Je remercie chaleureusement Albin Michel et sa si belle collection « Terres d’Amérique » pour cette lecture enrichissante !

Ma chronique :

Après le formidable roman « On m’appelle Demon Copperhead« , prix Pulitzer, l’immense talent de Barbara Kingsolver explose à nouveau, avec cette fois une réédition d’un de ces tous meilleurs livres au titre éminemment poétique : « Les yeux dans les arbres« , toujours publiés chez Albin Michel dans la collection Terres d’Amérique. Un récit envoûtant qui plonge ces racines en Afrique, plus particulièrement au Congo en 1959. Cet immense pays aux ressources infinies était alors colonisé par la Belgique. Lorsque qu’à l’été 1959, Nathan Price, un pasteur baptiste, débarque avec ses quatre filles et sa femme au Congo, le pays est sujet aux remous d’une décolonisation que Nathan n’a pas vu venir. Le Congo aspire à être libre. C’est dans ce climat délétère que s’inscrit l’arrivée de cette famille qui doit composer avec un père manipulateur et malfaisant. Orleanna, Leah, Ruth May, Adah et Rachel ne supportent plus l’aveuglement d’un père concentré uniquement sur sa mission spirituelle de pasteur. Chaque chapitre voit l’une des quatre filles du pasteur, devenir la narratrice et livrer leurs pensées. Patrice Lumumba est le leader de l’indépendance congolaise. La petite histoire rejoint la grande et c’est par le prisme des yeux de ces jeunes filles que nous progressons dans le récit durant les années 1960. C’est un roman éminemment féministe, humaniste et anticolonialiste. Paru pour la première fois en 1999, ce roman s’est vendu à cinq millions d’exemplaires. Cette nouvelle traduction apporte un nouveau souffle à un récit qui n’en manquait déjà pas. Barbara Kingsolver m’a une nouvelle fois bluffé par son aisance à tisser une histoire polyphonique. Une écriture riche qui possède le sel de l’Histoire, un talent à construire la psychologie de ces quatre jeunes filles perdues dans un pays, le Congo, en proie à une guerre contre la colonisation. L’Afrique y est mystérieuse, avec ses propres codes et ses désirs de liberté qui sont ici en toile de fond. L’émancipation d’un pays, mais aussi celles des quatre filles du pasteur qui épousent des trajectoires différentes lorsqu’elles deviendront adultes. Je me suis attaché aux personnages et j’ai apprécié le rythme et le souffle de cette écriture qui emporte tout. C’est le second roman que je lis de Barbara Kingsolver et je dois dire que je n’ai pas été déçu. Trente ans après sa parution, une puissance d’évocation rare. Si vous aimez les grands romans américains alors ce livre est fait pour vous. Un authentique chef d’œuvre !

Date de publication : 5 novembre 2025 ; Éditeur : Albin Michel ; Nombre de pages : 592 p.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.