P. Delaney découvert grâce au très beau site « Courir et lire ». J’ai hâte de m’y plonger. Bisous bretons à la plus chouette des Alsaciennes 😉 🙂

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  6. Oups j’ai appuyé sur entrer par erreur ^^
    Mais non tu as bien raison de parler d’Histoire. C’est beau comme tu la vis, tu es anime par ta passion !
    Ah je connais de nom le premier et le second m’attire beaucoup, ( je suis aussi le blog « Courir et lire » et c’est un vivier d’excellents bouquins 🙂)
    Belles lectures mon ami Fred! Bisous au plus sympa des fars hahaha 😉

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  7. Bravo Frédéric !
    Tu sais toujours autant nous donner envie de découvrir de nouveaux artistes/écrivains/films.
    J’espère que tu vas bien.
    Lorsque le 15 août est passé, ça sent la rentrée, je déteste!
    Tu as pu voir les photos ?
    Belle journée, gros bisous.

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  8. Merci c’est très gentil à toi ! Je commence La Fille d’avant de J.P. Delaney ce soir. Découvert grâce à toi 🙂 Gwen (lebouquinivre) et moi ont se disaient justement que ton blog est une mine d’or pour découvrir des thrillers etc.. au plaisir de te lire encore longtemps. Bises bretonnes 🙂

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  9. Merci Beaucoup Carole ! cela me touche ! Oui tout va bien mis à part le temps qui est à la pluie.. 😉 oui c’est vrai que la rentrée approche drôlement.. profitons de ces derniers moments estivaux 😉 Non, je n’ai pas pu voir les photos. Maman ne les a pas reçu sur instagram. Comment faut-il faire pour les voir ? cela apparait sur le mur instagram ? je suis totalement novice pour instagram. Hâte de voir les photos. Excellente journée Carole et gros bisous bretons 🙂

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  10. Oui ça y est j’ai vu les photos avec maman. On sent que cette maison a une âme, une histoire.. la photo des escaliers en colimaçon est très sympa. Le carrelage au sol dans la salle, l’aspect extérieur, le balcon/terrasse, c’est vraiment une très jolie maison, il y a des arbres dans le jardin.. j’aime ce qui a une histoire.. on pourrait y tourner un film.. Un très beau choix, vous allez être heureux et ouvrir un tout nouveau chapitre dans la vie de cette maison ! Merci pour les photos c’est cool 🙂 Gros bisous à toute la famille 🙂

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  11. Avant felicitations pour cette belle réussite, mon cher Frédéric. Longue vie a ce blog dédié à la culture et qui fait le bonheur de tes abonnés . A commencer par moi. 😉
    Et bien sûr merci pour ce billet.. Excellent billet. Qui remplit sa mission avec pour resultats: la tentation. Et du coup, je suis un peu à la traîne, la liste s’allonge. Je ne lis plus assez. Il faut que je remédie a cela.
    😘🌹

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  12. pareil ma liste de livres à lire est si longue.. il me faudra vivre au moins 100 ans ^^ 😉 un grand merci pour tes mots chaleureux qui me touchent profondément. Bisous ! @très vite 🙂 ps: toujours autant de plaisir à tenir ce blog !

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  13. Je n’ai pas beaucoup lu Boucheron, mais le peu que j’ai lu, dont ce bref Entretemps, me donne envie d’aller plus loin. Il est comme Zink et comme l’a été LeGoff, en passe de devenir un scientifique apprécié et, plutôt médiéatiser un vulgarisateur populaire. J’aimerai bien aussi assister à un de ses banquets de Lagrasse. Pour revenir à L’entretemps, l’analyse du tableau de Giorgione est passionnante par les pistes explorées et la passerelle lancée vers notre temps.

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  14. Je te rejoins tout à fait. Comme un Jacques Le Goff en son temps, Patrick Boucheron a pris une stature d’historien « médiatique » et talentueux. Car chez lui, que l’on soit d’accord ou pas avec certaines de ses idées, on ne peut que reconnaître son talent d’écriture, la puissance de sa réflexion.. Il est aussi parti prenante du magazine « L’Histoire » dont je suis un fidèle abonné. Sa plume me transporte littéralement. Avec Emmanuel de Waresquiel et quelques autres.. Merci pour votre commentaire. Au plaisir d’échanger à nouveau. Bonne soirée 🙂

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