Bilan : Les films de l’année 2018 ! (Cinéma-Netflix)

Noël approche à grand pas et voici venu l’heure des bilans pour cette année 2018 qui s’achève ! J’adore faire ces notes qui nous rappellent les émotions ressenties au cinéma ou devant le petit écran. Car oui, j’ai choisi cette année de faire un bilan pour les films regroupant ceux sortis au cinéma et ceux sortis directement sur Netflix. En effet, « Roma » en est le vibrant exemple, il n’y a aujourd’hui plus de frontières entre les films Netflix et ceux produits par les studios traditionnels. Nous « consommons » les films de façon différentes depuis quelques années. Voilà un an que je suis abonné à Netflix (merci Emilie) et j’ai pu percevoir cela de façon criante. En attendant le bilan série qui ne saurait tarder et celui des romans, voici l’heure de découvrir mon classement (très subjectif forcément) des films de l’année 2018 !

Je vous souhaite de joyeuses fêtes ! Merci pour votre fidélité à ce blog. Je prends un plaisir fou à m’en occuper et à partager avec vous ! Bises bretonnes. Ps: Malzenn se joint bien évidemment à moi ! 😉

2634032.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx1. « Roma » de Alfonso Cuaron (NETFLIX)

L’Histoire : Ce film fait la chronique d’une année tumultueuse dans la vie d’une famille de la classe moyenne à Mexico au début des années 1970.

En obtenant le prestigieux « Lion d’or » à la Mostra de Venise 2018, Alfonso Cuaron a démontré qu’il fallait compter avec Netflix pour l’obtention des prix dans les plus grands festivals de cinéma. Une véritable révolution. Son film « Roma » est une bouffée d’air frais à l’heure où le cinéma manque de véritable prise de risque artistique. En filmant en noir et blanc (la photographie est d’ailleurs splendide) et en choisissant de long plans comme pour mieux imprégner le spectateur des lieux où se déroulent cette histoire de famille, Alfonso Cuaron nous démontre toute sa maestria, son talent qui confine, dans certaines séquences, à la grâce. Cleo est domestique dans une riche demeure où vivent une femme et ses enfants ainsi qu’un mari fantomatique (vous découvrirez plus tard pourquoi). « Roma » est un film sur les femmes et le sort qui leur est réservé, quelque soit leur condition sociale, au Mexique. Nous sommes dans les années 1970. On est profondément ému par la beauté esthétique qui émane de « Roma ». On peut reprocher ici et là une forme de condescendance, de vacuité de l’œuvre dans sa façon de théâtraliser certaines séquences, mais ce serait lui instruire un faux procès car à d’autres moments du film on est pris à la gorge et touché, par la sincérité du propos visant à dénoncer la trop grande solitude de ces femmes, qui doivent élever, seules, leurs enfants. Qu’elles soient domestique ou femme de notable, leur condition est d’être trompée, menacée.. Le constat est accablant, mais tout le talent du réalisateur est de disséminer cette noirceur au milieu d’îlot de lumière. L’amour de ses mères pour leurs enfants, la tendresse des domestiques pour ces petits êtres rend le film sensible et délicat. L’amour est là, palpable et niché dans le cœur de ces femmes. En ce sens « Roma » rend hommage à la figure maternelle et maternante. Alfonso Cuaron signe un drame intemporel, profondément touchant, magnifiquement interprété par des actrices en état de grâce. Une œuvre à part dans l’océan de médiocrité offert, le plus souvent, par le cinéma actuel. Netflix frappe fort avec « Roma » et démontre que les rapports de force, les lignes sont en train de bouger sérieusement. Le plus beau long métrage vu sur Netflix et un des films majeurs de cette année 2018. A ne pas manquer.

Ma note:5/5.

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4076138.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx2. « Call Me By Your Name » de Luca Guadagnino 

L’Histoire : Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

« Call Me By Your Name » est une ode au désir, à l’amour, une célébration des sens mais également une réflexion profonde sur l’âge des premiers émois, sur le temps qui passe comme coule un torrent. On est ému par la beauté des décors, par la richesse du propos, la profonde humanité, la sincérité qui émane de ce film singulier, magistralement interprété par Armie Hammer et surtout le jeune Timothée Chalamet, qui m’a tout particulièrement touché par son jeu tout en nuance. Luca Guadagnino met en image l’écheveau des sentiments propre à l’adolescence, moments de découvertes, d’attirances plus ou moins refoulé vers l’un ou l’autre sexe ou bien encore les deux. Parce qu’ici au fond, il importe peu de savoir si ce jeune homme est plus attiré par les hommes que par les femmes, ce qui compte c’est la teneur des sentiments exprimés, leur vérité. A l’image d’un Kechiche dans « La Vie d’Adèle », Luca Guadagnino filme la passion, les tumultes qui la caractérise, l’assouvissement de la chair puis la séparation des êtres avec une maestria peu commune. Gorgé de soleil, d’eau, de nature, de nourriture, tout « Call Me By Your Name » tend vers cet éloge de la vie, de la chair, de l’apaisement des sens, de cette soif de culture, de comprendre ce qui peut se jouer dans ces moments délicieux où l’on semble perdre pieds. Rarement, le désir n’aura été aussi bien défini, montré comme étant à la fois métaphysique et dans un même élan joyeusement temporel. Vouloir être ou tout l’un ou tout l’autre est une erreur. Certes, on aime, surtout à notre époque, mettre des noms sur les choses, mettre l’attirance pour l’un ou l’autre des deux sexes dans des catégories, dans des cases, mais Luca Guadagnino nous délivre un message d’universalité ou comment être à la fois nous même et dans un même élan se fondre, s’oublier dans les yeux de cet autre pour qui bat notre cœur. Ce film est sublime, délicat, sensible, il se joue de notre trouble, de ce miroir tendu sur nos regrets, nos déceptions, nos peines tout en apportant non pas une réponse à ces maux (ce serait trop simple) mais une réelle proposition de cinéma, audacieuse, vivante. Magistral.

Ma note:5/5.

2289925.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx3. « Les Frères Sisters »  de Jacques Audiard avec Joaquin Phoenix

L’Histoire : Charlie et Eli Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Eli, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

Comme le cinéma semble d’une évidence implacable quand l’on a d’un côté Jacques Audiard (que l’on ne présente plus) qui nous revient avec « Les Frères Sisters » et de l’autre un quatuor d’acteurs exceptionnels composé de Joaquin Phoenix et John C. Reilly mais aussi Jake Gyllenhaal et le touchant Riz Ahmed, tous au diapason d’une œuvre qui ne manque pas de souffle. Jacques Audiard nous offre un western envoûtant, crépusculaire où les fulgurances abondent, fantasme d’un cinéma qui fait réfléchir sans pour autant ennuyer le spectateur. La scène du début est un modèle du genre et l’on se dit instantanément que l’on va assister à une véritable proposition de cinéma ambitieuse tout en restant accessible. Ce n’est pas le moindre des tours de force du cinéma d’Audiard, apôtre du dialogue ciselé, d’une esthétique toujours très riche. Les frères Sisters, ce sont Charlie (interprété par un Joaquin Phoenix impulsif et violent, dissimulant ses fêlures de l’enfance sous des tombereaux d’alcool..) et Eli (John C. Reilly tout en nuance et qui nous procure une large palette d’émotions), deux êtres au comportement diamétralement opposé. De leur opposition naît une tension qui est pour beaucoup dans la réussite de ce long métrage. On s’attache aux personnages des frères Sisters mais aussi à un autre duo, celui formé par Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed, jouant Morris et Hermann. Les images sont somptueuses. On est tour à tour ému, on sourit même quelques fois. « Les frères Sisters » marque d’un nouveau jalon précieux la carrière cinématographique passionnante et foisonnante de Jacques Audiard. On est séduit par l’intelligence du propos, du discours en toile de fond d’une Amérique née au fond dans le creuset de bouges infâmes des confins de l’Ouest, foyers de violence, de prostitution et d’alcool.. Je vous encourage chaudement à allez le découvrir en salle car c’est à mon sens l’un des grands films de cette année 2018 !

Ma note:5/5.

1122497.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx4. « Désobéissance » de Sebastian Lelio avec Rachel Weisz et Rachel McAdams

L’Histoire : Une jeune femme juive-orthodoxe, retourne chez elle après la mort de son père. Mais sa réapparition provoque quelques tensions au sein de la communauté lorsqu’elle avoue à sa meilleure amie les sentiments qu’elle éprouve à son égard…

Il y a dix ans, presque jour pour jour, je sortais de la salle de cinéma très ému. Je venais de voir « Two lovers » de James Gray. Un film d’une justesse, d’une émotion rare, un chef d’œuvre selon mes critères très subjectifs. Dans mon panthéon personnel, il fût rejoint bien des années plus tard par le film canadien de Maxime Giroux « Felix et Meira » qui traitait là encore d’un amour impossible. Tout comme ce dernier, « Désobéissance » se déroule dans le milieu juif orthodoxe. Sebastian Lelio signe un film porté par la grâce de deux comédiennes exceptionnelles : Rachel Weisz et Rachel McAdams. Ronit, interprétée par Rachel Weisz, est une femme libre, photographe de profession qui vit à New York. Elle apprend la mort de son père, rabbin d’une communauté juive orthodoxe vivant en Angleterre. Elle n’a pas vu sa famille depuis des années.. Ronit retrouve là-bas un vieil ami du nom de Dovid Kuperman (Alessandro Nivola, formidable lui aussi), qui est perçu comme étant le digne successeur du père de Ronit en tant que rabbin . Ce dernier a épousé Etsi jouée par Rachel McAdams, la meilleure amie de Ronit. Ce retour va attiser les braises d’une passion enfouie depuis leur adolescence respective. Un amour fou lie ces deux femmes. Face aux convenances, face au poids des traditions, face aux devoirs que l’ont nous imposent, aux regards de l’autre, aux jugements, ces deux femmes vont vivre un amour impossible. C’est un film sublime et je pèse mes mots, le plus beau vu cette année. Rachel Weisz et Rachel McAdams mais aussi Alessandro Nivola, ils (elles) sont toutes et tous formidables. On est ému, les larmes coulent et l’on se laisse porter par ce miracle. J’ai été subjugué par « Désobéissance », par son propos sans manichéisme où l’on souffre tour à tour pour chacune de ces trois personnes. Quand le cinéma atteint une telle puissance d’évocation formelle, une telle justesse dans les émotions exprimées par des acteurs/actrices incandescents, l’on peut dire que le cinéma est à son pinacle, son acmé. Les blogs servent aussi à cela, on est un peu comme un petit caillou lancé et qui par ricochet sur la surface de l’eau touche d’autres personnes, d’autres univers qui ont en commun de vouloir porter dans un souffle leurs coups de cœur ! « Désobéissance » mérite que l’on parle de lui. Un immense film et un véritable coup de cœur !

Ma note:5/5.

3149649.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx5. « Phantom Thread » de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day Lewis

L’Histoire : Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

« Phantom Thread » est une véritable leçon de cinéma signée Paul Thomas Anderson qui revient à une forme d’histoire, de narration plus classique avec un début et une fin. Le pétage de plomb total qu’était « Inherent Vice » n’est plus et Joaquin Phoenix a été remplacé par un autre monstre sacré, un acteur hors norme, le génial et oscarisé (pour ce rôle justement) Daniel Day Lewis. La photographie est superbe, les décors et les vêtements sont d’une classe folle, l’ensemble est d’une élégance, d’un raffinement rare. A cela s’ajoute la Bande originale signée Johnny Greenwood (membre de Radiohead) qui est très belle également. l’actrice qui donne la réplique à l’immense Daniel Day Lewis s’appelle Vicky Krieps et elle est parfaite dans son rôle, car tout à tour forte ou bien au contraire fragile. C’est d’ailleurs là toute la force du film de Paul Thomas Anderson, cette tension ressentie entre les deux acteurs. Daniel Day Lewis est incroyable, d’un charisme et d’un charme ravageur. Il est ce couturier jusqu’au bout des ongles, tour à tour tyrannique ou fragile, travailleur infatigable ou malade, torturé ou léger.. Il est totalement habité par son rôle. Paul Thomas Anderson renoue avec les sommets d’un There Will be blood. La folie créatrice, l’amour, ce qu’est le fait d’être une muse pour un créateur, l’angoisse de la mort.. tous ces questionnements donnent au film une densité rare. Ode à la féminité, à la création, à l’élégie, à l’amour, « Phantom Thread » s’impose comme une œuvre majeure de Paul Thomas Anderson.

Ma note:5/5.

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