Je remercie chaleureusement Nath du blog https://lecturesdudimanche.com/ pour cette lecture enrichissante !

Ma chronique :

Dans « Obsolète » de Sophie Loubière, une formidable dystopie inventive et addictive, nous sommes en 2224, en France. Le Grand Effondrement a eu lieu, celui de la civilisation fossile. La Terre ne compte plus neuf milliards d’habitants, mais un peu plus de dix millions d’habitants. Les températures sont caniculaires et dépassent allègrement les cinquante degrés. Les principales villes du monde sont sous l’eau du fait de la hausse des océans. On vit en partie sous terre pour se protéger de la chaleur accablante. Les armes ont été proscrites pour interdire toutes formes de violences. Une IA du nom de Maya est présente partout et répond aux moindres questions des habitants. Mais dans la limite de ce qui est autorisée. La novlangue est omniprésente à l’image du « 1984 » d’Orwell. On songe aussi à « La servante écarlate » de Margaret Atwood. Les femmes étant plus nombreuses que les hommes et ces derniers souhaitant conserver leur pouvoir, les femmes arrivés à 50 ans sont envoyées au grand recyclage. Un endroit mystérieux, vendu comme un paradis, mais d’où aucune femme ne revient. Chaque habitant possède un bracelet chargé de contrôler les émotions de ces derniers. Tout doit-être sous contrôle, car derrière ce langage policé et rassurant se cache une autre réalité que je ne vous dévoilerai pas ici pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture. Le cannabis est autorisé et distribué sous forme de gélules aux femmes attendant de partir pour le grand recyclage. C’est un monde cotonneux où tout semble fait pour rendre le séjour sur Terre agréable. On accepte cette idée de grand recyclage, personne n’osant remettre en cause cet état de fait. La procréation est l’alpha et l’oméga de cette nouvelle société pour repeupler la planète. Une fois sa femme partie au grand recyclage, le mari est appelé à retrouver une femme plus jeune afin de procréer. Une société sans violence donc, jusqu’au jour où trois fillettes sont retrouvées, côte à côte, étranglée dans une grotte. Un archéologue va mener l’enquête, mais il devra faire face à la négation du pouvoir en place. Il ne peut y avoir de meurtre dans un monde parfait tel qu’il est vendu à ses habitants. Où vont les femmes appelées au grand recyclage ? Que leur arrivent-elles ? Cette société est-elle aussi parfaite qu’elle veut bien le dire ?

Nous suivons différents personnages et ce page turner impossible à lâcher est profondément original et plutôt rare, car il y a peu de dystopie écrite par des auteurs français. Surtout de cette qualité. On ne s’ennuie pas une seule seconde. Sophie Loubière construit un monde angoissant sous couvert d’une novlangue rassurante. Un monde où l’euthanasie est conseillé aux femmes partant pour le grand recyclage par soucis d’écologie. Sous couvert d’aider le monde, la réalité est extrêmement cruelle et difficile à entendre. L’euthanasie devient un simple geste écologique. Sophie Loubière signe un roman dystopique absolument passionnant, sans temps mort et suscitant la réflexion chez le lecteur qui se questionne en se disant que, sous certains aspects, nous ne sommes pas tout à fait éloignés de cette novlangue. Le suspens est implacable. C’est bien écrit. On reconnaît les sources d’inspiration de Sophie Loubière mais sans que cela soit envahissant. C’est une dystopie féministe très actuelle, mais aussi une réflexion sur les déséquilibres écologiques menaçant nos sociétés contemporaines. Impossible de ne pas réfléchir à la menace du réchauffement climatique. On réfléchit au rapport homme/femme et l’on souffre de voir à quel point l’innommable est accepté sous couvert de protéger la société. Si vous ne l’avez pas encore lu, je recommande cette lecture d’Obsolète de Sophie Loubière. C’était mon tout premier roman de cette autrice et je compte en lire d’autres à présent.

Date de publication : 6 février 2025 ; Éditeur : Pocket ; Nombre de pages : 586 p.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.