Ma chronique :

Poursuite de ma lecture ou relecture pour d’autres, des romans et nouvelles de F. Dostoïevski (1821-1881). Aujourd’hui, je vous présente une nouvelle qui m’a plu, même si elle n’est pas ma préférée de l’auteur. Comme souvent, durant son œuvre colossale, l’écrivain russe convoque les fantômes de la folie guettant ses personnages. L’histoire dépeint comme fréquemment chez lui, la vie d’un petit fonctionnaire au nom de Vassia Choumkov qui vit en « colocation » avec un collègue de bureau s’appelant Arkadi I. N. Un jour Vassia revient à son logement, il est euphorique, car il est tombé amoureux et qu’il va donc bientôt se marier avec celle qui fait battre son cœur. Mais très vite, ce bonheur laisse place à une angoisse existentielle et viscérale. Lui qui s’excuse de tout, qui s’efface devant ses collègues, un homme gentil et bon, un peu bossu, mais qui face à l’irruption de cette immense joie, va peu à peu sombrer dans la folie. Il est terrorisé à l’idée de ne pas rendre à temps des écrits pour son chef de bureau, qui pourtant l’apprécie. Il ne dort plus, il parle seul, il est sujet à des effusions de joie disproportionnées avec son collègue de bureau Arkadi, avant de sombrer dans des pensées plus sombres, une peur qui le terrasse. « Un cœur faible » aborde tous les éléments des obsessions de l’auteur : la pauvreté, l’amour, les sentiments, l’amitié, la folie. C’est ce dernier sentiment qui le guette puis le terrasse. Il est aussi question d’amitié comme celle liant Vassia et Arkadi. La nouvelle paraît en février 1848, c’est donc une œuvre de jeunesse. Vassia sombre définitivement par peur de décevoir son supérieur hiérarchique. Ce dernier explique que Vassia a tout son temps et qu’il n’a aucune raison d’être dans cet état de surmenage face à cette modeste tâche. Mais pour Vassia, dans sa folie, il s’agit là d’une trahison s’il ne peut rendre à temps ces quelques pages. On est ici dans la description d’une société très hiérarchisée comme l’était la Russie tsariste d’alors. « Un cœur faible » n’est sans doute pas la meilleure nouvelle de F. Dostoïevski, mais elle permet d’étudier les tourments de la folie telle que l’écrivain la perçoit dans sa jeunesse. La psychiatrie n’existe pas encore vraiment dans la Russie tsariste de la première moitié du XIXe siècle. Les connaissances sont minimes et la solution le plus souvent employé, est de les enfermer dans ce qui peut s’apparenter à des prisons. Beaucoup de sentiments dans cette nouvelle, trop peut être par moment. L’écriture est magnifique, comment pourrait-il en être autrement avec ce génie absolu de la littérature russe ? Au final, ce texte de jeunesse n’est sans doute, pas son meilleur mais on ne peut pas rester indifférent face à la plongée dans la folie de Vassia. Je vais poursuivre mes lectures de l’auteur pour aborder avec vous d’autres nouvelles et romans que je n’ai pas encore lu. Vous retrouverez sur le blog d’autres textes de F. Dostoïevski chroniqués il y a quelques années déjà.

Date de publication : 17 septembre 2025 ; Éditeur : Babel ; Nombre de pages : 96 p.

Mon avis :

Note : 4 sur 5.