Littérature : « Ni poète ni animal » d’Irina Teodorescu

Z2NzOmNhbnRvb2todWItYXNzZXRzLWVkZW46NmIvNWVhZmQ4MTg2ODJlYzg3ODU0YjRlYTk1NTE2ZWI5NTk1NDYwNTkucGRmL’Histoire : Carmen apprend la mort soudaine du Grand Poète, sa seule attache à la Roumanie, au moment où elle traverse un rond-point occupé par un peuple prêt à tout renverser. Alors, elle a comme un éblouissement : les souvenirs d une autre révolution, conduite par ce poète autrefois dissident, lui reviennent, intacts. 1989. Elle avait dix ans et écrivait des poèmes à sa « camarade maîtresse » pendant que sa mère, cachée dans la salle de bains, enregistrait des K7 audio à destination d une amie passée à l Ouest et que son père échangeait les savons de son usine contre des petits pains. À l époque, tout cela lui paraissait aussi banal que la folie de sa grand-mère, surveillée depuis toujours par les autorités, ou que les ours des Carpates dont on disait qu’ils mangeaient les enfants. De quel genre de vague à l âme naît une révolution ? Est-ce une impulsion animale ou poétique ? En conteuse aussi insolite qu’inspirée, Irina Teodorescu puise dans les souvenirs vifs de son enfance pour mettre en scène trois générations de femmes – et quelques animaux à leur suite – que rien ne préparait à voir la grande Histoire tout bousculer.

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Je remercie les éditions Flammarion ainsi que BABELIO pour leur confiance.

(A noter que ce livre est présent dans la liste des 40 livres choisis par les Inrockuptibles pour cette rentrée littéraire 2019).

Irina Teodorescu signe son quatrième roman avec « Ni poète, ni animal« , un livre percutant, inventif, poétique emmené par un style d’écriture d’une grâce folle. Irina est née à Bucarest en 1979. Elle avait dix ans quand la révolution a permis en Roumanie, dans la continuité de la chute du mur de Berlin quelques semaines plus tôt en Allemagne, de faire tomber le tyran Nicolae Ceausescu et sa non moins terrible épouse. En effet, dans cette Roumanie d’avant décembre 1989, l’absence de liberté est criante, le non respect des droits de l’homme érigé en façon d’agir pour un régime communiste corrompu obligeant l’immense majorité des Roumains à vivre dans la pauvreté, le dénuement. La force de ce roman c’est cette plume délicate, sensible, poétique avec laquelle Irina Teodorescu nous replonge dans son enfance. Tour à tour facétieuse, truculente, drôle de par ses descriptions savoureuses des événements vu à hauteur d’enfant. On note ainsi les balades de son cochon préféré qui sera bientôt mangé à noël. Ce livre est aussi et surtout l’histoire de trois générations de femme à cette période. La grand mère maternelle d’Irina qui plonge dans la folie douce, ses échanges avec son psychiatre et sa fille (la mère d’Irina) sont à ce titre très drôles; mais aussi sa mère qui enregistre des k7 audio à destination de son amie passée à l’Ouest et qu’elle rêve de rejoindre, et enfin la petite Irina qui pose son regard sur ces événements de la révolution roumaine de décembre 1989. Dans un pays tenu d’une main de fer par la dictature communiste, on est aussi ému, touché par la misère et l’absence totale de liberté. A l’image de ce que peut être la Corée du Nord pour nous aujourd’hui, la Roumanie de Ceausescu symbolisait l’oppression communiste dans toute sa monstruosité. Le ton employé par l’auteure qui, sans y toucher, au détour d’une pensée, d’une phrase passe de l’enfance au regard porté par la femme adulte et avocate qu’elle est devenue, est profondément émouvant, attendrissant même. Car sous couvert de légèreté, le propos est aussi celui de ce qu’on pouvait dire ou ne pas dire à cette période en Roumanie d’avant 1989. Et puis, il y a cette figure du Grand Poète qui, avec quelques autres, osent critiquer le régime du Parti communiste roumain, en risquant sa vie.. Irina est fascinée par cette figure de résistance à l’oppression. « Ni poète ni animal », un titre à l’image de ce roman foisonnant et créatif. Pour l’auteure, elle est les deux réunis : poète et animal. J’ai été happé par ce roman délicat et sensible qui touche au cœur. Une folie douce qui me fais songer au cinéma D’Emir Kusturica. Je vous recommande ce moment de poésie et de folie douce en compagnie d’une auteure, Irina Teodorescu, qui n’a pas fini de nous surprendre pour notre plus grand bonheur.

Ma note: 4,5 /5.

Broché: 224 pages
Hors collection – Littérature française
À paraître le 28/08/2019

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