Je remercie chaleureusement Albin Michel et sa si belle collection « Terres d’Amérique » pour cette lecture enrichissante !

Ma chronique :

David Szalay signe avec « Chair«  son troisième roman publié chez Albin Michel, dans la collection Terres d’Amérique, un texte foisonnant, une œuvre viscérale et vibrante, pleine de vie, mais où la mort rôde dangereusement. Honoré avec le Booker Prize 2025, David Szalay nous embarque dans une virée au cœur des tourments d’un homme qui s’appelle Istvan. Il fait écho au désespoir de ce qui nous pousse à quitter un pays pour un autre monde que l’on espère meilleur. Au début du roman, le narrateur, Istvan, a quinze ans lorsqu’il s’installe dans une petite ville de Hongrie avec sa mère. C’est avec une voisine quadragénaire et mariée qu’il connaît les premiers émois de la chair. Tout au long du livre, des femmes jalonnent le parcours de cet homme qui décide de rejoindre l’Angleterre. Il s’engage pour partir faire la guerre en Irak. À son retour, il fait de multiples petits boulots avant de rencontrer celle qui lui fera changer de position sociale. Il aura un fils avec elle, mais rien n’est simple lorsque l’on vient d’en bas. Une écriture ciselée, au cordeau, très actuelle. « Chair » comme son titre l’indique nous parle de sexe, de la façon dont le narrateur est ballotté de rencontres en ruptures, d’expériences sexuelles plus ou moins concluantes. Comme une horlogerie, tout ici semble mécanique, la drogue, le sexe. Istvan peine à exprimer ses sentiments. Avec lui, tout est « toujours OK ». Avec les femmes, il semble rester à la surface des sentiments, comme s’il n’arrivait pas à les exprimer à ses différentes compagnes ou aventures d’un soir. Ce sera la même chose lorsqu’il s’agira d’élever son fils unique. Incapable de tisser ce lien entre un fils et son père. Szalay interroge et nous questionne sur les nouvelles formes de masculinité. On peut lui demander d’être fort et en même temps de fendre l’armure en dévoilant sa sensibilité. C’est un exercice périlleux pour Istvan qui ne possède pas ces codes. Un personnage ambiguë, renfermé, avec ses fêlures et ses traumatismes, mais il ne souhaite pas en parler lorsqu’on le questionne. Les scènes de sexe sont mécaniques et dénuées de toute forme d’amour plus spirituelle et sensible. Un peu comme si cet homme n’arrivait pas à trouver sa place, faisant simplement ce que l’on attend de lui. Il n’a que peu de prise sur son destin, même si l’on peut penser l’inverse, en apparence tout du moins. Il y a une véritable réflexion, une intelligence, une acuité saisissante dans ce roman qui interroge la modernité et les nouveaux comportements dans les rapports homme-femme. On termine ce roman, avec le sentiment d’avoir vécu une expérience littéraire très forte et puissamment évocatrice. David Szalay est un grand écrivain, c’est une certitude. Avec son nouveau roman « Chair », il s’inscrit dans cette nouvelle vague d’auteurs Anglo-saxon qui interroge et creuse les relations entre les hommes et les femmes. Je vous recommande cette lecture qui fait sens.

Date de publication : 7 janvier 2026 ; Éditeur : Albin Michel ; Nombre de pages : 368 p.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.