Histoire : Alessandro Barbero « Lépante, 1571 » – « Le divan d’Istanbul »


Battle_of_Lepanto_1571
9782081289628_1_75L’Histoire : Le 7 octobre 1571, au large des côtes grecques, dans le golfe de Lépante, l’aube se lève sur une mer couverte de bateaux : d’un côté la flotte de l’Empire ottoman, de l’autre les galères de Venise, de l’Espagne de Philippe II et du Saint-Siège, unies sous la bannière de la Chrétienté. Ces deux immenses armées s’apprêtent à livrer la plus importante bataille navale de l’histoire moderne. Quel formidable jeu d’alliances politiques et militaires, d’intérêts économiques, d’ambitions personnelles, de hasards géographiques et d’aléas climatiques a conduit à cet affrontement ? Comment les visées de l’ambitieux Selim II, de l’obstiné Pie V et du prudent Philippe II se sont-elles mêlées pour faire converger les destins de milliers de marins et de soldats vers Lépante en cet automne 1571 ? Multipliant les points de vue, faisant dialoguer avec brio les sources turques et occidentales, Alessandro Barbero tisse le récit de la fascinante montée vers la guerre qui mobilisa, deux années durant, toutes les rives de la Méditerranée. Délaissant le mythe qui a voulu voir en Lépante un « choc des civilisations » avant l’heure, il met en scène à part égale pachas ottomans et marins vénitiens, ambassadeurs espagnols et espions romains en une grandiose épopée, qui compose un tableau extraordinairement vivant de l’Europe de la Renaissance.

Monumentale comme la somme d’informations que l’on retrouve dans cette histoire digne des plus grands films d’aventure et d’espionnage. Alessandro Barbero n’épargne aucun détail de la préparation si difficile de cette bataille opposant la Sainte Ligue (comprenant l’Espagne de Philippe II, la sérénissime Venise et la Papauté de Pie V) à l’Empire Ottoman de Sélim II. Les faits. La flotte turque débarque des troupes et du matériel de siège à Chypre, propriété des Vénitiens. La campagne vit tout d’abord les Turcs prendre Nicosie puis, à la toute fin de l’été, la forteresse et cité de Famagouste. La conquête de l’île était achevée. Pendant ces longs mois de 1570-1571, des efforts prodigieux sont nécessaires pour essayer de combiner les ambitions de chacune des puissances européennes. On finit tout de même par réunir, à Messine en Sicile, la flotte qui devait s’opposer à la menace Ottomane. La victoire de la Sainte Ligue à Lépante (au large de la Grèce), aux confins de la saison habituelle où l’on pouvait  se livrer bataille, représenta pour l’Occident chrétien et surtout pour les puissances catholiques victorieuses (ne pas oublier qu’à cette période la France, fille aînée de l’Église était l’alliée de la Sublime Porte) un formidable espoir que la propagande d’alors, puissamment aidée par l’essor énorme qu’avait pris l’imprimerie en ces années (imprimerie interdite dans l’Empire Ottoman), ne cessa pas de relayer dans toute l’Europe. La bataille et la victoire des forces chrétiennes en elle même, n’eût en réalité qu’une portée limitée dans le sens ou, malgré ce succès, la conquête de Chypre, objectif affiché des forces Ottomanes était entérinée et la reconstruction de la flotte ottomane parachevée quelques mois plus tard seulement après Lépante. Qu’importe si la flotte turque décimée par les maladies, usée par une longue campagne, bien moins équipée et surtout moins nombreuse en terme d’effectif en hommes (presque à trois contre un) était condamnée à perdre cette bataille, l’essentiel était là, le mythe de la bataille décisive face à l’assaut Ottoman qui, croyait-on, menaçait tout l’Occident, était lui bel et bien forgé pour les siècles et les siècles. La lecture de l’ouvrage est passionnante, quoique les nombreux détails puissent rebuter ceux qui ne sont pas habitués à ce type d’analyse historique. Barbero nous permets ainsi de resituer cet événement dans son temps et d’en mesurer la portée réelle jusque dans l’historiographie d’aujourd’hui. Exigeante certes, mais cette plongée dans la seconde moitié du XVIème siècle vaut le détour. Ma note:5/5.

9782228911498L’Histoire : Un territoire immense, qui s’étendit d’Alger à La Mecque et de Bagdad à Belgrade. Une puissance militaire et de glorieux sultans : Bayezid, qui anéantit les chrétiens à Nicolis en 1396 ; Mehmed le Conquérant, qui s’empara de Constantinople en 1453 ; Soliman le Magnifique, qui assiégea Vienne en 1529. Un régime tyrannique, dirigé par le divan, un conseil tenu assis ou à cheval. Une religion officielle : l’islam, mais aussi des millions de chrétiens et de juifs. Un garant de la paix dans les Balkans, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord. Et en face : l’Occident, apeuré et fasciné. À l’heure où la Turquie semble désireuse de renouer avec la sphère d’influence de l’ancien empire ottoman, Alessandro Barbero éclaire d’une autre vérité historique le prétendu  » choc des civilisations « . Des Seldjoukides au XIe siècle à Mustafa Kemal au XXe siècle, cette histoire des Ottomans insiste sur les paradoxes d’un empire qui remettent en cause nos certitudes d’Occidentaux.

Alessandro Barbero signe avec « Le Divan d’Istanbul », une histoire concise des aspects majeurs de l’Empire Ottoman. Une singularité qui a pu faire de cet ensemble multiethnique et multi-religieux, l’une des puissances majeures en Europe et au Moyen Orient du XVème au XVIIème siècle. Le récit est parsemé d’anecdotes qui enrichissent considérablement l’aperçu que l’on peut avoir des Ottomans. Loin des clichés, une synthèse agréable qui nous amènent à réfléchir sur la place de la Turquie à l’heure actuelle, à mi-chemin entre les deux continents, entre deux civilisations, vaste débat que l’auteur et moi-même ne trancheront pas, vous laissant libre d’imaginer, de penser ce qui serait bon ou pas. A découvrir.

Ma note:4/5.

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