Bilan : Mes livres de l’année 2017

Un plaisir de vous retrouver pour une note bilan sur les livres de cette année 2017. Sans plus attendre, voici les livres qui m’ont séduits. Le choix fût délicat, même si un livre se détache tout particulièrement selon moi, c’est le « Bakhita » de Véronique OLMI, prix du roman Fnac 2017 (et qui aurait mérité amplement le Goncourt..). J’ai essayé d’utiliser un spectre assez large dans ma sélection : littérature jeunesse, livres d’histoire, romans de facture plus classique..

Je tenais aussi à remercier chaleureusement tous ceux qui à travers partages et échanges nombreux font vivre ce blog ! 10 ans d’existence et toujours autant de plaisir grâce à vous ! Passez d’excellentes fêtes. Bises bretonnes à toutes et à tous 🙂 😉

ps: prochaine note, le Bilan des films de l’année 2017

9782226393227-jL’Histoire : Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.

Véronique Olmi a obtenu le Prix du roman Fnac 2017 pour son ouvrage « Bakhita« . Si vous ne deviez lire qu’un seul livre cette année, c’est celui-ci que je vous recommanderais. On est emporté, saisi par la violence du récit de la première partie de la vie de cette femme, enlevée au Soudan à l’âge de 7 ans et réduite en esclavage jusqu’à sa « libération » par un consul italien qui la ramènera avec lui en Italie. On y découvre la triste réalité de l’esclavage dans le dernier tiers du XIXème siècle en Afrique. Les maîtres sont musulmans (pour une fois qu’un ouvrage parle de la traite négrière conduite par et pour des musulmans. Je trouve cela salutaire) et ils sont d’une violence inouïe qui n’a rien à envié à la traite négrière transatlantique menée cette fois-ci pour le compte de l’homme blanc. La jeunesse de Bakhita est parsemée de morts, d’abandons, de souffrances atroces qu’ont peine à imaginer. Le parti pris de Véronique Olmi est de ne rien nous épargner des crimes commis à l’encontre de ces enfants enlevés pour être vendus comme esclave. Pourtant, jamais l’on ne se sent voyeur. Et c’est là tout son talent. L’auteure aborde ainsi les viols, les crimes de ce que l’on appellerait aujourd’hui des pédophiles. C’est insoutenable. « Bakhita » est une miraculée qui va croiser, après de multiples péripéties et autres hasard de la vie, la route d’un consul Italien qui la conduira en Italie où elle sera affranchie. Celle qui n’était rien d’autre qu’un objet que l’on casse, brise selon l’humeur du maître, découvrira, par un autre hasard propre à la vie, la foi chrétienne. Cette présence, même aux confins de la solitude de sa vie d’esclave, portera un nom. C’est là, que Véronique Olmi aborde la seconde partie de la vie de Bakhita qui d’esclave de viendra sainte reconnue par l’Eglise catholique. A nouveau, on est cueilli par la justesse de l’écriture de l’auteure. Cette vie de Bakhita est tout sauf une hagiographie. Bien au contraire, Bakhita nous est familière car c’est un être qui a sublimé la souffrance, la solitude, la faim pour la transformer en un don d’amour à l’endroit des enfants malades ou orphelins. Elle connaîtra le fascisme en Italie, le racisme, les préjugés qui avaient cours alors. Elle souffrira encore dans sa chair lorsque âgée, la maladie la frappera. Là encore, sa bienveillance et son amour inconditionnel pour l’être humain l’aideront à endurer ces épreuves. Bakihta n’était pas naïve. Elle n’ignorait rien de la barbarie propre à l’homme. De ce que l’on pouvait faire endurer à l’autre sous couvert de domination. Seulement, là ou d’autres choisiront la violence et la haine, Bakhita choisira le don d’amour. J’ai été bouleversé, emporté par le souffle du récit de la vie de Bakhita. Ce n’est pas seulement un bon livre, c’est un très grand livre. Enorme coup de cœur pour celui-ci !

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

9791021010567_1_75L’Histoire : Il a fallu à la Révolution trois jours et deux nuits, du 14 au 16 octobre 1793, pour juger et exécuter Marie-Antoinette. Elle était condamnée d’avance. Ce face-à-face dramatique entre l’ancienne reine de France et ses juges dans la salle de la Liberté du Tribunal révolutionnaire de Paris tient tout à la fois du huis clos, du dialogue de sourds et de l’épreuve de force. C’est bien sûr le procès d’une reine, c’est aussi celui d’une étrangère, c’est enfin celui d’une femme et c’est celui d’une mère.

On a beaucoup entendu parlé, à juste titre, de « Juger La Reine » d’Emmanuel de Waresquiel. Essai historique, ce livre est une pépite alliant l’érudition, la réflexion à des questionnements passionnants et pertinents. Il est admirablement écrit et nous procure un plaisir de lecture rare. Il y a longtemps que je n’avais pas lu un ouvrage d’histoire aussi abouti et maîtrisé de bout en bout. Le sujet est, ô combien, passionnant : le déroulement du procès et de l’exécution de Marie-Antoinette, en Octobre 1793. La reconstitution est saisissante. Celle que l’on appelait « la veuve Capet » ou bien encore « la putain couronnée », Marie Antoinette. Au tribunal révolutionnaire, elle fait face à ses juges. D’aussi loin que je m’en souvienne, mon goût prononcé pour l’histoire, mon envie profonde de poursuivre des études dans ce domaine, tout cela est dû à une passion pour les livres et plus particulièrement ceux traitant de certains personnages historiques tels que Napoléon Bonaparte ou bien encore des souverains comme Saint Louis mais aussi Louis XVI et surtout son épouse la reine Marie Antoinette à qui j’ai toujours voué un véritable culte. La multiplicité des facettes de celle qui était Reine de France, Autrichienne, femme, mère, épouse, amante, avec tout ce que cela a pu déchainer comme fantasmes et comme haines ! L’auteur s’intéresse tour à tour aux parcours des geôliers, des avocats, des quinze jurés, des accusateurs. Une micro-histoire sociale, une histoire politique, une réflexion sur la Terreur et sa folie meurtrière, son aveuglement ! Marie-Antoinette, reine déchue, femme honnie, mère insultée, objet de tous les fantasmes.. Quand elle pénètre dans la salle d’audience, elle a le teint pâle, les cheveux blanchis, la robe noire recousue, la physionomie d’une femme brisée. La maladie la ronge de l’intérieur. En revanche, elle n’a en rien perdu de son courage, de sa ténacité, de sa fierté. Son chemin de croix, elle l’a affrontée avec un courage qui force mon admiration. Incomprise, pris dans l’étau entre révolutionnaires assoifés de sang et souverains, princes, aristocrates qui l’ont abandonné à son sort, elle est seule. Le comte de Fersen (qui restera son unique amour), isolé, tenta jusqu’au bout, mais malheureusement en vain, de la sauver. C’est face à l’adversité, qu’elle se révèlera comme une adversaire farouche de ces révolutionnaires qui lui feront payer le prix d’être une étrangère, d’être une femme libre, d’être une mère, d’être une amante.. Il est fort intéressant de noter que c’est au moment (jusqu’à la révolution) où s’épanouissaient les salons tenus par des femmes cultivées et curieuses de tout (littérature, philosophie, science..), que la révolution bourgeoise et masculine a cherché à faire taire cette volonté d’émancipation (que l’on songe à l’exécution d’Olympe de Gouge en novembre 1793). Une leçon d’histoire magistrale.

Juger la reine » est un magnifique livre d’histoire qui, à partir du destin d’une femme, analyse le contexte et le déroulement de ce qui fut un des premiers procès politiques.
(Télérama)
Ma note:♥♥♥♥♥/5.

004807408L’Histoire : Deux ans et sept mois qu’Ophélie se morfond sur son arche d’Anima. Aujourd’hui, il lui faut agir, exploiter ce qu’elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d’information divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d’adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?

Et si Christelle Dabos rejoignait, avec ce tome 3 de la saga « La Passe Miroir » intitulé « La Mémoire de Babel« , la cour très fermée des auteurs incontournables du roman jeunesse au même titre que Philippe Pullman et son « A la Croisée des Mondes » ou bien encore de JK. Rowling avec « Harry Potter » ? A la lecture du dernier ouvrage qui vient de sortir, la question relève pour moi d’une forme d’évidence : oui Christelle Dabos a réussi à bâtir un univers aussi riche, complexe, intriguant, mystérieux que ces consœurs au succès mondial. Je ne serais d’ailleurs pas étonné si un réalisateur ou un producteur jetaient leur dévolu sur cette mine d’or à l’imagination foisonnante que constitue les trois tomes de « La Passe Miroir« . La raison de ce succès en librairie (impossible de passer à côté de l’évènement que constitue la sortie de ce Tome 3), tient aussi et je dirais « surtout » au talent de créatrice de Christelle Dabos qui tient avec son héroïne si attachante, la maladroite, émotive mais aussi intelligente et courageuse Ophélie, un personnage qui à l’image d’un Harry Potter, a une véritable profondeur, une densité psychologique. Le style d’écriture, l’histoire, les personnages qui entourent Ophélie, eux aussi très intéressant à suivre, font de cette saga un véritable bonheur pour tous ceux qui veulent s’aventurer sur les arches décrites avec tant de délice par notre auteure. Une saga transgénérationnelle et universelle qui convaincs de plus en plus de lecteur(trices). Le succès n’est pas prêt de se démentir au vu de la qualité de ce troisième tome tout simplement génial. Pour ma part, vous l’aurez compris, j’ai été pleinement conquis par la « Mémoire de Babel » et considère d’hors et déjà Christelle Dabos comme l’héritière francophone de JK. Rowling. Rien que cela. A dévorer sans modération !

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

Cartel don winslowL’Histoire : 2004. Adan Barrera, incarnation romanesque d’El Chapo, ronge son frein dans une prison fédérale de Californie, tandis qu’Art Keller, l’ex-agent de la DEA qui a causé sa chute, veille sur les abeilles dans un monastère. Quand Barrera s’échappe, reprend les affaires en main et met la tête de Keller à prix, la CIA et les Mexicains sortent l’Américain de sa retraite : lui seul connaît intimement le fugitif. La guerre de la drogue reprend de plus belle entre les différentes organisations, brillamment orchestrée par Barrera qui tire toutes les ficelles : la police, l’armée et jusqu’aux plus hauts fonctionnaires mexicains sont à sa solde. Alors que la lutte pour le contrôle de tous les cartels fait rage, avec une violence inouïe, Art Keller s’emploie à abattre son ennemi de toujours. Jusqu’où ira cette vendetta ?

La suite du roman culte « La Griffe du Chien » est enfin là. Dix ans d’attente pour « Le Guerre et Paix des romans sur la drogue » selon le maître James Ellroy. « Cartel » est signé Don Winslow. Avec ces deux romans c’est quarante années de lutte contre la drogue que nous pouvons contempler, avec à la clé un échec retentissant. Car c’est ce qui fait sens à la lecture de « Cartel », le côté illusoire de cette lutte qui n’a jamais su empêcher la montée en puissance des narco-empires au Mexique. Car oui il est question du Mexique, de Juarez et de sa frontière avec les Etats-Unis, le plus gros consommateur de drogue au monde. C’est cela le drame du Mexique, être voisin du pays qui finance la lutte contre la drogue et qui dans un même temps consomme le plus ces mêmes drogues. Le Mexique a été, derrière la Syrie, le pays qui a connu en 2016 le plus grand nombre d’assassinats, essentiellement à cause des cartels de la drogue. «Les homicides intentionnels en 2016 au Mexique ont fait 23 000 victimes», a annoncé Antonio Sampaio, expert de l’IISS, un chiffre à mettre en perspective avec les 60 000 assassinats comptabilisés en Syrie, pays où la guerre civile fait rage depuis six ans. Le Mexique a connu une augmentation de 11% des homicides entre 2015 et 2016. Selon l’IISS, ces violences sont nées de la décision en décembre 2006 du président mexicain Felipe Calderon de déclarer la guerre au trafic de drogue: «le conflit résultant a apporté la misère au Mexique: 105 000 personnes ont perdu la vie par homicide intentionnel entre cette date (décembre 2006) et novembre 2012», a affirmé M. Sampaio. «Il est très rare que la violence criminelle atteigne les niveaux d’un conflit armé. C’est pourtant ce qui se passe dans le triangle nord de l’Amérique centrale (Honduras, Guatemala, Salvador, avec 16 000 homicides), et particulièrement au Mexique», a-t-il ajouté. « Cartel » nous fais revivre cette réalité qui touche tout le monde là-bas. Les gangs, les Zetas, le cartel du Sinaola etc.. sont autant de menaces pour un Etat mexicain gangréné par la corruption, les assassinats notamment de journalistes qui tentent courageusement d’enquêter sur tous ces crimes. L’année 2016 avait été marquée par un nombre record de 11 journalistes exécutés, alors que le Mexique figure au troisième rang des pays les plus dangereux pour les journalistes après la Syrie et l’Afghanistan, selon Reporters sans frontières (RSF). L’armée, la police, les politiques, tous jouent un double jeu. Les principales victimes sont, comme trop souvent, les indigents, les plus fragiles (les femmes, les enfants).. Ce récit de l’horreur nous permets de mesurer le décalage entre ce qui nous est présenté comme une nécessité (la lutte contre les trafics de drogue) et la réalité de ce conflit bien plus complexe et trouble qu’on ne peux l’imaginer. Il faut avoir le cœur solidement accroché pour descendre dans cet enfer. C’est ultra violent et les monstruosités décrites font froid dans le dos. Et pourtant, tout ce que Don Winslow nous raconte est vrai. Il a seulement changé les noms. Ainsi « Adan Barrera » dans le livre n’est autre que Joaquin « El Chapo » Guzman, l’homme qui s’était échappé par deux fois d’une prison de haute sécurité mexicaine et qui est aujourd’hui extradé aux Etats Unis pour répondre de ses actes. Mais cette arrestation ne change rien ou presque car déjà au Mexique d’autres souhaitent prendre sa place. Une guerre interne est actuellement en cours au sein du cartel de Sinaloa après l’extradition de son puissant chef. Mais il existe aussi des gens de la trempe de Art Keller, le policier « incorruptible » qui doit pourtant se compromettre lui aussi pour éviter le pire. Le journaliste mexicain Javier Valdez, spécialiste reconnu du narcotrafic et pigiste pour l’AFP dans l’État de Sinaloa, a été assassiné dans la ville de Culiacán (nord-ouest). « Cela s’est passé devant les bureaux de Riodoce. (…) Il a été attaqué à l’arme à feu », a indiqué une source judiciaire. Javier Valdez, 50 ans, travaillait depuis de plus de dix ans pour l’Agence France-Presse dans l’État de Sinaloa, fief du cartel de Joaquin « El Chapo » Guzman. La force de ce livre c’est que la réalité qu’il décrit n’a jamais été aussi prégnante qu’aujourd’hui. Les centaines de milliards de dollars générés par ces trafics de stupéfiants sont blanchis par les pontes des cartels avec l’aide de banquiers, d’avocats, de politiques, etc.. On ressort de cette lecture avec l’impression que l’on se moque de nous. Si l’effort de lutte contre les drogues est à mon sens nécessaire, la manière dont cette guerre est conduite nous questionne. Immensément complexe, ce problème soulève de nombreuses interrogations. Le style d’écriture de Don Winslow n’est pas son principal atout mais une fois entré dans ce récit, difficile de lâcher les quelques 700 pages de ce pavé monumental. Si vous avez aimé le roman « La Griffe du chien » ou « Sicario » le film de Denis Villeneuve, ce livre est pour vous. Bouleversant.
Ma note:♥♥♥♥♥/5.

A19803L’Histoire : Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un «mélancolique irlandais». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris. À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

Il est des livres que l’on lit avec une forme de paresse et d’autres qui vous transportent, vous animent de la première à la dernière ligne de texte. Le livre d’Anna Hope fait partie de cette seconde catégorie. Enthousiasmé par son premier roman « Le Chagrin des Vivants », c’est avec une grande impatience que je me suis procuré son second roman « La Salle de Bal« . Nous sommes en 1911, dans un asile du nom de Sharston (librement inspiré du West Riding Pauper lunatic Ayslum, l’asile pour aliénés indigents du West Riding dans le Yorkshire en Angleterre). Le livre voit s’entrecroiser les destinées des patients Ella et John ainsi que celle d’un médecin de l’asile, Charles. Nulle envie de vous dévoiler trop d’éléments de peur de vous priver du plaisir de la découverte. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il s’agit d’une formidable histoire d’amour avec en toile de fond le sort réservé aux malades mentaux avant la première guerre mondiale en Angleterre. L’eugénisme est alors, suite aux travaux de médecins, de penseurs dans la lignée directe des découvertes et théories de Darwin sur la sélection naturelle, vu comme une solution au problème de la pauvreté. Il y a ceux qui doivent vivre et les autres, les indigents accusés de corrompre la pureté de la race britannique. Les extraits d’ouvrages de cette période sur l’eugénisme sont d’une rare violence. Les termes employés font penser au pire de ce que l’homme a pu engendrer comme théorie dangereuse et meurtrière. Le plus surprenant étant pour moi l’adhésion franche d’un certain Winston Churchill à ces idées funestes. Il faut vous dire que ces termes : « race, « dégénéré », « aliéné » sont alors employés dans toute cette littérature visant à prouver l’existence d’une fange, les plus pauvres, les malades, accusés de tous les maux. Je fais à cet égard une petite digression pour vous montrer à quel point ces théories étaient ancrées dans une certaine élite intellectuelle. Lorsque, j’ai travaillé sur l’Inscription maritime en Bretagne à la fin du XIXème siècle jusque, peu ou prou, au début du XXème siècle, j’ai pu effectivement retrouver des ouvrages de cette période, polémiquant sur la nécessité de maintenir cette institutions maritime, retrouver ces mots d’une violence extrême. Chaque marin devait en théorie 7 années au service à l’état au sein de la marine de guerre. En échange, on avait construit un système de compensation pour ces hommes en terme d’aides financières afin de pallier leur absence dans leurs familles. Le débat se situait autour de la question de maintenir ou non cette institution qu’était l’Inscription maritime. Les opposants à cette dernière, dépeignaient les marins bretons d’alors en des termes d’une violence inouïe : la race (mot employé très couramment à cette époque) bretonne est « dégénérée », les marins bretons sont des « fainéants perclus de vices » qui vivent au crochet d’un Etat trop dispensateur de ces richesses. Ils sont dépeints comme « alcooliques, « brutaux » et « sans instruction ». Ces délires sur la pureté de la race et ces conséquences sont alors couramment employés. C’est cette toile de fond que l’on retrouve dans le livre où mes marins bretons chers à mes études d’histoire, sont ici des « aliénés » (autre terme inusité aujourd’hui et fort heureusement car il est empli d’un profond mépris pour les malades psychiques). Mais attention à ne pas tomber dans ce pêché ultime de l’historien qu’est l’anachronisme. Pour en revenir à l’ouvrage d’Anna Hope « La Salle de Bal », je puis vous dire qu’il y a longtemps que je n’avais pas lu une aussi belle histoire de sentiments, d’amour (sans doute depuis « Une vie entre deux Océans »). On est emporté, soufflé par l’écriture de Anna Hope. C’est beau, ciselé, on apprend beaucoup de choses sur la façon dont on considérait les « aliénés » à cette époque. J’ai dévoré cet ouvrage. La fin m’a beaucoup plu également. Anna Hope réussi de façon éclatante et sincère le fameux passage du second roman. Elle confirme tout le bien que je pensais d’elle. Son talent d’écriture, sa façon de nous emporter dans les méandres de l’histoire au cœur d’un récit passionnant et ô combien émouvant, tout ces éléments réunis font de ce livre un grand roman. Je vous le recommande avec passion. Je rêve d’une adaptation au cinéma tant l’histoire est riche. Courrez vous procurer « La Salle de Bal » d’Anna Hope.
Ma note:♥♥♥♥♥/5.

 

Publicités